3 février 2026
Home » COURS D’HISTOIRE avec le journaliste GNANOU Yaya Tamani- ALGERIE : IL ETAIT UNE FOIS, LA REVOLUTION

ALGERIE

IL ETAIT UNE FOIS, LA REVOLUTION

« Un colon, une balle. La valise ou le cercueil » Au lendemain de la débâcle de l’armée coloniale française dans la cuvette vietnamienne de Diên  Biên Phu en mai 1954, une autre guerre de libération nationale éclatait le 1er novembre de la même année en Algérie. Elle dura huit ans.

La Toussaint rouge ou la Toussaint sanglante. Tels sont les deux termes utilisés par les historiens pour introduire le début de la guerre d’indépendance en Algérie.

Il y a 70 ans, le 1er novembre 1954, les Algériens prenaient les armes contre la France qui occupait leur pays depuis 1830. Contrairement aux autres possessions territoriales de Paris en Afrique qui étaient des colonies d’exploitation, l’Algérie était une colonie de peuplement. Au regard de sa proximité géographique et climatique par endroit avec l’hexagone, de nombreux Français s’y étaient installés depuis plusieurs générations. Ils considéraient l’Algérie comme leur patrie. François Mitterrand ministre de l’intérieur pendant cette guerre, dira que l’Algérie c’est la France.

Les Algériens de souche étaient réduits au statut d’indigènes au même  titre que les populations d’Afrique noire francophone à l’exception des quatre communes du Sénégal : Dakar ; Gorée ; Saint-Louis et Rufisque.

 Colonisés, les brimades et les humiliations de toutes sortes étaient le lot quotidien des forçats Algériens. Aucun esclave ne pouvant accepter indéfiniment ses chaines, selon la juste remarque de Hegel, il finit par se révolter. Pour Thomas Sankara, l’esclave qui ne lutte pas pour se libérer ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Dans les temps bibliques, Moïse a affranchi le peuple hébreu de la tyrannie des pharaons par des armes mystico-religieuses. Même s’il fut vaincu, l’esclave Spartacus mena le plus long soulèvement contre Rome dans l’antiquité. Des gens affirment sans aucune preuve probante qu’il était Noir. Il y a 250 ans, pour une histoire d’impôt sur le thé, les 13 colonies qui  seront les Etats-Unis d’Amérique avant leur expansion vers l’ouest, feront deux guerres d’indépendance contre la Grande-Bretagne. Les exemples sont légion. « Liberté ! J’écris ton  nom !» (Paul Eluard). La lutte pour la liberté est un invariant dans l’histoire des hommes. C’est cette constante qui poussa les Algériens à déclencher une guerre d’indépendance le 1er novembre 1954 contre la France. Elle fut meurtrière et impitoyable avec des scènes de tortures horribles, indicibles. Ce jour-là, des Algériens déterminés et disciplinés dans un parti d’avant-garde, le Front de libération nationale (FLN), entrent en action par une série d’attentats organisés, planifiés et synchroniquement exécutés sur l’ensemble du territoire. Leurs slogans ne souffraient d’aucune ambiguïté. « Un colon, une balle. La valise ou le cercueil. »

C’est la stupeur chez les colons. Des hommes rentreront dans l’histoire en écrivant leurs noms par le feu dans les pages glorieuses de cette Révolution : Mohammed Boudiaf ; Rabab Bitat ; Mostefa Ben Boulaid ; Krim Belkacem ; Didouche Mourad ; Larli Ben Hidi; Hossein Aït Ahmed ; Ahmed Ben Bella…               Ce dernier fut Kidnappé par l’armée  Française en 1956.

Il passera six ans en prison avant d’être libéré en 1962 pour devenir le premier Président de l’Algérie indépendante. Mais il sera chassé du pouvoir en 1965 par Muhammad Houari Boumediene, chef d’Etat-major de l’Armée de libération nationale depuis 1960. Ben Bella fera cette fois 15 ans de prison.

Mais que de péripéties avant d’en arriver là. La quatrième République française qui se caractérisait par l’impéritie de son impérium avec une instabilité politique chronique, était incapable de trouver une solution au problème algérien. C’est au bord de l’enlisement que les Français firent appel à un homme qu’ils connaissaient. Le Général Charles de Gaulle. Ancien président de la République, l’homme s’était  retiré de la vie politique en 1946 à cause de la duplicité des partis politiques qu’il trouvait malsaine. Les Françaises lui doivent une fière chandelle car c’est lui qui a fait voter la loi leur accordant le droit de vote en 1944. Appelé au secours de son pays en 1958, il exigea le changement de la Constitution pour passer à  une  5e République avec le renforcement du pouvoir exécutif.

Les Français acceptent. En réalité, disent les juristes, le Général avait fait un coup d’Etat constitutionnel. Revenu donc au pouvoir, il n’était pas un ignorant des réalités politiques africaines. Après un rapide référendum et une éphémère communauté franco-africaine, il  accorde en cascade  ‘’l’indépendance’ ’ aux pays d’Afrique noire  en1960. A Léon M’Bâ qui voulait que le Gabon soit un département français comme la Martinique et la Guadeloupe, il opposa un non catégorique. « Prenez votre indépendance et débrouillez-vous » lui aurait-il dit. Houphouët Boigny essuiera le même revers en souhaitant que la Côte d’Ivoire soit un Etat associé à la France. En fait, De Gaulle avait compris que le colonialisme était passé de mode, surannée.  Il fallait donner aux colonies des pseudo-indépendances tout en les tenant en laisse sous les fourches caudines du néocolonialisme et éviter qu’il y ait d’autres Vietnam et Algérie. Surtout que le Camerounais Um Nyobé Ruben, un dissident du RDA tué au combat et ses camarades Félix Moumié, Ernest Wandjé et Sandé Afana avaient pris le maquis. N’est-ce pas sous le magistère du même général que le franc CFA, que la France peut dévaluer quand elle veut, fut créé en 1945 ? Tous les économistes reconnaissent que le CFA  n’est pas une monnaie même s’il permet de faire des échanges.

Si les choses se sont relativement bien passées en Afrique noire sauf  au Cameroun et dans une moindre mesure en Guinée-Conakry, elles furent par contre très difficiles  en Algérie. Quand le Général se rendit dans ce pays en pleine guerre, il sème le trouble dans les esprits en prononçant une phrase énigmatique. « Je vous ai compris ». C’était le clair-obscur total. Colons et colonisés croyant avoir été compris.

Mais le renard à beau rusé, il  finit toujours par  sortir de son terrier. Plus tard, il montrera ses véritables intentions. C’est ainsi qu’au cours d’une adresse aux Français, il dit : « Etes-vous allés voir ces Algériens polygames avec leurs djellabas, leurs babouches et leurs chéchias ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Si nous leur accordons l’égalité, ils viendraient s’installer ici en très grand nombre et notre niveau de vie serait diminué de moitié. Y êtes- vous prêts ? Sans oublier que mon village ne s’appellerait plus Colombey- les Deux-Eglises, mais Colombey- les Deux-Mosquées. Comme nous ne pouvons pas  faire l’égalité, donnons-les leur indépendance. Bye bye Messieurs,  vous nous coȗtez trop chers ». Alea Jacta est ! Le général a finalement laissé  tomber le masque.

Il ne voulait pas d’une Algérie française. Mais pour les  pieds-noirs qui  y avaient  beaucoup d’intérêts et dont une grande partie n’avait plus de réelles attaches avec la métropole, la déclaration du grand Charles sonnait comme celle d’une autre guerre dans la guerre. Ils appelèrent à la résistance. C’est ainsi qu’une organisation clandestine d’extrême droite l’OAS (Organisation de l’armée secrète, ou Organisation armée secrète) commença à terroriser les populations. Le 22 avril 1961,  les généraux  Challe, Jouhod, Salan et Zeller fomentent un coup d’Etat qui échoue.

Le président les qualifiera ironiquement de quarterons de généraux félons qui n’ont rien compris à la marche du temps. 220 officiers seront relevés de leur commandement. 114 traduits en justice, ainsi que les trois régiments qui ont pris part au putsch manqué.

C’est dans ces circonstances que l’on parvint non sans peine, aux accords d’Evian reconnaissant l’indépendance de l’Algérie le 05 juillet 1962. Le 22 août   le général échappa de justesse à une tentative d’assassinat.  L’indépendance conquise de haute lutte, les colons devraient faire leurs valises pour la métropole. Quant aux Harkis, ces supplétifs Algériens dans l’armée française, ils furent considérés comme des traitres par leurs frères, et un grand nombre qui n’a  pas réussi à s’enfuir, fut passé au fil de l’épée. Comme au Vietnam, c’est à leur corps défendant que les soldats d’Afrique noire sont allés combattre les Algériens aux côtés de l’armée française.

Analphabètes pour la plupart, faire l’objecteur de conscience en ces temps-là leur était inconnu. Et si par extraordinaire  ceux qui connaissaient ce principe et voulaient s’en prévaloir, c’était le peloton d’exécution garanti.  Un homme ne sera malheureusement pas là pour voir l’Algérie accéder à la liberté. Il s’appelait Frantz Fanon. Ecrivain fécond au style vif et lumineux dans la démonstration, ce psychiatre franco-martiniquais qui y exerçait pendant la Révolution prit le parti des nationalistes. Expulsé du pays en 1957 par le gouverneur Robert Lacoste, il rejoignit le FLN en Tunisie où il fut l’un des principaux éditorialistes d’El Moudjahid le journal du parti. C’est ce que la praxis marxiste-léniniste appelle un suicide de classe. Dans « les damnés de la terre » son livre majeur après « Peau noire masque blanc », il définit clairement l’importance et la légitimité de la violence cathartique ou purificatrice pour la liberté. Ses adversaires lui reprocheront à tort de faire l’apologie de la violence ou même d’en être l’apôtre. Etre un panégyriste de la brutalité physique ou psychologique qui nous aide à nous débarrasser de celle dont nous sommes gratuitement victimes n’est pas un crime. Et l’affronter n’est que de la légitime défense en droit et en devoir. Comme une étoile filante qui illumine les ténèbres avant de s’éteindre aussitôt, Fanon meurt d’une leucémie a-t-on dit en 1961 aux Etats-Unis. Il avait 36 ans.

Aussi brève que fut sa vie, il a plus que labouré sa part du champ.

Si son étoile fut filante, contrairement à d’autres du même genre, la lumière de la sienne continue toujours de nous éclairer à travers ses nombreux écrits. L’Algérie qui célèbre le 1er novembre 2024 le 70e anniversaire de sa Révolution se souviendra-t-elle de cet homme hors du commun qui lui a consacrée la vigueur de ses vertes années et toute la profondeur et la densité de ses réflexions ? Rien n’est moins sûr.

S’agissant du bilan de cette guerre de huit ans, la plupart des sources estiment que 500 000 personnes furent tuées et des milliers d’autres handicapées. Vrai ou Faux ? Une estimation reste toujours ce qu’elle est. Après tout ce qui vient d’être écrit, aussi héroïque que fut sa Révolution, l’Algérie doit aujourd’hui montrer patte blanche dans le grave problème sécuritaire qui ensanglante les pays du sahel depuis une décennie. Il se susurre à tort ou à raison qu’elle servirait de base arrière à ces hommes qui, sous les oripeaux d’une religion mal comprise, ou peut-être qui n’en sont même pas des adeptes, volent, violent, incendient et tuent sans discernement. Si ces suspicions étaient vraies, ce  seraient tout simplement inamical et gravissime. Ayant elle-même combattu ce phénomène avec succès dans les années 1990, son expertise serait la bienvenue pour ces Etats.

GNANOU Yaya Tamani

www.reveil-info.net

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