3 février 2026
Home » EDUCATIONS ET CULTURES AFRICAINES- Fêtes coutumières africaines : rassembler les vivants, demeurer en connexion avec les ancêtres et Dieu

Les rites sont destinés aux ancêtres et à Dieu. Les festivités unissent les vivants. Pour Dieu, pour les ancêtres et pour les vivants, les fêtes constituent un pont, un cadre de communion en esprit. Dans l’univers des Moosé de Busma, les ancêtres et les vivants appartiennent au même monde. Ils demeurent dans une solidarité dynamique et les fêtes coutumières constituent des occasions d’action de grâce. Le présent écrit rapporte les résultats des travaux de notre thèse de doctorat unique soutenue en mars 2004 au département d’Histoire et Archéologie de l’Université de Ouagadougou, sous la direction de l’éminent archéologue Jean-Baptiste Kiéthéga. Il est complété par deux années d’observations de l’intérieur du système politique moaaga en tant que notable à la Cour du Rima Sigri de Busma, Roi de Nabigswend-tenga.

Les fêtes coutumières sont de véritables communications sociales au service de la cohésion de la communauté, un but recherché des nanambsé. Elles sont les meilleures occasions où la politique et le spirituel se conjuguent. A l’occasion des fêtes coutumières, les vivants rendent hommage aux ancêtres et à Dieu. Le but des cultes est de favoriser l’harmonie et l’équilibre des relations réciproques entre les Moosé, les ancêtres et Dieu par le canal des commémorations traditionnelles. C’est le moment privilégié pour communiquer avec l’au-delà. La religion devient un moyen d’expression qui permet à l’homme de se saisir dans ses rapports les plus intimes avec l’univers. Les fêtes coutumières symbolisent les liens réels qui existent entre les nakombsé et les autochtones.

Le riungu de Busma célèbre sept fêtes coutumières que sont le tiibo, le bigsi, le basga, le tãngãna, le mba rarègma, le naab-kitoaga et le naab-saamb kiuugu. A l’exception de la première qui se déroule durant le mois d’août, les autres couvrent toute la période de la saison sèche, période de repos, et sèment la joie dans le riungu.

Le présent article porte sur le naab-kitoaga qui a été célébré les 7, 9 et 10 décembre 2023 à Wuyugui, la capitale royale du riungu de Busma. Le choix des dates des fêtes coutumières comme le naab-kitoaga, se décide lorsque que le kuugr-zugu, premier dignitaire du groupe des notables fonctionnels ait fini d’effectuer des rites et en informe le Rima pour solliciter une date. Une fois que la date est décidée, ce dignitaire renvoie son ban-naaba porté officiellement la date à la Cour. Après cette étape, le rapor ban-naaba, dignitaire opérationnel, accompagné de jeunes et des yuumba avec les tam-tam diffuse l’information au marché. Par la suite, l’information se répand de bouche à oreille.

Le premier jour, le jeudi, est destiné aux coutumes. C’est la journée la plus spirituelle avec des rites et des actes cultuels. Le second jour, le samedi, prend davantage une coloration traditionnelle avec les salutations des chefs de canton. La dernière journée, le dimanche, ouvre les festivités à la modernité. Elle voit défiler les autorités administratives et politiques, les ressortissants du royaume à l’extérieur et les amis.

Les fêtes coutumières sont des occasions de commémoration, de respect de l’esprit des ancêtres sous forme de reconnaissance, de remerciements (ré gtaor rãmb waogré) et de formulation de nouvelles doléances. Elles servent également à entretenir et à resserrer les liens sociaux. Les fêtes coutumières assurent la paix entre les morts et les vivants et renforcer les liens politiques depuis le rima aux plus humbles sujets. Par les réjouissances populaires, les fêtes coutumières redonnent une certaine vitalité à l’existence des communautés du royaume et expriment leur solidarité les unes envers les autres. Elles participent à consolider la cohésion sociale.

Les fêtes coutumières sont en elles-mêmes un message qui invite au respect de l’ordre établi. La société moaaga de Busma voit le temps comme une continuité. Il n’existe pas de coupure entre le passé et le présent. Elles ont un sens religieux et rassemblent toujours des foules considérables. Elles de ce fait ont une forte capacité de mobilisation et s’adressent à des communautés variées. Dans le riungu de Busma, les populations parcourent de longues distances pour participer aux commémorations coutumières et accéder du même coup à des informations se trouvant au-delà de leur environnement immédiat. Certaines personnes viennent d’autres royaumes ou même de pays étrangers pour participer aux festivités.

En conclusion, une fête comme le naab-kitoaga est un espace d’allégeance, de partage et d’expression de solidarité. Le rima reçoit les salutations de l’ensemble des chefferies du canton central et des autres douze cantons, des communautés sociales et religieuses, des composantes socioprofessionnelles, des associations de la société civile, des délégations des ressortissants venus du Burkina et des autres pays du monde. Il y a également les responsables politiques, administratifs et des amis du riungu. Le roi est avant tout une personnalité qui rassemble, agrège et fusionne.

Les festivités rassemblent des troupes musicales et des artistes du royaumes et de contrées lointaines venus chantés les louanges de la royauté. Entre dans et chants tirés du terroirs et inspirés de faits historiques et contemporains, la légende de l’immortalité de la puissance du Roi sont exaltées. A ces musiciens occasionnels s’ajoutent les professionnels de la musique de cour que sont les joueurs des instruments de musique royaux ou yuumba, véritables historiens maîtrisant la mémoire collective du riungu. Ils incarnent la pérennité de la culture. Il faut signaler la présence des griots professionnels ou sètba, hommes et femmes, qui apportent une couleur particulière à travers le savoir-parler qui se transforme en savoir-flatter. Ils sont très importants car ils savent montrer la hauteur et la grandeur du roi et de ses invités dans le respect d’un rigoureux protocole de la parole.

Les fêtes coutumières sont une occasion de montrer de la hauteur et de la différence, de la distance et du rapprochement. Elles permettent une rencontre entre les coutumes et les traditions. Elles offrent un temps où les traditions et la modernité forment un tout harmonieux. Le naab-kitoaga donne vie et sens à la culture de la tolérance religieuse et du dialogue interculturel.

Busm Kéoog-naaba Koobo (Historien)

in La Cohésion 2023

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