JUSQU’À QUAND DURERA CE PALABRE ?
C’est le cœur lourd et empli d’incompréhension que je fais ce constat : sept années ont passé, et le Président Alassane Ouattara n’a toujours pas tendu la main à son cadet Guillaume Soro pour sceller définitivement la paix.
Pourtant, l’histoire de notre grande nation s’est toujours écrite par le pardon et le dépassement de soi.
Souvenons-nous de 1988. Le père de la nation, le Président Félix Houphouët-Boigny, modèle éclairé, n’a pas hésité à mettre son propre avion à la disposition de son principal opposant, Laurent Gbagbo, pour abréger cinq années d’exil en France. Lorsque ce dernier lui a présenté ses excuses pour la rudesse de ses propos passés, le Sage de Yamoussoukro a eu cette parole mémorable : « L’arbre ne se fâche pas contre l’oiseau. » L’arbre, c’était la Côte d’Ivoire tolérante ; l’oiseau, c’était ce fils revenu au bercail. Ce jour-là, le palabre a pris fin.
Or,Laurent Gbagbo avait été accusé de complot contre l’Etat. C’est ce qui a avait été qualifié de « complot des enseignants »
Regardons également la mémoire du Président Henri Konan Bédié. Après la rivalité politique féroce des années 90, les tensions, les arrestations et l’exil qui a suivi le coup d’État de 1999, la rancœur aurait pu s’installer à jamais.Car pour les cadres et militants du PDCI, c’est Alassane Ouattara qui a été à la base de le chute de Bédié. Et pourtant, en 2004 à Accra, avec une profonde grandeur d’âme, le Président Bédié est allé à la rencontre d’Alassane Ouattara pour lui tendre la main et tourner la page. De cette réconciliation est né le RHDP en 2005, permettant de gouverner ensemble et de rebâtir le pays. Là encore, le palabre a pris fin.
Rappelons-nous aussi le geste du Président Laurent Gbagbo en décembre 2005. Alors qu’Alassane Ouattara était en exil et dans l’opposition,accusé par les partisans de Laurent Gbagbo d’etre le commanditaire de la rébellion, le Président Gbagbo a fait preuve d’une humanité remarquable en mettant fin à son exil et en lui permettant de rentrer enterrer dignement sa mère sur la terre de ses ancêtres. Plus tard, malgré les épreuves de l’histoire, la crise de 2010 et la CPI, Laurent Gbagbo est allé en 2021 saluer le Président Ouattara pour consolider la paix nationale.
Mieux encore, dès 2007, Laurent Gbagbo avait su dépasser les blessures de la guerre en signant l’Accord politique de Ouagadougou avec Guillaume Soro, faisant le choix du dialogue plutôt que du conflit perpétuel. Or,Guillaume Soro avait pris les armes contre son régime. Et lorsque Guillaume Soro l’a sollicité en 2020 pour lui exprimer ses regrets et demander pardon, Laurent Gbagbo a pardonné sans réserve, allant jusqu’à plaider publiquement pour la fin de son exil. Quel magnifique témoignage d’humanisme !
Le constat est clair : Houphouët-Boigny a su faire la paix avec Gbagbo. Bédié a su faire la paix avec Ouattara. Gbagbo a su faire la paix avec Ouattara puis avec Guillaume Soro. Tous ces grands hommes ont su mettre fin aux palabres pour le bien supérieur de la nation.
Dès lors, une question demeure, sincère et respectueuse : pourquoi le Président Alassane Ouattara hésite-t-il encore à tendre la main à Guillaume Soro, qui a lui-même réaffirmé en 2024 sa volonté d’ouverture et de dialogue après leurs récents échanges ?
Ceux que l’on peignait autrefois comme d’intraitables rivaux,de grands rancuniers ,ont su pardonner. En tendant à son tour une main fraternelle à Guillaume Soro, le Chef de l’État prouverait à la Côte d’Ivoire et au monde qu’il est cet homme de rassemblement, véritable héritier de la philosophie d’Houphouët-Boigny.
C’est l’appel vibrant que je lance aujourd’hui. Une prière partagée par tant d’Ivoiriens qui n’aspirent qu’à une chose : voir enfin tous les fils de ce pays réconciliés et réunis autour de la même table.

