LETTRE OUVERTE AU GOUVERNEMENT DU BURKINA FASO
À l’attention des Plus Hautes Autorités du Burkina Faso,
Au camarade Président du Faso,
Au camarade Ministre en charge des Sports,
Excellence Monsieur le Président, je suis SAWADOGO SAYOUBA, à part mon nom je ne suis personne. Je me débrouille dans la vie pour avoir un repas par jour !
Mais je suis votre fervent défenseur, pour vous et pour la patrie j’irai au sacrifice suprême. Non parce-que vous êtes parfait, mais parce-que je vous aimes avec la patrie peu importe les insuffisances de vos actions !
Excellence, il est des moments où les mots d’un homme seul disent plus que tous les rapports officiels réunis.
Les mots de Pascal Sawadogo, entraîneur de nos chères Étalons Dames, sont de ceux-là.
Quand il raconte, avec une pudeur douloureuse, que nos filles ont appris dans un couloir d’hôtel que leurs adversaires maliennes touchaient 10 millions de francs CFA là où elles en recevaient 500 000… quelque chose se brise. Pas seulement un chiffre. Une confiance. Un lien sacré entre une nation et ses enfants qui choisissent de la défendre.
Elles ont enfilé ce maillot avec fierté, elles ont transpiré, souffert, sacrifié leurs corps et leur temps pour représenter le Faso sur la scène africaine. Et au moment de partir, ce moment solennel où une nation envoie ses guerrières au combat, on leur a tendu une somme que leurs homologues maliennes auraient à peine considérée comme un perdiem.
Messieurs les Ministres, imaginez un instant ce que ces femmes ont ressenti. Non pas avec la tête, mais avec le cœur. Imaginez-vous préparer pendant des mois, vous lever à l’aube, vous blesser et guérir, manquer des moments familiaux précieux et apprendre, à quelques heures du départ, que votre nation vous estime 20 fois moins que le voisin estime ses propres joueuses. Ce n’est pas une question de montant. C’est une question de regard. De valeur accordée. De reconnaissance.
Excellence, nous devons regarder cette réalité en face, avec courage et sans détours :
Premièrement, la crédibilité du sport burkinabè est entamée. Quand une équipe nationale rate son vol international pour des questions de primes non réglées, c’est toute l’architecture institutionnelle du sport qui est interrogée.
Les partenaires, les fédérations africaines, les sponsors potentiels, tous observent. Et ce qu’ils voient aujourd’hui fragilise les efforts de rayonnement du Burkina Faso.
Deuxièmement, le recrutement futur est menacé , quelle jeune fille de 15 ans, talentueuse, qui rêve de porter le maillot national, sera encouragée par sa famille à persévérer après avoir entendu ces révélations ?
Troisièmement, l’image du Burkina Faso sportif est abîmée. À l’heure où notre pays traverse des épreuves immenses sur d’autres fronts, le sport et particulièrement ces femmes qui résistent et gagnent est un vecteur de fierté nationale inestimable. Laisser cette image se ternir par des défaillances administratives, c’est priver le peuple burkinabè d’un de ses rares motifs de joie collective.
Quatrièmement, la cohésion, équipe-fédération-État est fragilisée
Un entraîneur national qui parle publiquement de sa « colère » contre ses propres joueuses, non par méchanceté, mais parce que la situation était devenue ingérable c’est le signe que les canaux internes de dialogue ont failli. Les problèmes auraient dû être résolus bien avant d’en arriver là.
Excellence, Messieurs les Ministres, nous ne venons pas seulement pointer des manquements. Nous venons, avec respect et espoir proposer des voies de reconstruction :
Une revalorisation immédiate et juste des primes des équipes nationales féminines, alignez les primes des Étalons Dames sur des standards africains compétitifs. Non pas nécessairement pour rivaliser avec les budgets des grandes nations, mais pour envoyer un signal fort : ces femmes comptent. Elles valent, elles méritent un barème transparent, connu à l’avance respecté et payé dans les délais, c’est le minimum que toute athlète nationale est en droit d’attendre de son pays.
Il est temps d’institutionnaliser le soutien. Ce fonds, alimenté par l’État, des partenaires privés burkinabè et des institutions régionales, permettrait de financer la préparation, les tournées de matchs amicaux, l’encadrement technique, la santé des joueuses et les primes sans que chaque compétition devienne un bras de fer financier.
Nous souhaitons la reconnaissance officielle et symbolique des Étalons Dames : Au-delà de l’argent, nos joueuses ont besoin de visibilité et de fierté. Une cérémonie nationale de reconnaissance pour leur qualification à la CAN 2026, une couverture médiatique institutionnelle renforcée, des partenariats avec des entreprises nationales pour leur assurer des revenus stables.
Ces actions ne coûtent pas toujours cher, mais elles disent au monde : « Le Burkina Faso est fier de ses filles. »
Instaurez un cadre de concertation régulier où les athlètes par l’intermédiaire de leurs représentants peuvent exprimer leurs besoins, leurs préoccupations, et co-construire les conditions de leur épanouissement. Des joueuses heureuses gagnent des matchs. Des joueuses entendues donnent tout pour leur nation.
A Vous chère dame qui avez choisi de rester. Vous qui avez négocié, attendu, enragé intérieurement et qui avez quand même chaussé vos crampons et joué. Vous qui avez été, selon les mots mêmes de votre entraîneur, « très résilientes ». Vous êtes l’honneur du Burkina Faso. Le jour où votre pays vous rendra pleinement ce que vous lui donnez, il sera un pays plus grand, plus juste, et plus fort.
On a beau les galvaniser avec le patriotisme, mais c’est compliqué.
La Patrie ou la Mort, Nous Vaincrons. Mais pour vaincre, il faut d’abord honorer celles qui se battent pour nous, celles qui donnent vies.
Ministère des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi
Fédération Burkinabè de Football
Présidence du Faso
Primature du Burkina Faso

