Jeunes Miroirs du Djôrô : « Papa, je vais réussir », l’histoire émouvante du Commandant Ollo Palenfo
Derrière l’uniforme du militaire et les responsabilités du haut fonctionnaire burkinabè se cache l’histoire d’un jeune de Gaoua qui a refusé que les épreuves décident de son avenir. Dans cet entretien accordé à Bafujiinfos.com, le Commandant Ollo Palenfo retrace un itinéraire où chaque obstacle est devenu une marche vers le succès, et lance un appel fort à la jeunesse. Croire en soi, travailler avec rigueur et ne jamais céder au découragement.
Commandant Ollo Palenfo
Originaire de Gaoua, il fait ses premiers pas à l’école primaire publique Chefferie de Gaoua en 1988. Élève studieux, il obtient son Certificat d’études primaires en 1994. Alors que tous ses camarades rejoignent la classe de sixième, son père prend une décision qui paraît incompréhensible pour certains, lui demandant de redoubler le CM2 afin qu’il puisse se présenter au concours d’entrée du Prytanée militaire du Kadiogo.
Le jeune garçon accepte difficilement ce choix. Voir ses camarades avancer pendant qu’il reste sur place est une épreuve. Les moqueries de certains élèves n’arrangent rien. Pourtant, ce qui semblait être un retard allait devenir le premier tournant décisif de sa vie.
Le jour du concours, un autre obstacle surgit. À Bobo-Dioulasso, il est empêché d’entrer dans la salle de composition parce que sa carte d’identité scolaire n’était pas conforme. Les larmes coulent. Son rêve semble s’écrouler avant même d’avoir commencé.
Mais son père refuse d’abandonner. Grâce à une intervention de dernière minute, le jeune candidat est finalement autorisé à composer.
Quelques heures plus tard, il annonce avec une étonnante assurance à son père : « Papa, je vais réussir », a-t-il laissé entendre.
Les résultats lui donnent raison. Il est admis et classé 20e en termes d’admissibilité sur le plan national. Pour l’admission, il fallait encore se rendre à Ouagadougou pour les visites médicales. Après cette étape, Ollo Palenfo est finalement classé 12e parmi les candidats du pays et intègre le Prytanée militaire du Kadiogo en 1995. « Ça a été le premier fait qui m’a marqué », a-t-il souligné. Cependant, la réussite n’efface pas les difficultés.
Premier élève ayant effectué toute sa scolarité primaire à Gaoua à intégrer cette prestigieuse école militaire, il doit s’adapter à un nouvel environnement. Puis survient un drame : son père décède alors qu’il est encore au lycée . Le coup est terrible.
Quelques années plus tard, un nouvel échec vient s’ajouter. Il échoue au baccalauréat. « J’ai échoué à mon baccalauréat 2004. Il faut noter qu’en classe de seconde, mon papa était décédé et c’était plus difficile pour moi de manière générale. Ayant échoué au BAC, je n’avais pas la possibilité de reprendre », a-t-il déclaré.
Commandant Ollo Palenfo
Pour beaucoup, cette succession d’épreuves aurait marqué la fin d’un rêve. Pas pour lui. Sans possibilité de reprendre normalement ses études et après plusieurs réflexions sans issue, il choisit de s’engager dans l’armée par demande d’incorporation comme soldat de deuxième classe le 1er janvier 2005. Ironie du destin, il revient au Prytanée militaire, non plus comme élève, mais comme encadreur. « Ce n’était pas le rêve de tout enfant de troupe », reconnaît-il.
Mais c’est précisément à ce moment qu’il rencontre un officier qui changera sa vision de l’avenir. Le Colonel-Major Hien Wendkoun lui lance une phrase sous un arbre qu’il n’oubliera jamais : « Tu n’es pas venu dans l’armée pour rester soldat. Bats-toi pour obtenir ton baccalauréat et devenir officier. C’est bel et bien possible », s’est-il souvenu. Ces mots deviennent une boussole.
Le jeune soldat reprend confiance. Il obtient son baccalauréat série D en candidat libre au cours de l’année 2005. La même année, ayant la possibilité d’intégrer la première promotion de l’École nationale des sous-officiers d’active sur demande, il rejoint cette école militaire avec deux de ses collègues, puis poursuit sans relâche son objectif de devenir officier. À l’issue des deux années de formation, il a été réaffecté au Prytanée militaire du Kadiogo comme cadre en juillet 2007. En 2010, Ollo Palenfo est détaché comme cadre au Prytanée militaire de Saint-Louis au Sénégal. En 2012, il rentre au pays où il réussit le très sélectif concours de l’École militaire interarmes sous-régionale organisé par la coopération française. « Curieusement, quand je suis venu pour le concours, c’était bizarre, mais j’ai dit aux camarades que s’il n’y avait qu’une seule place, elle m’appartiendrait. Et Dieu faisant les choses, j’ai réussi au concours », a-t-il témoigné. Il se spécialise ensuite entre 2014 et 2015 dans le génie militaire à l’École supérieure d’application du Génie à Angers avant de revenir servir son pays.
Une fois au pays en 2015, il est envoyé à l’École technique du génie militaire du Burkina comme instructeur. En 2017, il part en mission pour la MINUSMA au Mali au sein du bataillon Badenya 5. Après cette mission en 2018, il repart à l’École technique du génie mais, cette fois-ci comme commandant d’école. Plus tard, il devient chef de service au secretariat permanent de la Commission nationale de contrôle des armes à la Primature, chargé de mission au ministère des Infrastructures en 2024, Secrétaire permanent des travaux routiers à haute intensité de main-d’œuvre, puis Secrétaire général du ministère de la Construction de la Patrie depuis février 2026. Les responsabilités se succèdent au rythme de son engagement et de son mérite.
Aujourd’hui, le fils de Gaoua qui avait un jour pleuré devant une salle d’examen est devenu Secrétaire général du ministère de la Construction de la Patrie.
Pour lui, la réussite ne se repose ni sur la chance ni sur les raccourcis. Elle se construit autour de quelques valeurs essentielles : la persévérance, la discipline, le travail bien fait, la confiance en soi, l’humilité et la recherche permanente de conseils.
Son message à la jeunesse du Djôrô en particulier et du Burkina en général est sans détour. Face à la tentation de l’argent facile, notamment à travers l’orpaillage, il invite les jeunes à choisir le chemin de l’effort, de la patience et du mérite. « Laissez l’argent facile de côté. Acceptez de construire votre avenir étape par étape. Le reste viendra avec le travail », a lancé le Commandant Ollo Palenfo.
Commandant Ollo Palenfo
Au moment de conclure, le Commandant Ollo Palenfo rend un vibrant hommage à ses parents, particulièrement à son père, dont les conseils continuent de guider chacun de ses pas. Il remercie également sa famille, ses collaborateurs et tous ceux qui lui ont fait confiance.
Son histoire rappelle une vérité simple : un redoublement ne condamne pas un avenir, un échec au baccalauréat ne met pas fin à un rêve, et les difficultés ne définissent jamais une vie. Elles peuvent, au contraire, devenir les fondations d’une réussite exceptionnelle.
Le parcours du Commandant Ollo Palenfo est bien plus qu’une carrière. C’est un message d’espérance adressé à tous les jeunes du Djôrô : n’abandonnez jamais vos rêves. Le courage, la persévérance et le travail finissent toujours par ouvrir des portes que l’échec semblait avoir fermées.
Par Wonomana DA

