14 juin 2026
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05 PRÉSIDENTS AFRICAINS RENVERSÉS AVEC L’APPUI DE PARIS

Certains destins présidentiels ne se sont pas joués dans les urnes, mais dans le secret des cabinets militaires et des services de renseignement. Si la France a souvent déployé ses troupes pour sauver des régimes alliés, elle a aussi, à plusieurs reprises, orchestré, facilité ou couvert le renversement de dirigeants devenus indésirables, trop indépendants ou menaçants pour ses intérêts stratégiques.


Voici le récit détaillé et sans tabou de ces grands tournants historiques où la main de Paris a guidé la chute du pouvoir.

1. L’Opération Caban (1979) : Quand Paris débarque pour destituer un Empereur
Nous sommes en République centrafricaine. L’ancien président Jean-Bedel Bokassa s’est auto-proclamé empereur sous le nom de Bokassa premier. Au début, Paris ferme les yeux. Mais en 1979, le régime bascule dans une répression sanglante, notamment contre des écoliers. L’image de la France, qui soutient financièrement ce pouvoir, devient intenable sur la scène internationale. De plus, Bokassa commence à se rapprocher dangereusement du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. La ligne rouge est franchie.


Le déroulement de l’opération :
Le président français Valéry Giscard d’Estaing donne son feu vert pour l’Opération Caban. Le 20 septembre 1979, profitant d’un voyage de Bokassa en Libye, les forces spéciales françaises et les parachutistes du RPIMa — le Régiment de parachutistes d’infanterie de marine — atterrissent à l’aéroport de Bangui et prennent le contrôle de la capitale sans coup férir.
Dans les bagages de l’armée française se trouve David Dacko, l’ancien président que Bokassa avait renversé quatorze ans plus tôt. C’est l’armée française qui installe physiquement David Dacko à la radio nationale pour qu’il proclame la déchéance de l’Empire et la restauration de la République. Un coup d’État direct, chirurgical et entièrement exécuté par Paris.

2. Le complot de Lomé (1963) : Le sort tragique de Sylvanus Olympio
Au Togo, Sylvanus Olympio est le premier président de la République. Économiste brillant formé à Londres, il refuse la tutelle économique de la France. Son projet ultime ? Sortir du franc CFA pour créer une monnaie nationale togolaise adossée à la banque centrale allemande et diversifier ses partenariats commerciaux avec les puissances anglophones. Pour l’Élysée et les concepteurs de la Françafrique, briser le monopole du franc CFA est une menace existentielle pour toute l’influence française en Afrique.
Les rouages de l’ombre :


Le 13 janvier 1963, à quelques jours de la signature officielle des décrets créant la nouvelle monnaie togolaise, un groupe de vétérans de l’armée coloniale française commet un coup d’État. Sylvanus Olympio est traqué et assassiné au petit matin, juste devant les portes de l’ambassade des États-Unis à Lomé.
Si la gâchette a été pressée par des militaires togolais (dont le jeune sergent Gnassingbé Eyadéma), l’implication des réseaux de Jacques Foccart en coulisses est totale. Les services français de renseignement ont non seulement encouragé la rébellion de ces soldats démobilisés, mais Paris s’est empressé de reconnaître le nouveau régime militaire pour étouffer le projet d’indépendance monétaire.

3. Le drame de Ouagadougou (1987) : Le lourd mystère de la chute de Thomas Sankara
Au Burkina Faso, le capitaine Thomas Sankara incarne la révolution, le refus du néocolonialisme et la rupture totale avec la Françafrique. Il critique ouvertement la politique française lors des sommets internationaux, refuse de payer la dette extérieure qu’il juge injuste, et prône une souveraineté économique absolue. À Paris, sous la présidence de François Mitterrand (et la cohabitation avec le Premier ministre Jacques Chirac), le ton provocateur de ce jeune leader agace profondément.
Les rouages de l’ombre :
Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné lors d’un coup d’État militaire dirigé par son plus proche compagnon, Blaise Compaoré. Si ce sont des soldats burkinabè qui ont exécuté l’attaque, la complicité des services secrets français et du réseau de la Françafrique est documentée par les historiens.
Les archives officielles et les témoignages du procès historique de 2022 ont mis en lumière le rôle prépondérant de la France : livraison de renseignements, présence suspecte d’agents français à Ouagadougou le jour même pour détruire des écoutes téléphoniques, et exfiltration rapide des comploteurs. Paris voyait en Blaise Compaoré un dirigeant beaucoup plus pragmatique et docile pour stabiliser la région selon les intérêts français.

4. La guerre civile du Congo-Brazzaville (1997) : Le choix du pétrole contre la démocratie
En 1992, le Congo-Brazzaville vit sa première transition démocratique. Pascal Lissouba est élu président de la République. Très vite, des tensions financières apparaissent. Lissouba veut renégocier les contrats pétroliers avec la compagnie française **Elf Aquitaine**, qu’il accuse de piller les ressources du pays. Face au refus de la multinationale, Lissouba commet ce que Paris considère comme un crime de lèse-majesté : il ouvre le marché pétrolier congolais à des compagnies américaines (notamment Occidental Petroleum).
Le retour de flamme :
En 1997, à l’approche des élections, une guerre civile violente éclate entre les partisans de Lissouba et les milices de l’ancien président Denis Sassou-Nguesso, ami historique des réseaux français et d’Elf Aquitaine.
Plutôt que de soutenir le président démocratiquement élu, les structures de l’ombre françaises facilitent le retour au pouvoir de Sassou-Nguesso. La compagnie Elf finance discrètement l’achat d’armes lourdes et de mercenaires pour les milices rebelles. L’armée française intervient sous prétexte d’évacuer les ressortissants étrangers, mais sécurise en réalité les infrastructures pétrolières stratégiques, laissant le pouvoir de Lissouba s’effondrer sous les bombes. Denis Sassou-Nguesso reprend le contrôle du pays, et les intérêts pétroliers français sont immédiatement rétablis.

5. La crise d’Abidjan (2011) : L’assaut final contre Laurent Gbagbo
En Côte d’Ivoire, l’élection présidentielle de fin 2010 débouche sur une crise post-électorale majeure et un violent conflit armé. Le président sortant, Laurent Gbagbo, et son rival, Alassane Ouattara, revendiquent tous deux la victoire. Laurent Gbagbo, qui mène depuis des années une politique de rupture idéologique et de défiance vis-à-vis des réseaux économiques et politiques traditionnels de la France, refuse de céder le pouvoir malgré les pressions internationales.
L’intervention directe :
Face au blocage et à l’enlisement des combats à Abidjan, le président français Nicolas Sarkozy ordonne une intervention militaire directe sous couvert d’un mandat de l’Organisation des Nations unies.
L’opération Licorne — le détachement militaire français basé en Côte d’Ivoire — déploie ses hélicoptères de combat et ses blindés. Les forces françaises pilonnent les positions stratégiques du régime, détruisent l’artillerie lourde de l’armée loyaliste et ouvrent la voie aux forces pro-Ouattara jusqu’au cœur de la résidence présidentielle de Cocody. Le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo est arrêté. C’est l’action décisive et la puissance de feu de l’armée française qui font basculer le conflit et installent Alassane Ouattara au pouvoir.

À retenir : Ces épisodes démontrent que la géopolitique de la Françafrique reposait sur une règle d’or tacite : la défense des intérêts économiques (le pétrole, les minerais, la monnaie) et stratégiques (le barrage au communisme puis l’influence linguistique) l’emportait systématiquement sur le respect des processus démocratiques ou de la souveraineté des nations africaines.

💬 Place au débat historique
L’analyse de ces événements montre une diplomatie à double visage, oscillant entre stabilisation régionale et ingérence brutale.
Selon vous, ces interventions destructrices étaient-elles dictées par la Realpolitik (la politique du réalisme cynique) dans un contexte de guerre d’influence globale, ou ont-elles brisé le destin de dirigeants qui auraient pu offrir une trajectoire totalement différente et plus souveraine à leurs pays ?

Reveil-info
Histoire des présidents et rois d’Afrique

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