Sankara, Compaoré, Lengani et Zongo : la crise des quatre chefs historiques
« Le 3 septembre(1987) eut lieu la réunion de l’Organisation Militaire Révolutionnaire; elle marque le tournant du drame.
Blaise Compaoré nous raconte: « J’étais rentré de Lybie le 3 septembre à 14h. La veille, j’y avais travaillé jusqu’à minuit avec Rawlings et Museveni. Arrivé à Ouaga, je me suis rendu immédiatement chez Thomas pour faire rapport. Quand je partis vers 15h30, il m’a dit, sans autre précision, qu’il y avait une réunion de l’OMR à 18h. Le soir, quand je suis arrivé dans la salle, Thomas est sorti pendant environ une heure. Entretemps j’avais commencé la réunion et je la présidais. Plusieurs personnes de l’entourage de Sankara prenaient la parole pour dire que des tracts honteux circulaient qui provenaient probablement du cercle de l’OMR. Je sentais bien que j’étais le premier visé ».
….
Quand Sankara est finalement rentré, il a parlé d’un tract particulièrement ordurier contre lui et sa femme. Il a dit: Que chacun se lève pour parler, les auteurs du tract se trouvent parmi nous. Il regardait avec insistance vers Laurent Sédogo et vers moi(Arsène YE). Il ajoutait: Les auteurs doivent avoir le courage de se manifester. Laurent a pris la parole pour dire que le véritable problème était l’entente entre les quatre chefs historiques. ‘Peuvent-ils nous dire s’ils s’entendent encore entre eux’? Sankara a repliqué: Je suis content de ce que tu as dit. Moi, j’ai confiance dans les trois autres. Je trouve que chacun d’eux doit prendre la parole pour donner son point de vue.
Lengani est intervenu: Des camarades présents à l’assemblée, sont allés prévenir Thomas que je préparais un coup contre lui. Il y a beaucoup de rumeurs mais ça montre seulement l’immaturité de certains.
Henri Zongo a dit: Déjà au mois de mai, certains sont allés informer le président du Faso que moi, je voulais être son successeur. Non, Thomas est le seul qui peut nous dire où nous en sommes aujourd’hui ».
Puis Blaise Compaoré, d’habitude calme comme un sphinx, s’est emporté: « Apparemment on pense que ce tract vient de moi ou de mes amis. Cette réunion a été convoquée pour m’accuser et m’insulter. Ici, c’est plein de gens qui ne comprennent rien à la politique. En fait, c’est une affaire entre Thomas et moi. Si Thomas a des choses à me reprocher depuis 83, qu’il les dise ».
Arsène Yé nous a raconté la fin de la réunion:
« Après l’intervention de Blaise, tout le monde s’attendait à ce que Sankara s’explique. Mais il a simplement dit: Vous les avez entendus, qu’est-ce que vous en pensez?
….
Blaise Compaoré nous a dit à quel point il fut démoralisé après cette assemblée. Un moment, il a envisagé de quitter ses fonctions et de partir à l’étranger, dans un pays comme l’Angola.
Pour calmer les rumeurs de crise de plus en plus insistantes, Sankara fait rédiger une note de l’OMR après la réunion du 3 septembre. Il y est spécifié qu’il « n’y a aucun problème au sein de l’OMR ni entre les quatre chefs historiques de la révolution… »
Extrait de l’ouvrage : SANKARA, COMPAORÉ et la révolution burkinabè de Ludo MARTENS
Reveil-info
