1 mai 2026
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Soungalo Apollinaire Ouattara : L’homme de l’administration publique

Il y a des parcours que l’on croit tout tracés et qui pourtant empruntent des chemins de traverse. Celui de Soungalo Apollinaire Ouattara en est une parfaite illustration. Né le 31 décembre 1956 à Bobo-Dioulasso, la chaleureuse capitale culturelle du Burkina, le jeune Soungalo nourrissait un rêve bien différent de celui qu’il accomplira plus tard. Son ambition première était de devenir journaliste. On l’imagine volontiers, carnet et stylo en main, partant à la rencontre des hommes et des faits pour raconter le monde. Après un baccalauréat en 1976 et une licence ès-lettres, il s’envole pour Lomé, au Togo, afin d’intégrer l’École de journalisme. Mais le destin, parfois, aime jouer des tours. Impliqué dans un mouvement étudiant en 1979, il perd sa bourse d’études. Porte close. Rêve brisé.

Comme beaucoup d’Africains de sa génération confrontés à l’impromptu, il rebondit sans amertume. Il pousse alors la porte de l’École nationale d’administration, l’ENAM, et en sort diplômé en 1983. Non pas journaliste, mais administrateur civil. Un métier qu’il n’avait pas choisi, mais qui allait bientôt le choisir et le porter bien plus haut qu’il ne l’aurait imaginé. À seulement 27 ans, le voilà préfet-maire de Réo. La découverte du terrain, rugueux et exigeant. Puis ce seront les postes de secrétaire général dans les provinces du Passoré et de la Gnagna. À chaque affectation, il apprend la gestion des hommes, l’art du compromis, mais surtout une leçon fondamentale : l’administration, pour être respectée, doit d’abord être juste et lisible. Sa rigueur méthodique et son sens du service ne passent pas inaperçus.

Il gravit alors les échelons jusqu’à devenir, pendant plus d’une décennie de 1995 à 2006, le secrétaire général de la Présidence du Faso. Un poste d’influence discrète où il voit passer les dossiers les plus sensibles du pays, conseillant l’exécutif sans rechercher la lumière. Mais c’est en 2008, lorsqu’on le nomme ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’État, qu’il va inscrire son nom en lettres durables dans l’histoire administrative du Burkina. Beaucoup pensent alors qu’il ne fera que gérer l’ordinaire, huiler quelques rouages sans rien changer de fond. Ils se trompent lourdement. Soungalo Apollinaire Ouattara s’attaque à trois fléaux qui pourrissent la Fonction publique depuis des années : les agents fictifs, les carrières bloquées et l’absence de responsabilisation des cadres.

Pour chasser les fantômes de la paie, ceux qu’on appelle les « bailleurs » qui touchent un salaire sans jamais mettre les pieds au bureau, parfois même après leur décès, il impose une mesure radicale, le recensement biométrique de tous les agents. Les doigts sur la machine, chacun doit prouver qu’il existe. Les grincements de dents se font entendre dans les couloirs des ministères, mais le résultat est sans appel, le fichier est assaini, l’État cesse de payer des morts et des fantômes. Ensuite, il s’attaque au blocage des carrières. Des fonctionnaires attendent depuis quinze ans un simple reclassement. Quinze ans. Il lance des chantiers massifs pour reconstituer les parcours et faire remonter des milliers d’agents d’un seul coup. Enfin, il introduit une innovation venue du management privé, le management directorial. Un haut fonctionnaire nommé en Conseil des ministres répond désormais personnellement de ses résultats. Il n’est plus un simple rouage anonyme.

Ce travail de fourmi lui vaut un surnom qui collera désormais à sa peau, le grand réformateur de la Fonction publique burkinabè. Puis vient la consécration politique. Élu député du Houet en 2012, il est choisi le 28 décembre de la même année par ses pairs pour présider l’Assemblée nationale. Il devient ainsi le quatrième homme à occuper ce perchoir depuis 1992. L’ancien préfet de Réo, l’ancien journaliste contrarié, trône désormais au sommet de l’institution législative, veillant au bon déroulement des débats avec cette même gravité silencieuse qui le caractérise. Mais l’histoire ne s’arrête jamais là où on l’attend. En octobre 2014, le Burkina Faso se soulève contre la tentative de modification de la Constitution qui permettrait au président Blaise Compaoré de se représenter. La colère populaire est immense. Le 30 octobre, la foule envahit l’Assemblée nationale et l’incendie. En quelques heures, le régime s’effondre. Soungalo Apollinaire Ouattara, fidèle soutien de l’ancien président, voit son mandat s’achever dans les flammes, emporté par le souffle de l’insurrection populaire.

Il se retire alors de la vie politique active, sans bruit, comme il était entré dans l’administration. Mais son héritage, lui, ne brûle pas. Il demeure, discret mais bien vivant, dans la mémoire de tous ceux qui ont croisé sa route. Aujourd’hui, quand on interroge les vieux fonctionnaires burkinabè sur ce qu’ils retiennent de lui, ils ne parlent jamais de la politique ou de ses alliances. Ils disent simplement : « Il a assaini la paie. » « Il nous a reclassés après quinze ans d’attente. » « Avec lui, l’administration avait enfin une colonne vertébrale. » Reconnu internationalement, il a été fait chevalier de la Légion d’honneur par la France en 2014 pour « le caractère remarquable de son parcours ». Il est également commandeur de l’Ordre national du Burkina Faso et grand-croix de l’Ordre de la Pléiade. Loin des projecteurs, cet homme au parcours cabossé par les hasards de la vie et les soubresauts de l’histoire demeure l’archétype du grand commis de l’État : compétent, discret, sans charisme flamboyant, mais avec un sens aigu du devoir et une obsession : rendre l’administration plus juste, plus efficace, plus humaine.

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