François Compaoré : Splendeur, secrets et déchéance du « Petit Président » du Burkina Faso
Dans les couloirs feutrés des palais de Ouagadougou, son simple prénom suffisait à faire trembler les ministres, les hommes d’affaires et les courtisans. Pendant un quart de siècle, Paul François Compaoré a incarné la face sombre, économique et redoutable du pouvoir burkinabè. Il n’était pas le chef de l’État, mais il en possédait toutes les clés. Récit historique d’une ascension fulgurante, bâtie sur l’ombre d’un grand frère, et d’une chute vertigineuse qui résonne encore aujourd’hui.
I. L’enfance et la naissance d’une influence (1954 – 1987)
Paul François Compaoré voit le jour le 11 janvier 1954 à Ouagadougou, au cœur d’une Haute-Volta (l’ancien nom du Burkina Faso) encore sous administration coloniale française. Fils d’un militaire respecté, il grandit dans une fratrie où son grand frère, Blaise Compaoré, de trois ans son aîné, s’oriente très vite vers la carrière des armes. François, lui, choisit les études scientifiques. Il obtient son diplôme d’ingénieur agronome à l’étranger, loin des tumultes des casernes. Rien, à cette époque, ne présage un destin politique.
Tout bascule le 15 octobre 1987. Un coup d’État sanglant renverse le père de la Révolution burkinabè, le capitaine Thomas Sankara. Blaise Compaoré s’installe dans le fauteuil présidentiel. Dès lors, le grand frère a besoin d’hommes de confiance absolue pour sécuriser son pouvoir naissant. Il se tourne tout naturellement vers son cadet. En 1989, François est nommé Conseiller économique à la présidence de la République. Le costume est sur mesure : le frère de l’ombre entre officiellement en scène.
II. Le « Petit Président » : L’abus de pouvoir en héritage
Au fil des années 1990, alors que le régime se consolide, François Compaoré étend sa toile. Dans le pays, l’opinion publique lui attribue rapidement un surnom qui en dit long sur son omniprésence : le « Petit Président ».
Bénéficiant de la protection totale et de l’immunité absolue que lui confère son lien fraternel, François Compaoré s’impose comme le véritable maître de l’économie burkinabè. Il prend le contrôle discret du Congrès pour la Démocratie et le Progrès, le parti politique ultra-majoritaire au pouvoir, dont il dicte la pluie et le beau temps en coulisses.
Mais c’est dans le monde des affaires que son pouvoir devient étouffant. Il règne sur l’attribution des grands marchés publics de l’État : infrastructures, télécommunications, filière du coton, importations. Les hommes d’affaires locaux et internationaux comprennent vite la règle d’or : pour obtenir un contrat au Burkina Faso ou pour éviter d’être écrasé par le fisc, il faut passer par le bureau de François Compaoré au palais présidentiel de Kosyam. L’appareil d’État est mis au service d’intérêts claniques, installant un climat d’impunité où le cercle proche du pouvoir se croit tout-puissant.
III. L’affaire Norbert Zongo : Le scandale absolu (1998)
L’utilisation abusive de la force d’État va mener le régime vers sa première grande crise morale. Tout commence à la fin de l’année 1997 par une affaire interne : David Ouédraogo, le chauffeur personnel de François Compaoré, est accusé par son patron de lui avoir volé une importante somme d’argent. François Compaoré fait alors appel aux militaires de la garde présidentielle. David Ouédraogo est séquestré et sauvagement torturé au Conseil de l’Entente. Il succombe à ses blessures en janvier 1998.
Cette mort suspecte éveille l’attention de Norbert Zongo, un journaliste d’investigation d’un courage exceptionnel, directeur de l’hebdomadaire indépendant L’Indépendant. Norbert Zongo refuse de laisser ce crime impuni. Semaine après semaine, dans ses colonnes, il enquête, pose des questions dérangeantes et pointe directement du doigt la responsabilité du « Petit Président » dans la séquestration de son chauffeur.
La vérité devient trop menaçante pour le pouvoir. Le 13 décembre 1998, sur la route de Sapouy, la voiture de Norbert Zongo et de ses trois compagnons de voyage est interceptée. Le journaliste et ses proches sont assassinés à bout portant, et leur véhicule est incendié. La découverte des corps carbonisés provoque une onde de choc sans précédent. Le Burkina Faso s’embrase. Des milliers d’étudiants, de syndicalistes et de citoyens descendent dans la rue aux cris de « Justice pour Norbert Zongo ».
François Compaoré est inculpé pour « incitation à assassinats » par la commission d’enquête indépendante. Cependant, la justice burkinabè, alors totalement inféodée au grand frère Blaise, étouffe l’affaire. En 2006, un non-lieu scandaleux est prononcé en faveur de François Compaoré, provoquant le dégoût de la population et gravant son nom à jamais dans la mémoire collective comme le symbole de l’injustice d’État.
IV. La chute, l’exil et le jugement de l’histoire (2014 – Aujourd’hui)
Le sentiment de toute-puissance va finalement causer la perte de la famille Compaoré. En octobre 2014, lorsque Blaise Compaoré tente de modifier la Constitution pour briguer un nouveau mandat, le peuple burkinabè dit « Non ». C’est l’insurrection populaire.
La foule en colère prend d’assaut l’Assemblée nationale et se dirige vers les propriétés du clan. La luxueuse villa de François Compaoré, située dans le quartier chic de Ouaga 2000, est entièrement pillée et saccagée. Devant les caméras du monde entier, les manifestants découvrent l’extravagance de son mode de vie, des coffres-forts, mais aussi des objets de culte ésotérique et des fétiches, alimentant les rumeurs les plus sombres sur les pratiques du pouvoir.
Pendant que sa maison brûle, François Compaoré s’enfuit précipitamment vers la Côte d’Ivoire voisine sous escorte. Le régime des Compaoré s’est effondré en quelques heures. Il obtient plus tard la nationalité ivoirienne pour se protéger, mais le passé le rattrape.
En octobre 2017, la nouvelle justice burkinabè relance l’affaire Norbert Zongo et émet un mandat d’arrêt international contre lui. François Compaoré est arrêté à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle en France. S’ensuit une bataille judiciaire de plusieurs années. Si le gouvernement français signe son décret d’extradition en 2020, les avocats de François Compaoré saisissent la Cour européenne des droits de l’homme. Fin 2023, cette juridiction européenne annule l’extradition, estimant que les assurances fournies par le Burkina Faso (alors sous régime militaire) concernant les conditions de détention et la sécurité de l’accusé ne sont pas suffisantes.
Où en est-il aujourd’hui ?
À plus de 70 ans, l’ancien homme fort du Burkina Faso vit un exil doré mais profondément amer. Voyageant entre l’Europe et Abidjan, sa liberté de mouvement se restreint chaque jour davantage. Récemment, confronté à des refus de renouvellement de ses documents de séjour en France et marqué par la vieillesse et la maladie de son grand frère Blaise, François Compaoré assiste impuissant au crépuscule de sa lignée.
L’histoire retiendra de lui l’image d’un homme qui, fort de l’ombre protectrice d’un frère président, s’est cru au-dessus des lois, oubliant que le pouvoir passe, mais que la mémoire des peuples reste.
L’histoire du Burkina Faso reste marquée par les excès de cette époque. Quel souvenir gardez-vous des événements liés au « Petit Président » ou de l’affaire Norbert Zongo ?
Reveil-info
Source : histoire des présidents et rois d’Afrique



La résidence de François n’était pas à ouaga 2000!
JUSTE MAIS IL EN AVAIT 2