Le taux des accouchements par césarienne a considérablement augmenté ces 10 dernières années au Burkina Faso. Face au phénomène nommé « épidémie de césarienne », on se demande si la pratique est nécessaire ou si c’est par effet de mode que les femmes ont recours à la chirurgie pour donner la vie.
La césarienne est une intervention chirurgicale de sauvetage maternel et fœtal. En effet, sa réalisation permet d’éviter des complications chez la mère et le bébé au cours de l’accouchement. Si autrefois, la césarienne était considérée comme une intervention à haut risque, aujourd’hui sa méthode a été simplifiée et est bien maîtrisée par les professionnels du domaine. Bien que couramment pratiquée, la césarienne reste un acte chirurgical lourd et non anodin, il y a des risques. Elle peut entraîner des complications et c’est pourquoi on ne recommande la césarienne que sur indication. Le nombre de femmes qui ont effectué leur accouchement par césarienne a augmenté au Burkina Faso passant de 2 % en 2010 à 7 % en 2021, selon une enquête de démographie et de santé de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) réalisée en 2021. Le pourcentage de naissances dont l’accouchement s’est déroulé par césarienne a tendance à augmenter avec l’âge de la mère. Ainsi, il passe de 4 % quand la mère a moins de 20 ans à l’accouchement, à 7 % quand elle a entre 20 et 34 ans. Il est de 9 % chez les femmes qui ont entre 35 et 49 ans. En outre, le pourcentage de césarienne est plus élevé dans les zones urbaines que rurales.
Accouchement par césarienne, les prérequis
Selon le professeur Charlemagne Ouédraogo, une césarienne est une chirurgie qui consiste à extraire un bébé de l’utérus par incision de l’abdomen et de l’utérus. D’une manière générale, les médecins optent pour la césarienne quand les conditions pour le bébé et la maman sont défavorables pour un accouchement par voie basse. La césarienne peut être programmée c’est-à-dire que la femme est avisée ou d’urgence quand la femme arrive dans un état de choc, tout comme elle peut être décidée au cours d’un travail d’accouchement qui devient difficile. Les indications ne sont pas les mêmes selon les situations. En outre il y a la césarienne de convenance encore appelée césarienne de confort. Elle est pratiquée sans indication médicale alors que l’accouchement par voie basse est bien possible et ne présente aucun risque, ni pour bébé ni pour maman. La raison principale avancée par ces femmes, c’est d’éviter la douleur et de faire subir à leur périnée l’épreuve de l’accouchement. Ce qui est déconseillé car la césarienne engendre des risques. L’organisation mondiale de la santé révèle que les césariennes de convenance présentent un risque plus élevé de décès et de complications maternelles que les accouchements par voie basse. La césarienne programmée donne un temps de préparation à la femme. Elle est psychologiquement prête pour la subir. La césarienne d’urgence engage le pronostic vital de la mère et de l’enfant. Il faut agir vite pour éviter le pire.
Dans quel cas pratiquer la césarienne
Plusieurs raisons peuvent justifier la pratique d’une césarienne selon la sage-femme Viviane Zio. On peut noter la mauvaise position du bébé, ou quand le bébé est trop fragile pour sortir par les voies naturelles. Aussi, il arrive que la maman ait déjà fait une césarienne, son bassin est donc rétréci et le bébé trop gros pour passer sans dommage. L’accouchement par voie basse est contre indiqué dans ce cas. Aussi, en cas de pré- éclampsie sévère de la mère ou de retard de croissance intra-utérine ou en cas d’infection de la mère par certains virus comme le VIH. Au cours d’une grossesse qui devient difficile ou devant un accouchement risqué comme la souffrance fœtale, l’arrêt de la dilatation du col, décollement du placenta. La césarienne est recommandée lorsque ses risques sont jugés inférieurs à ceux d’un accouchement par voie basse. Après une première césarienne, il est possible pour certaines femmes d’accoucher par voie basse lors des grossesses ultérieures. La césarienne a contribué à réduire la mortalité maternelle et néonatale au Burkina Faso. La césarienne est gratuitement offerte par le gouvernement dans tous les hôpitaux publics du Burkina Faso. Viviane ZIO souligne également qu’en tant que sage-femme le choix de la césarienne ou non ne les incombe pas. Le choix résulte d’un certain nombre de facteurs toujours dans le but de sauver la vie de la mère et de l’enfant car il n’est pas plaisant pour une sage-femme de donner naissance à un mort-né. Par ailleurs les petites filles de 12 ou 13 ans, ne sont pas aptes pour les accouchements par voie basse, les bassins ne sont pas développés, elle est mineure ainsi le risque de la grossesse est très énorme. Pour éviter de perdre la maman et le bébé on peut pratiquer une césarienne. Ce n’est vraiment pas un choix par complaisance. Il y a certaines femmes aussi qui décident à la suite d’un traumatisme passé d’avoir recours à la césarienne. Elles ne veulent plus revivre l’étape des poussés durant l’accouchement. Aussi, les bébés trop gros peuvent présenter des risques pour la maman. C’est vrai qu’il y a des femmes qui viennent demander la césarienne, mais il est strictement interdit par la loi de faire une césarienne par complaisance. En effet, les césariennes doivent avoir des indications précises médicales. Pour l’une de nos sage-femmes qui souhaite garder l’anonymat, elle pratiquerait en moyenne 10 accouchements par semaine. Elle souligne que le choix de l’accouchement se fait par recommandations médicales dans le cas où la mère présente des complications qui ne sont pas compatibles avec un accouchement par voie basse. Elle recommande l’accouchement par voie basse si toutefois il n’y a pas de contre-indication.
La césarienne présente des risques
A court comme à long terme, une césarienne qu’elle soit programmée, d’urgence ou de convenance a des risques sur bébé et maman. A court terme, chez le bébé, on peut noter une difficulté respiratoire transitoire. Les bébés nés par césarienne sont exposés à ce grand risque et ont parfois besoin d’une réanimation à la naissance. Pour la mère, les principaux risques sont, outre les complications propres au type d’anesthésie, l’infection du site opératoire, l’infection urinaire, la thrombose veineuse profonde qui peut se compliquer en embolie pulmonaire, l’hémorragie qui est l’une des principales causes de décès après l’accouchement. Les ballonnements aussi qui sont dérangeants pour la mère. Il y a également la séparation mère/enfant qui empêche l’attachement affectif dès les premiers moments de la naissance. Dans les accouchements par césarienne, il arrive que la mère et le bébé soient séparés pour des raisons de surveillance maternelle. La mère court le risque d’un échec de l’accouchement par voie basse et une rupture utérine. Elle est plus prédisposée à un accouchement par césarienne à nouveau. La femme s’expose à des complications chirurgicales comme le placenta accréta (accolement excessif du placenta à la cicatrice de l’utérus). Les cicatrices sur l’utérus peuvent entraîner des complications. Aussi les séquelles d’un accouchement par césarienne sont trois fois plus lourdes que celles d’un accouchement par voie basse. La césarienne entraîne des risques de dépression post-partum chez la mère, lorsqu’il s’agit surtout de césarienne non programmée. Après une césarienne, il y a des traitements qui se font pour éviter certaines complications, mais toujours est-il qu’il faut faire une césarienne quand c’est nécessaire uniquement.
Au regard de ce qui précède, le choix de la voie d’accouchement doit être mûrement réfléchi et encadré par un médecin. Il faut donc éviter d’avoir recours à cette pratique uniquement par plaisir personnel car la vie de la mère et du bébé est en jeux. Le choix de la césarienne ne doit pas être un effet de mode.
Fatoumata Ouattara/ Traoré

J’ai accouché par voie basse. C’était un choix personnel. Le coût de la césarienne reste élevé dans les cliniques privées et je trouvais que ce n’était pas dans mon budget. Je n’ai aucun regret sur mon choix d’accouchement. Cela m’a permis de récupérer plus rapidement et de profiter de mon bébé.
Aïcha Barro
Personnellement le choix ne s’est pas posé. J’ai 3 fils et tous mes accouchements ont été fait par voie naturelle. Pendant le suivi de mes grossesses, je n’avais pas de problème particulier donc il n’y avait pas de raison de faire une césarienne. Toutefois si je devais subir une intervention, je n’allais pas voir d’inconvénient. Je reste convaincu que les médecins allaient faire le bon choix pour sauver ma vie et celle de mes enfants. Ce n’est pas parce d’une femme accouche par césarienne qu’elle est moins femmes que les autres ou qu’elle va aimer moins son enfant. Il faut que les gens arrêtent ses préjugés.
Aïcha Ouédraogo

Je suis maman de 4 enfants, les 3 premiers étaient par voie basse mais le petit dernier c’était par césarienne. Ce n’était pas un choix personnel, c’est au cours de la grossesse avant le terme que les médecins m’ont informé que l’accouchement se fera par césarienne a cause de mes problèmes de santé. Vraiment cette dernière grossesse ma fatigué. C’était douloureux et le rétablissement a pris du temps. Si c’était à choisir j’allais prendre la voie normale mais ce n’est pas grave, l’essentiel est que je suis en bonne santé aujourd’hui ainsi que le bébé. J’avais des doutes et des peurs au début mais le médecin m’a rassuré. J’ai accouché dans un hôpital public et le service était impeccable. Mais il arrive que des femmes enceintes, sans contrainte médicale, demandent volontairement à accoucher par césarienne.
Awa Cécile BANGARE
