Le projet du Méga Show Fitness, porté par Kosso Cross Fit, partait d’une intention louable : célébrer le sport, le bien-être et le cinquième anniversaire d’un centre de fitness devenu une référence dans la capitale. L’idée d’associer à cet événement un influenceur africain de renom, Nkululeko Dlamini, alias King of Squats, relevait d’un coup médiatique habilement pensé.
Cependant, l’organisation n’a pas respecté les règles élémentaires : absence d’autorisation administrative préalable. Dans un contexte burkinabè où la sécurité, la décence et la moralité publique sont devenues des priorités, c’est une faute lourde. Et comme le rappelle la sagesse juridique, « nul n’est censé ignorer la loi, ni l’esprit de la loi ». À ce titre, les organisateurs auraient dû aller molo, prendre le temps de se conformer aux exigences administratives avant toute communication ou installation logistique.
Une prudence qui aurait sans doute évité cette issue regrettable.
L’engouement suscité autour du King of Squats n’est pas anodin. Il traduit une évolution socioculturelle : celle d’une jeunesse fascinée par le corps, l’apparence et les codes du digital. Le fitness devient spectacle, et le sportif, une star.
Mais ici, le show semblait glisser vers une esthétique ambiguë, entre démonstration athlétique et exhibition charnelle. Cette ambiguïté a nourri les critiques et accentué le malaise.
Une partie du public burkinabè, profondément attachée à une certaine pudeur collective, a perçu la venue du King of Squats moins comme une célébration sportive que comme une provocation morale.
Les réseaux sociaux, dans leur frénésie habituelle, ont amplifié cette lecture jusqu’à transformer un simple événement de fitness en affaire de société. Face à la montée de la polémique, le Président de la Délégation Spéciale de Ouagadougou a décidé d’interdire l’activité, invoquant le manque d’autorisation préalable.
Officiellement, il s’agit d’un manquement administratif.
Officieusement, la mesure résonne comme un message d’ordre et de régulation culturelle : les autorités tiennent à garder la main sur les représentations publiques et les modèles sociaux qui circulent.
Conscient de la tournure prise par les événements, le promoteur de KOSSO CROSS FIT est rapidement intervenu (sur sa page) pour présenter ses excuses aux autorités, à ses partenaires et à tous ceux qui avaient soutenu l’initiative.
Un acte d’humilité et de responsabilité qui mérite d’être salué
Il rappelle que, dans une société régie par le droit, reconnaître ses torts fait partie de la grandeur professionnelle et citoyenne.
Cet épisode illustre un choc de cultures : entre la modernité numérique mondialisée, qui valorise l’image et la mise en scène du corps, et une partie de la société burkinabè encore fortement ancrée dans les valeurs de décence et de retenue.
L’échec du Méga Show Fitness à sa sauce ‘’King of squats’’ n’est donc pas seulement celui d’une organisation mal préparée ; c’est celui d’une communication déconnectée du contexte local.
KOSSO CROSS FIT aurait pu anticiper les sensibilités, et cadrer son événement comme une célébration du sport, de la discipline et de la santé, non comme un spectacle de star.
Le King of Squats n’aura pas fait trembler le sol de l’espace aéré de la BCEAO, mais il aura révélé un débat plus profond :
Celui du rapport entre modernité, morale et influence digitale dans une société en pleine mutation.
On finit souvent par importer des polémiques quand on surfe sur les vagues de likes et de cœurs.
Le Méga Show Fitness restera dans les annales, non pas pour ses squats, mais pour avoir rappelé qu’au Burkina Faso, même la forme a besoin de fond.
Par Célère
Reveil-info
