24 mars 2026
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TRIBUNE DOUBLE « E » 07/05//25

APRES LES PAS ( PROGRAMME D’AJUSTEMENT STRUCTUREL) , L’AFRIQUE N’A T-ELLE PAS BESOIN D’UN PROGRAMME D’AJUSTEMENT ENDOGENE ?

Cette tribune est le prélude à un essai qui sera disponible dans les libraires dans quelques mois s’il plait à Dieu !

Les PAS : Le médicament de la Banque mondiale et du FMi était nocif et vicieux !

Pendant les décennies 1980-1990, les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) imposés par les institutions de Bretton Woods ont profondément transformé les économies africaines. Sous couvert de redresser les déséquilibres macroéconomiques, ces programmes ont affaibli les capacités productives, brisé les systèmes éducatifs et de santé, libéralisé sans garde-fous, et démantelé les structures étatiques au nom d’un État minimal.

Aujourd’hui, plusieurs décennies plus tard, les résultats sont édifiants : dépendance accrue aux importations, désindustrialisation rampante, faible souveraineté monétaire et alimentaire, et économie extravertie encore dépendante de la demande extérieure et des matières premières non transformées.

Alors que le monde entre dans une nouvelle ère de rivalités géoéconomiques et de recomposition des chaînes de valeur, une question s’impose : L’Afrique ne devrait-elle pas concevoir et mettre en œuvre son propre Programme d’Ajustement Endogène (PAE) ?

Vers un Programme d’Ajustement Endogène (PAE)

Un tel programme ne serait pas une simple réaction ou un rejet des PAS, mais un projet conscient de reconstruction stratégique des économies africaines autour de leurs atouts réels : jeunesse, terres, culture, innovation, créativité, intelligence collective, ressources naturelles et agricoles.

Il s’agirait entre autres:

– d’ajuster les économies africaines à leurs propres objectifs de développement, en misant sur la transformation locale, la montée en gamme industrielle et l’intégration régionale.

– de repenser les politiques monétaires et budgétaires pour les mettre au service d’un développement productif et inclusif, et non de la simple orthodoxie budgétaire dictée de l’extérieur.

– de renforcer l’éducation, la formation professionnelle, la recherche scientifique et technologique comme piliers de l’autonomisation économique.

– De valoriser les économies locales, les savoir-faire traditionnels et les systèmes de solidarité communautaire.

– d’investir dans les infrastructures stratégiques (énergie, transport, numérique) afin d’amorcer un nouveau cycle de croissance basé sur la valeur ajoutée et la souveraineté économique.

Le cas du Burkina Faso : un moment décisif pour intégrer un PAE dans la vision “Burkina 2050”

Le Burkina Faso illustre parfaitement la nécessité d’un ajustement endogène et prospectif. Avec un taux de pauvreté estimé à 36,8% en 2023 (selon l’INSD), un PIB structurellement dominé par l’agriculture primaire (plus de 20% du PIB), et une balance commerciale régulièrement déficitaire , il est clair que la croissance reste vulnérable et insuffisamment inclusive.

Dans mon ouvrage sur l’intelligence économique et la prospective publié en 2023, je soulignais que pour garantir une trajectoire robuste vers 2050, le Burkina Faso doit intégrer dans sa planification nationale une approche systémique, combinant protection des secteurs stratégiques, promotion de l’innovation locale et sécurisation des ressources vitales.

L’élaboration d’une l’Étude nationale prospective , à l’horizon 2050 par exemple ( un chapitre dans mon ouvrage a été dédié aux préconisations y relatives) , représenterait une opportunité historique. Il est impératif que cette démarche n’imite pas des modèles externes, mais qu’elle ancre résolument la stratégie nationale dans un Programme d’Ajustement Endogène burkinabè, avec plusieurs orientations fortes :
– Prioriser la transformation locale de l’agriculture et des matières premières (par exemple : transformer au moins 50% du coton, de l’or localement et 100% l’anacarde d’ici 2040

– Développer l’intelligence économique territoriale pour mieux sécuriser les filières porteuses et anticiper les chocs géopolitiques et commerciaux.

– Investir dans l’éducation stratégique : au moins 15 % du budget national alloué à l’enseignement supérieur et à la recherche d’ici 2035.

• Renforcer les chaînes de valeurs régionales en s’appuyant sur la ZLECAf, mais avec une stratégie offensive axée sur la production burkinabè.

• Planifier une transition énergétique réaliste : d’ici 2040, viser 50% d’électricité issue des énergies renouvelables, en réduisant la dépendance énergétique extérieure.

Ces objectifs doivent être pensés non comme des slogans, mais comme des ajustements structurels endogènes dictés par la maîtrise de nos ressources, de nos marchés, de nos savoirs, et de notre avenir.

Sortir de la logique de dépendance

Un Programme d’Ajustement Endogène signifierait aussi une nouvelle posture intellectuelle et politique. Il s’agirait pour les États africains de se doter de visions de long terme, de politiques industrielles ambitieuses et de leaderships porteurs de transformation. Cela suppose de rompre avec la gestion à court terme dictée par les bailleurs ou par le manque de vision et de politique économique claire , et d’assumer la part de risque nécessaire à toute souveraineté.

Ce nouveau paradigme suppose également un changement profond dans la gouvernance : la revalorisation du service public, l’éthique de responsabilité, la lutte contre la corruption et la réhabilitation de l’État stratège.

L’urgence d’un sursaut collectif

À l’heure où les discours sur la « renaissance africaine » se multiplient, le continent ne peut se contenter de slogans. Il lui faut des instruments, une boussole, un cap clair. Le PAE, en tant que cadre africain d’auto-ajustement stratégique, pourrait devenir le socle d’une nouvelle génération de politiques publiques, plus proches des peuples et plus adaptées aux réalités locales.

Les générations futures ne nous pardonneront pas d’avoir critiqué les PAS tout en continuant à appliquer les mêmes logiques d’ajustement externe. Il est temps d’inventer notre propre chemin. Le moment est venu de penser l’ajustement non pas comme une soumission, mais comme une affirmation de soi.

L’Afrique a besoin d’un PAE : un Programme d’Ajustement Endogène est un programme de transformation économique pensé et voulu par les africains et non imposé et subi par des acteurs exogènes.

Le PAE africain : Pas imposé. Inspiré. Par elle. Pour elle. Et avec elle.
Le futur ne se subit pas. Il se construit.

Dr Harouna KABORE

Reveil-info

 

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