LE COLONEL SAYE ZERBO : L’HOMME DE LA RIGUEUR ET DU COMITÉ MILITAIRE
Le 25 novembre 1980, le destin de la Haute-Volta (aujourd’hui le Burkina Faso) bascule. À la tête d’un mouvement militaire, un officier parachutiste au regard ferme prend le pouvoir. Saye Zerbo entre dans l’histoire comme l’homme qui a brisé le cycle des régimes civils pour instaurer une gouvernance de fer. Voici le récit de sa vie, entre discipline militaire et tourments politiques.
La formation d’un officier d’élite (1932 – 1961)
Saye Zerbo naît le 27 août 1932 à Tougan, dans la province du Sourou. Très tôt, il choisit la voie des armes. Comme beaucoup de jeunes de sa génération, il intègre l’armée française où il suit une formation d’élite. Membre des troupes aéroportées, il sert en Indochine puis en Algérie, où il forge son caractère de meneur d’hommes. À l’indépendance de la Haute-Volta en 1960, il rejoint naturellement l’armée nationale naissante, apportant avec lui une expérience du terrain inégalée.
Une ascension sous l’aile de ses pairs (1961 – 1979)
Sous la présidence de Sangoulé Lamizana, Saye Zerbo occupe des fonctions de haute responsabilité. Il est notamment Ministre des Affaires étrangères entre 1974 et 1976. À ce poste, il découvre les arcanes de la diplomatie internationale. Cependant, c’est dans l’armée qu’il reste le plus influent. À la fin des années 1970, alors que le régime de Lamizana s’affaiblit face aux grèves à répétition et à l’instabilité sociale, Saye Zerbo devient le visage de la contestation au sein de l’institution militaire.
Le coup d’État du 25 novembre 1980 : L’ordre par les armes
Face à ce qu’il perçoit comme une déliquescence de l’État, il prend la tête du Comité Militaire de Redressement pour le Progrès National. Le coup d’État est rapide et sans effusion de sang. Saye Zerbo suspend la Constitution et dissout l’Assemblée nationale. Son objectif affiché est clair : restaurer l’autorité de l’État, assainir les finances publiques et imposer une discipline militaire à l’ensemble de l’administration.
Un exercice du pouvoir sous tension (1980 – 1982)
La présidence de Saye Zerbo est marquée par une volonté de rupture. Il s’attaque de front aux syndicats, dont il suspend le droit de grève, et tente de réorganiser l’économie nationale. Mais son régime, jugé trop autoritaire par certains et trop conservateur par d’autres, s’essouffle vite. Les tensions montent au sein même de l’armée, notamment avec les jeunes officiers plus radicaux, dont un certain Thomas Sankara qu’il nomme Secrétaire d’État à l’Information avant que ce dernier ne démissionne avec fracas.
La chute et le crépuscule (1982 – 2013)
Le 7 novembre 1982, après seulement deux ans au pouvoir, Saye Zerbo est à son tour renversé par un autre coup d’État mené par le médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo. Il est arrêté et, sous la révolution de Thomas Sankara qui suivra, il est jugé par les Tribunaux Populaires de la Révolution pour sa gestion passée. Condamné à une peine de prison, il sera libéré quelques années plus tard.
Il se retire alors de la vie publique, se consacrant à la religion et à sa famille, tout en restant une figure respectée pour sa dignité. Le colonel Saye Zerbo s’éteint le 19 septembre 2013 à Ouagadougou, à l’âge de 81 ans.
Que retenir de son passage ?
Saye Zerbo reste dans les mémoires comme :
1. Le partisan de l’autorité : Il a cru que la discipline militaire était le remède aux maux de la société civile.
2. Une figure de transition : Son passage au pouvoir a ouvert la voie à la politisation radicale de l’armée qui mènera, un an après sa chute, à la Révolution d’août 1983.
Le saviez-vous ?
Saye Zerbo était un fervent pratiquant qui, après sa vie politique tumultueuse, a consacré une grande partie de son temps à l’étude des textes sacrés, cherchant la paix loin des bruits de bottes et des palais.
Le colonel Saye Zerbo a-t-il eu raison de vouloir imposer la discipline militaire pour redresser le pays ? Partagez vos analyses historiques en commentaires !
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Source :Histoire Afrique

