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VALÈRE SOMÉ : L’IDEOLOGUE DE L’OMBRE ET LE CERVEAU DE LA RÉVOLUTION SANKARISTE

Quand on évoque la Révolution du 4 août 1983 au Burkina Faso, les images du capitaine Thomas Sankara ou les faits d’armes des commandos militaires viennent immédiatement à l’esprit. Pourtant, derrière l’orateur charismatique et le guide spirituel se cachait un pôle intellectuel de premier ordre.
À la tête de cette pensée se trouvait un homme : le docteur Valère Somé. Connu pour être la plume doctrinale de Thomas Sankara, il a façonné les idées qui ont secoué toute l’Afrique. Plongée dans le parcours captivant du cerveau méconnu de la révolution.

LA RENCONTRE DE DEUX ESPRITS ET LA NAISSANCE D’UNE DOCTRINE
Sociologue et anthropologue de formation, intellectuel brillant issu des mouvements étudiants d’extrême gauche comme l’Union Générale des Étudiants Burkinabè et la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France, Valère Somé était un théoricien marxiste convaincu.
Au début des années 1980, il prend la tête de l’Union des Luttes Communistes – Reconstruite, une organisation politique clandestine. C’est à cette période qu’il noue une alliance fusionnelle avec le capitaine Thomas Sankara :
La complémentarité parfaite : Sankara apportait la vision, la stratégie militaire et la connexion avec les masses. Valère Somé apportait la rigeur scientifique, les concepts idéologiques et la théorie politique.
Le rédacteur de l’ombre : C’est Valère Somé qui rédige le texte fondateur de la Révolution démocratique et populaire : le célèbre Discours d’Orientation Politique, prononcé par Thomas Sankara le 2 octobre 1983. Ce texte servira de boussole doctrinale, de constitution morale et de feuille de route au Conseil National de la Révolution.

AU CŒUR DU POUVOIR : MINISTRE ET CONSEILLER STRATÉGIQUE
Pendant la période révolutionnaire, Valère Somé devient l’un des plus proches collaborateurs et confident du président Sankara. En septembre 1986, Thomas Sankara lui confie le portefeuille stratégique de Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique.
Réformer l’éducation : Il s’attelle à décoloniser les programmes scolaires, promouvoir l’innovation scientifique nationale et former une jeunesse patriote affranchie des complexes impérialistes.
Le défenseur de la ligne politique : Au sein d’un gouvernement composé de factions rivales (militaires, syndicalistes, civils), Valère Somé défend sans relâche la vision sankariste fondée sur l’autosuffisance, la justice sociale et le refus de la dépendance étrangère.

LE DRAME DU 15 OCTOBRE 1987 ET LE MARTYRE D’UN INTELLECTUEL
Lorsque le coup d’État du 15 octobre 1987 éclate, le président Thomas Sankara est assassiné au Conseil de l’Entente par les hommes du capitaine Blaise Compaoré.
Privé de son ami et protecteur, Valère Somé refuse de prêter serment au nouveau régime du Front Populaire. Sa loyauté envers le martyr de la révolution lui vaudra une répression féroce :
Arrestation et torture : Il est immédiatement arrêté, emprisonné et subit de lourdes tortures physiques et psychologiques dans les geôles du nouveau pouvoir.
L’épreuve de l’exil : Libéré sous la pression internationale, il est contraint à l’exil. Il trouve refuge au Congo-Brazzaville puis en France, où il poursuivra ses travaux universitaires tout en portant la mémoire de la révolution à travers le monde.

L’HÉRITAGE INTELLECTUEL : L’ESPOIR ASSASSINÉ
Depuis l’exil, Valère Somé prend sa plus redoutable arme : sa plume. En 1990, il publie l’un des ouvrages les plus importants de l’historiographie politique africaine : « Thomas Sankara : L’espoir assassiné ».
Dans ce livre-témoignage à la fois poignant et analytique, il dénonce les rouages du complot du 15 octobre 1987, décortique les erreurs tactiques du régime et immortalise la mémoire de Thomas Sankara pour les générations futures.
Revenu au Burkina Faso après plusieurs années d’exil, il réintègre le monde universitaire à l’Institut des Sciences des Sociétés et poursuit son engagement politique jusqu’à son décès le 30 mai 2017, à l’âge de soixante-six ans.

CE QU’IL FAUT RETENIR DU DOCTEUR VALÈRE SOMÉ
Le concepteur idéologique : Sans sa plume et ses analyses théoriques, la révolution de 1983 n’aurait pas eu une assise doctrinale aussi solide que le Discours d’Orientation Politique.
L’intégrité intellectuelle : Il a préféré la prison, la torture et l’exil plutôt que de renier ses convictions politiques ou d’allier ses compétences aux assassins de Thomas Sankara.
Le passeur de mémoire : Il a été l’un des premiers à documenter l’œuvre sankariste et à transmettre ce flambeau de la résistance à la jeunesse du continent.

 

 

 

 

Source Histoire des présidents et rois d’Afrique

 

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