L’HISTOIRE SECRÈTE DE L’ALLIANCE ENTRE BLAISE COMPAORÉ ET ALASSANE OUATTARA 
Dans le grand livre de la géopolitique ouest-africaine, peu de relations personnelles et politiques ont autant façonné le destin de deux nations voisines que celle reliant l’ancien président burkinabé Blaise Compaoré au chef de l’État ivoirien Alassane Ouattara.
Durant plus de deux décennies, entre négociations de l’ombre, crises militaires majeures et exil politique, l’entente cordiale entre les palais de Kosyam à Ouagadougou et du Plateau à Abidjan a redessiné les rapports de force en Afrique de l’Ouest. Récit détaillé et immersif d’une alliance stratégique aux répercussions historiques immenses !
1. Les fondations d’une amitié : de la haute finance au pouvoir d’État
C’est au début des années 1990 que se noue le fil invisible de cette complicité. À cette époque, Alassane Ouattara, brillant économiste international et ancien haut responsable de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), est nommé Premier ministre de la Côte d’Ivoire par le président Félix Houphouët-Boigny pour redresser une économie en crise.
Face à lui, Blaise Compaoré s’impose déjà comme le maître incontesté du Burkina Faso. Les deux hommes découvrent une convergence de vues diplomatiques et une estime mutuelle. Lorsque la Côte d’Ivoire entre dans une période de fortes turbulences politiques après la mort d’Houphouët-Boigny, marquée par l’émergence du concept controversé de l’« ivoirité », Blaise Compaoré prend ouvertement parti :
La défense des droits civiques : Le président burkinabé dénonce avec véhémence l’éviction politique d’Alassane Ouattara et les discriminations ciblant les populations du nord de la Côte d’Ivoire ainsi que l’imposante communauté burkinabée établie dans le pays.
Un sanctuaire diplomatique : Ouagadougou devient progressivement le refuge naturel et la base de repli pour les collaborateurs et partisans d’Alassane Ouattara face aux pressions politiques d’Abidjan.
2. La crise ivoirienne (2002–2011) : du parrainage supposé au rôle de médiateur clé
Le 19 septembre 2002, un coup d’État manqué contre le président ivoirien Laurent Gbagbo se transforme en une insurrection armée menée par les Forces Nouvelles de Guillaume Soro, coupant la Côte d’Ivoire en deux zones. Le pouvoir de Laurent Gbagbo accuse immédiatement Ouagadougou d’être le bras arrière, le parrain logistique et le sanctuaire des rebelles.
Mais au fil des années d’enlisement, le rapport de force diplomatique bascule :
L’Accord Politique de Ouagadougou (2007) : Grâce à un tour de maître diplomatique, Blaise Compaoré s’impose en médiateur incontournable de la crise. Il réunit à la même table de négociation le président Laurent Gbagbo et le chef de la rébellion Guillaume Soro. Cet accord historique permet la désignation de Guillaume Soro comme Premier ministre et amorce la réunification progressive du territoire ivoirien.
Le dénouement de la crise post-électorale (2010–2011) : Lors du face-à-face électoral de 2010 et de la crise sanglante qui s’en suit, Blaise Compaoré use de toute son influence au sein de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et des instances internationales pour faire reconnaître la victoire électorale d’Alassane Ouattara et isoler le régime sortant.
3. L’exfiltration dramatique de 2014 et l’asile abidjanais
Le vent de l’histoire tourne brutalement le 31 octobre 2014. Sous la pression d’une insurrection populaire massive contestant son projet de modification de la Constitution pour se maintenir au pouvoir, Blaise Compaoré est contraint de démissionner après 27 ans de règne.
C’est dans ces heures d’extrême tension que la solidarité entre les deux hommes joue son rôle le plus spectaculaire :
Une opération de secours coordonnée : Avec l’appui logistique des services secrets et de l’armée française, le président Alassane Ouattara organise l’exfiltration d’urgence de Blaise Compaoré et de ses proches depuis le sud du Burkina Faso vers la Côte d’Ivoire.
Le bouclier de la nationalité ivoirienne : Installé confortablement à Abidjan, l’ancien président burkinabé fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par la justice militaire de son pays, notamment pour son rôle dans l’assassinat du capitaine Thomas Sankara en 1987. Pour prévenir toute extradition, le gouvernement ivoirien lui accorde la nationalité ivoirienne par décret en 2016, scellant définitivement sa protection au nom des liens d’amitié et de la raison d’État.
4. L’interdépendance vitale entre deux nations sœurs
Au-delà de la relation intime entre les deux dirigeants, cet axe politique a toujours reposé sur des réalités géographiques, économiques et humaines incontournables :
Une communauté humaine gigantesque : Plus de trois millions de ressortissants burkinabés vivent, travaillent et investissent en Côte d’Ivoire, leurs envois de fonds constituant un pilier financier vital pour l’économie rurale du Burkina Faso.
Le poumon économique de la sous-région : Pour le Burkina Faso, pays enclavé sans accès à la mer, le Port Autonome d’Abidjan et la ligne de chemin de fer internationale Abidjan-Ouagadougou exploitée par la Société Internationale de Transport Africain par Rail (SITARAIL) représentent la véritable artère vitale pour l’approvisionnement en marchandises et en carburant.
💭 Selon vous, la fraternité d’État et la solidarité politique entre les dirigeants d’Afrique de l’Ouest contribuent-elles à la stabilité régionale ou constituent-elles un obstacle à l’exercice de la justice pour les peuples ?
