Home » Burkina Faso- retour sur le passé : il s’appelait Henri ZONGO…. exécuté en 89 avec Jean Baptiste LINGANI sous Blaise Compaoré

L’HISTOIRE DE HENRI ZONGO : DANS LES COULISSES ET LE DESTIN TRAGIQUE DE LA RÉVOLUTION BURKINABÈ !

Dans la trajectoire mouvementée de l’Afrique de l’Ouest des années 1980, le nom du capitaine Henri Zongo reste indissociable de l’une des expériences politiques les plus audacieuses du continent : la Révolution Démocratique et Populaire. Figure clé de cette époque d’effervescence, cet officier militaire a été l’un des artisans majeurs de la transformation de l’ancienne République de Haute-Volta en Burkina Faso, « le pays des hommes intègres ».
Voici le récit complet d’un parcours héroïque et tragique qui a marqué à jamais la mémoire collective.

1. L’engagement d’un jeune officier idéaliste
Né en 1951, Henri Zongo choisit très tôt la carrière des armes. Au sein des Forces armées voltaïques, il se distingue par son sens de la discipline et sa perception aiguë des difficultés économiques qui frappent son pays.
À la fin des années 1970, la Haute-Volta est secouée par une instabilité politique chronique et des régimes militaires successifs. C’est dans ce climat de frustration qu’Henri Zongo rejoint une organisation clandestine au sein de l’armée : le Rassemblement des Officiers Communistes, désigné sous le sigle ROC. C’est au sein du ROC qu’il noue une alliance fraternelle et politique avec trois autres figures charismatiques : le capitaine Thomas Sankara, le capitaine Blaise Compaoré et le commandant Jean-Baptiste Boukary Lingani.

2. Le 4 août 1983 : La naissance des « Quatre Piliers »
Le 4 août 1983, un coup d’État militaire appuyé par une immense mobilisation populaire renverse le régime du médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo. Le Conseil National de la Révolution, plus connu sous l’acronyme CNR, est immédiatement proclamé pour diriger le pays.
Au sommet de l’État, le pouvoir repose sur un noyau dirigeant restreint surnommé « les quatre piliers de la Révolution » :
• Thomas Sankara, Président du Conseil National de la Révolution et Chef de l’État.
• Blaise Compaoré, Commandant du Centre d’Entraînement Commando de Pô et membre influent du Conseil.
• Jean-Baptiste Boukary Lingani, Commander en chef des Forces Armées Populaires.
• Henri Zongo, Ministre de la Promotion Économique et Commandant de la garnison de Ouagadougou.

3. Le stratège économique et l’homme du terrain
Lorsque la République de Haute-Volta prend officiellement le nom de Burkina Faso le 4 août 1984, Henri Zongo se voit confier la conduite de la politique économique nationale.
En tant que Ministre de la Promotion Économique, puis du Développement Économique et de l’Information, il applique rigoureusement la ligne de conduite du Conseil National de la Révolution : « Consommons burkinabè ». Il orchestre la réduction du train de vie de l’État, promeut le textile local comme le Faso Dan Fani et encourage l’autosuffisance alimentaire.
En parallèle, son rôle de commandant de la garnison militaire de la capitale Ouagadougou en fait le garant de la sécurité du régime, tandis que son mandat de Président du Comité National des Sports lui permet de mobiliser la jeunesse à travers de grands rassemblements populaires.

4. La fracture de 1987 et la période du Front Populaire
Malgré les avancées sociales, des divergences idéologiques et administratives apparaissent au sein du Conseil National de la Révolution dès 1986. Deux visions s’affrontent sur la gestion des syndicats, la liberté d’expression et la conduite des réformes.
Le 15 octobre 1987, la crise atteint son paroxysme : le capitaine Thomas Sankara est assassiné lors d’un coup d’État. Blaise Compaoré prend la tête du pays sous la bannière d’une nouvelle structure politique appelée le Front Populaire.
Soucieux de préserver la stabilité de l’État et la continuité des projets économiques, Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani choisissent de rester au gouvernement. Zongo conserve ses responsabilités ministérielles et soutient le processus de « rectification » de la Révolution prôné par le nouveau pouvoir.

5. La nuit tragique de septembre 1989
La cohabitation au sommet de l’État s’avère toutefois éphémère. Les tensions et la méfiance mutuelle grandissent rapidement entre le président Blaise Compaoré et ses deux anciens compagnons d’armes.
Dans la nuit du 18 au 19 septembre 1989, un communiqué officiel annonce l’arrestation d’Henri Zongo et de Jean-Baptiste Boukary Lingani. Ils sont accusés d’avoir préparé un complot militaire visant à faire exploser l’avion présidentiel de Blaise Compaoré lors de son retour d’une visite officielle en Asie.
Jugés précipitamment sans procès public, le capitaine Henri Zongo et le commandant Jean-Baptiste Boukary Lingani sont exécutés par un peloton au cours de la même nuit du 19 septembre 1989. Leur disparition marque la fin définitive du groupe historique des quatre fondateurs de la Révolution d’août 1983.

L’histoire retiendra d’Henri Zongo le portrait d’un bâtisseur rigoureux qui a consacré sa vie à la souveraineté de son pays.

 

 

 

 

 

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