Titinga Frédéric Pacéré (31 décembre 1943 – 8 novembre 2024) était une figure monumentale du Burkina Faso, reconnue à la fois comme le premier avocat et premier bâtonnier du pays, un écrivain et poète prolifique, ainsi qu’un chef traditionnel (le Naaba Panantougri de Manéga).
Qualifié de « Trésor Humain Vivant », il a consacré sa vie à la justice, aux droits de l’homme et à la sauvegarde de la culture africaine.
Né à Manéga dans la province de l’Oubritenga, il descendait d’une lignée de chefs traditionnels mossi. Après des études primaires et secondaires entre le Burkina Faso, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, il s’est installé en France pour ses études supérieures.
Marqué par le racisme durant sa jeunesse, il s’est juré de démontrer la valeur et les capacités du peuple noir en s’inscrivant simultanément en médecine, en droit et en lettres. Il a finalement obtenu ses licences en droit public, lettres et sociologie à l’Université de Rennes en 1972.
Un Pionnier du Droit et de la Justice
De retour au pays, il est devenu le doyen des avocats burkinabè.
• Barreau du Burkina : Il a été le tout premier avocat inscrit et le premier bâtonnier de l’ordre des avocats du pays (de 1990 à 1992).
• Engagement international : En 1992, il a cofondé l’association humanitaire juridique Avocats Sans Frontières à Bruxelles. Il a également exercé comme avocat principal auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à Arusha entre 1996 et 2014, et comme expert des Nations Unies pour les droits de l’homme en République démocratique du Congo.
Homme de Culture, Écrivain et Chef Traditionnel
Parallèlement à sa carrière juridique, il s’est imposé comme un immense homme de lettres, publiant plus de 20 ouvrages mêlant poésie, droit et sociologie. On lui doit notamment le concept de la « poésie des griots » et l’utilisation des tambours parleurs.
• Musée de Manéga : En 1997, il a fondé le célèbre Musée de Manéga (officiellement « Musée de la Bendrologie »), un espace unique dédié à la préservation des arts, des traditions sacrées et de la culture du plateau central mossi.
• Chefferie : Le 6 décembre 2016, il a été officiellement intronisé chef traditionnel de sa région natale sous le nom de règne de Nabanantouri (ou Naaba Panantougri).
Distinctions et Fin de vie
Pour ses œuvres littéraires, il a reçu le prestigieux Grand prix littéraire d’Afrique noire en 1982. En 2022, l’État burkinabè l’a élevé à la dignité de Grand-Croix de l’Ordre de l’Étalon, la plus haute distinction du pays.
Maître Titinga Frédéric Pacéré s’est éteint le 8 novembre 2024 à Ouagadougou à l’âge de 80 ans, laissant derrière lui un héritage intellectuel et culturel immense salué par l’ensemble de la nation.
AJ
