Antoine Augustin Dim-Dolobsom Ouédraogo (communément appelé Dim-Dolobsom) est considéré comme le premier écrivain, intellectuel et ethno-graphe du Burkina Faso (appelé Haute-Volta à l’époque).
Né en 1897 à Sao et mort mystérieusement en 1940, il a marqué l’histoire en devenant un haut fonctionnaire de l’administration coloniale tout en publiant des ouvrages pionniers pour préserver et expliquer les traditions du peuple Mossi face à l’influence occidentale.
Dim-Dolobsom naît à Sao, un village situé au nord-ouest de Ouagadougou. Il est issu d’une lignée royale : son père est le chef local traditionnel, Naaba Piiga. Repéré pour son intelligence, son père l’inscrit à l’école française. Il étudie d’abord à l’école régionale de Ouagadougou, puis intègre l’école des fils de chefs à Kayes (Mali), avant de parfaire son éducation au prestigieux lycée Faidherbe à Saint-Louis du Sénégal.
En 1913, il obtient son diplôme et devient commis des services administratifs, financiers et comptables de l’Afrique-Occidentale française (AOF). Affecté directement au cabinet du gouverneur à Ouagadougou, il gravit rapidement les échelons. Il atteint le sommet de la hiérarchie administrative alors accessible aux Africains, ce qui en fait l’un des fonctionnaires autochtones les plus influents de la colonie. Il a également joué un rôle social important, notamment en servant de tuteur au futur leader politique burkinabè Philippe Zinda Kaboré.
Le premier ethno-graphe et écrivain burkinabè
Parallèlement à ses fonctions, Dim-Dolobsom se passionne pour la sauvegarde de la culture de ses ancêtres. Entre 1928 et 1934, il publie d’importants travaux de recherche en Europe dans de grandes maisons d’édition. Ses écrits portent sur l’organisation politique de l’Empire Mossi, la philosophie locale, les maximes et les pratiques spirituelles. Plus tard, l’illustre Léopold Sédar Senghor le saluera comme l’un des précurseurs du mouvement de la négritude.
Ses œuvres majeures incluent :
• Le Mogho-Naba et sa cour (1928)
• L’empire du Mogho-Naaba, coutumes des Mossi de Haute-Volta (1933)
• Les Secrets des sorciers noirs (1934) : Son ouvrage le plus célèbre, qui détaille les pratiques ésotériques et divinatoires.
• Maximes, pensées et devinettes mossi (1934)
Après le décès de son père, Dim-Dolobsom choisit en 1940 de quitter son poste dans l’administration coloniale pour prendre sa succession et devenir le chef traditionnel de Sao. Cette décision crée de fortes tensions. L’administration coloniale et les missionnaires catholiques s’opposent fermement à son investiture, redoutant son indépendance d’esprit et son attachement aux coutumes traditionnelles. Quelques mois seulement après son accession au trône, il meurt brutalement en juillet 1940, très probablement empoisonné dans des circonstances troubles liées à ces rivalités politiques.
• Palmes académiques : En 1937, il devient le tout premier Africain noir à être nommé chevalier des Palmes académiques par la République française, en reconnaissance de ses précieuses contributions aux sciences ethnographiques.
• Hommages au Burkina Faso : Bien qu’il ait été temporairement occulté par l’histoire officielle, sa mémoire est aujourd’hui réhabilitée. Un établissement d’enseignement porte son nom (le lycée Dimdolobsom de Boussé) et une place lui est dédiée sur la Rue des Étoiles à Ouagadougou. Un film documentaire intitulé Dimdolobsom, une mémoire éclipsée retrace également son parcours exceptionnel.
AJ
