EN 2007, MANGOU ET BAKAYOKO FACE AU DÉFI DE LA RÉUNIFICATION DE L’ARMÉE

En 2007, la Côte d’Ivoire tente de tourner la page de plusieurs années de crise politico-militaire. L’Accord politique de Ouagadougou ouvre alors une nouvelle étape : rapprocher les forces qui se sont affrontées depuis 2002 et préparer la réunification de l’armée.
✍️✍️✍️ Bouazo Bolou Alexandre Kabila
Au cœur de cette délicate mission se retrouvent deux hommes que tout semblait pourtant opposer quelques années auparavant : le général Philippe Mangou, chef d’état-major des Forces de défense et de sécurité (FDS), et le général Soumaïla Bakayoko, chef d’état-major des Forces armées des Forces nouvelles (FAFN).
Le CCI, une étape vers la réunification
Le Centre de commandement intégré (CCI) est créé en mars 2007 afin de permettre aux militaires des deux camps de travailler dans une structure commune.
Mais cette nouvelle organisation ne signifie pas immédiatement la disparition des deux anciennes chaînes de commandement. Le CCI constitue surtout une étape de transition vers la réunification des forces.
La tâche est particulièrement sensible. Les hommes qui doivent désormais travailler ensemble appartenaient encore quelques années auparavant à deux camps militaires opposés.
Pourtant, Mangou et Bakayoko commencent à collaborer dans le cadre du processus.
En mai 2007, Mangou affirme publiquement que les deux forces doivent désormais travailler ensemble, en partenariat et dans un esprit fraternel. Les deux chefs militaires participent également aux discussions consacrées à la sécurisation du territoire et à la mise en œuvre du processus de réunification.
Les véritables difficultés : grades, effectifs et intégration
Derrière les images de rapprochement entre les deux états-majors se cache toutefois une question beaucoup plus complexe : comment intégrer les anciens combattants des Forces nouvelles dans une nouvelle armée nationale ?
La question des grades est particulièrement sensible.
Quel grade attribuer aux anciens responsables militaires des FAFN ? Quels critères utiliser ? Quelle place leur donner dans la future armée ?
À cela s’ajoute la question du nombre de combattants à intégrer.
Il ne suffisait donc pas de demander à Mangou et Bakayoko de travailler ensemble. Il fallait également trouver un compromis sur l’organisation de la future armée, les effectifs, les responsabilités et la hiérarchie.
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les réserves exprimées à différents moments par certains responsables militaires.
Mangou n’a pas simplement « refusé les rebelles »
L’idée selon laquelle Philippe Mangou aurait purement et simplement refusé de s’associer aux ex-rebelles mérite donc d’être nuancée.
Les faits disponibles montrent au contraire que Mangou et Bakayoko ont travaillé ensemble dans le cadre du CCI.
Le désaccord portait davantage sur les modalités et les conditions de la réunification que sur le principe d’une coopération militaire.
Cette nuance est importante lorsqu’on revient aujourd’hui sur cette période de l’histoire militaire ivoirienne.
Deux anciens adversaires autour d’une même table
La collaboration entre Mangou et Bakayoko constitue finalement l’une des images les plus symboliques du processus engagé en 2007.
Quelques années auparavant, leurs hommes se trouvaient de part et d’autre d’une ligne de front. En 2007, ils sont appelés à participer ensemble à la construction d’un nouveau dispositif militaire.
La réconciliation militaire ne pouvait cependant pas se faire en quelques jours.
Il fallait gérer les méfiances, les anciennes blessures, les questions de commandement et les intérêts des différentes composantes des forces.
Le CCI apparaît ainsi comme une étape de transition, permettant progressivement aux deux anciennes forces de travailler ensemble avant la création, en 2011, des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI).
Une page importante de l’histoire militaire ivoirienne
L’expérience Mangou-Bakayoko montre surtout que la réunification d’une armée après une crise armée ne repose pas uniquement sur une décision politique.
Elle nécessite également de régler des questions très concrètes : qui commande ? Qui est intégré ? Avec quel grade ? Selon quels critères ? Et comment faire travailler ensemble des hommes qui se sont affrontés hier ?
En 2007, Mangou et Bakayoko ont donc été placés au centre de cette équation particulièrement délicate.
Leur collaboration au sein du CCI ne signifie pas que toutes les difficultés avaient disparu. Elle montre toutefois que, dans le cadre de l’Accord politique de Ouagadougou, le dialogue entre les deux appareils militaires était devenu une réalité.
Une étape imparfaite, difficile, mais déterminante dans le long chemin vers la réunification de l’armée ivoirienne.
Mémoire d’éléphant Médias
