RAFFINERIE D’OR AU BURKINA FASO
La société civile dort tranquille mais reste éveillée

Le Burkina Faso vient de franchir une étape importante dans son histoire minière. Le 28 septembre 2026, le Président du Faso, le Camarade Ibrahim Traoré, a inauguré, à Ouagadougou la première raffinerie nationale d’or, dénommée RAFFINOR-BF. Pour un pays dont l’or occupe une place importante dans l’économie, cette infrastructure représente bien davantage qu’une nouvelle unité industrielle. Elle traduit une volonté de transformer progressivement le modèle économique minier national. Il ne s’agit plus seulement d’extraire l’or du sous-sol, mais aussi de mieux maîtriser les opérations qui permettent de le transformer, de le valoriser et d’en assurer la traçabilité sur le territoire national.
Mais au fond, qu’est-ce qu’une raffinerie d’or ? Il s’agit d’une installation industrielle destinée à traiter l’or issu de la production minière afin d’en éliminer les impuretés et d’obtenir un métal de très haute pureté. La raffinerie ne produit donc pas l’or à partir de rien : elle intervient après l’extraction et les premières étapes de traitement. Elle transforme l’or en un produit raffiné pouvant répondre aux standards internationaux. RAFFINOR-BF doit ainsi produire de l’or d’une pureté annoncée de 99,99 %, correspondant à la norme internationale « Good Delivery ».
Cette précision est importante parce qu’elle permet de comprendre ce que le Burkina Faso gagne avec une telle infrastructure. Pendant longtemps, l’or extrait au Burkina Faso était exporté pour être raffiné à l’extérieur du pays. La construction d’une raffinerie devient un moyen d’arrêter l’exportation brute de l’or, d’augmenter les revenus de l’État et des collectivités territoriales et de lutter contre certaines formes de fraude.
Pendant que l’or burkinabè voyageait donc vers d’autres pays pour y subir les opérations de raffinage, une partie de la chaîne de valeur se trouvait nécessairement à l’extérieur. Le Burkina Faso extrayait la richesse, mais ne maîtrisait pas l’ensemble des étapes de sa transformation. Il faut être précis : cela ne signifie pas que tout l’or exporté était frauduleusement soustrait au pays ou que le raffinage à l’étranger faisait disparaître automatiquement des recettes publiques. Cela signifie que le pays ne disposait pas, sur son propre territoire, d’un outil industriel lui permettant de maîtriser directement cette étape essentielle de la chaîne de valeur. En tous les cas, là on raffinait notre or, c’était sans aucune présence d’un représentant de l’Etat. On raffinait donc notre or sans nous !
C’est là que se trouve l’un des enjeux majeurs de RAFFINOR-BF. Lorsqu’un pays produit une ressource stratégique mais laisse à l’extérieur une partie importante des opérations de transformation, il laisse également partir une partie des activités économiques, des compétences, des emplois et des informations associées à cette transformation. La création d’une raffinerie nationale permet de ramener ces activités sur le territoire national. Elle donne au Burkina Faso la possibilité de disposer d’un outil industriel pour connaître, traiter et valoriser son or.
L’enjeu est aussi financier. Une raffinerie nationale ne signifie évidemment pas, à elle seule, que toutes les recettes de l’or reviendront automatiquement à l’État. Les recettes publiques dépendent toujours de la fiscalité, des mécanismes de commercialisation, de la traçabilité, de la lutte contre la fraude, des prix, des volumes effectivement produits et commercialisés et de la qualité du contrôle. Disposer d’une capacité nationale de raffinage constitue déjà un instrument supplémentaire pour améliorer la connaissance des flux physiques de l’or et renforcer la capacité du pays à suivre sa commercialisation.
C’est pourquoi la question du raffinage doit être associée à celle de la transparence. Plus le Burkina Faso maîtrise les différentes étapes de la chaîne aurifère, plus il peut disposer d’informations permettant de rapprocher les quantités produites, les quantités commercialisées, les opérations de transformation et les recettes correspondantes. L’enjeu n’est donc pas uniquement industriel. Il est également économique, fiscal, financier et institutionnel.
La dimension stratégique de la raffinerie apparaît encore plus clairement lorsqu’on regarde les chiffres annoncés. RAFFINOR-BF représente un investissement de plus de 11 milliards de francs CFA. Sa première phase prévoit une capacité de traitement de 164 tonnes d’or par an, avec une capacité annoncée de plus de 500 tonnes par an à terme avec beaucoup d’emplois directs et emplois indirects.
On comprend aisément l’effet d’entraînement recherché. Autour d’une raffinerie peuvent se développer des activités liées à la logistique, à la sécurité des lieux, à la maintenance, aux laboratoires, au stockage, au transport sécurisé, à la bijouterie, aux services financiers et à la formation spécialisée. La véritable question sera donc de savoir dans quelle mesure les entreprises et les compétences burkinabè pourront effectivement prendre leur place dans cet écosystème minier.
La raffinerie est également un instrument de souveraineté économique. Un pays peut être riche en ressources naturelles tout en demeurant fortement dépendant des acteurs et infrastructures situés à l’extérieur de ses frontières. La souveraineté ne consiste pas simplement à posséder la ressource dans le sous-sol. Elle consiste surtout à être capable de connaître ce que l’on produit, de le transformer, de le valoriser, d’en contrôler les flux et d’utiliser les revenus qui en découlent au service du développement national. Sous cet angle, l’inauguration du 28 septembre 2026 constitue l’aboutissement d’une orientation à saluer fortement. Le pays profitera mieux de sa manne aurifère.
La société civile burkinabè peut légitimement considérer cette évolution comme l’aboutissement d’un plaidoyer qu’elle a mené pendant des années en faveur d’une meilleure captation de la valeur ajoutée minière. En effet, des organisations de la société civile engagées dans la gouvernance du secteur extractif ont, pendant plusieurs années, appelé à ce que le Burkina Faso ne se contente pas d’extraire ses ressources, mais développe les capacités nationales de transformation et de valorisation. Cette préoccupation est aujourd’hui résolue.
Lorsqu’une revendication portée pendant des années finit par trouver une traduction aussi concrète dans une politique publique et une infrastructure nationale de cette envergure, il faut encore saluer avec appui. Personnellement, je peux dormir tranquille sur ce dossier et sur la gouvernance du secteur minier en général. Ce qui reste c’est de poursuivre la veille citoyenne car chaque acteur doit jouer sa partition en vue de répondre aux aspirations de développement auxquelles les populations sont en train d’attendre. Dans ce pays, on se connaît maintenant ! Il y’a ceux qui font des efforts dans le sens de l’intérêt général et il y a ceux qui sont dans le sabotage parce qu’ils n’arrivent plus à faire des deals d’avant. Les yeux de la société civile resteront donc toujours ouverts afin que ces acquis se renforcent d’année en année. On n’a pas le droit de faire souffrir les populations à la base du fait de notre égoïsme. C’est pourquoi, la société civile suivra aussi les performances de cette raffinerie en vue de montrer davantage pourquoi le Burkina Faso ne pouvait pas continuer à exporter ses minerais.
Cette raffinerie est un grand symbole de souveraineté, un véritable outil de développement. Pour cela, l’ensemble des acteurs de la chaîne minière doit se sentir concerné : administration publique, sociétés minières, exploitants artisanaux, négociants, transformateurs, institutions financières, collectivités territoriales, organisations de la société civile, chercheurs, travailleurs et citoyens.
La raffinerie doit surtout s’inscrire dans une politique plus large de transformation locale. Raffiner l’or est une étape importante certes, mais ce n’est pas l’ensemble de la chaîne de valeur. Le véritable enjeu sera progressivement de développer autour de cette infrastructure des compétences nationales, des services spécialisés, une industrie de la bijouterie, des capacités d’analyse et de certification, ainsi que des mécanismes permettant aux entreprises burkinabè de participer davantage aux différentes activités liées à l’or. La raffinerie doit être gérée avec rigueur, transparence et efficacité. Je n’ai aucun doute là-dessus. Mais il faut le répéter car quand on parle de transparence, on voit souvent le niveau des décideurs. Cela concerne aussi et surtout les acteurs chargés de la gestion quotidienne d’une structure car une telle infrastructure stratégique doit être protégée contre toutes sortes de risques.
En définitive, la date du 28 septembre 2026 ne doit pas seulement être retenue comme la date d’inauguration d’une usine. EIle doit être considérée comme une étape dans la construction d’un nouveau rapport du Burkina Faso avec sa richesse minière. Je salue vraiment la vision qui a permis d’aboutir à cette réalisation et remercie les autorités burkinabè pour cet acte fort.
C’est désormais à tous les acteurs de la chaîne minière et à chaque citoyen de faire de RAFFINOR-BF un outil de développement, de souveraineté économique et de création de valeur.
Le Burkina Faso a repris la maîtrise de sa richesse aurifère. Vraiment, j’en suis plus que content !
Camarade Président du Faso, merci encore !
Jonas Hien

