Ce jour-là, le 23 mai 1997……lorsque l’avion de Mobutu Sese Seko quitte le tarmac de Lomé après des heures d’une attente humiliante et glaciale, le maréchal sait que l’Afrique noire lui a définitivement fermé ses portes.
Chassé par les armes, renié par ses pairs, et rongé par un cancer de la prostate en phase terminale, le Maréchal met le cap sur le Maroc, le seul royaume qui a accepté de ne pas effacer son nom de l’histoire. À son arrivée à Rabat, l’accueil tranche radicalement avec la froideur togolaise. Fidèle à la parole d’honneur et à la longue tradition d’amitié qui liait les deux familles, le roi Hassan II fait déployer un protocole d’accueil digne, bien que discret pour des raisons diplomatiques.
Le clan Mobutu comprenant sa compagne Bobi Ladawa, sa sœur jumelle Kosia, et ses derniers enfants fidèles est installé dans une résidence surveillée et hautement sécurisée à Rabat, puis au sein du luxueux hôtel Amphitrite à Skhirat.
L’ambiance est lourde, habitée par l’amertume de la trahison et les larmes des enfants du Maréchal, encore sous le choc de l’affront subi au Togo.
Kongulu Mobutu, surnommé « Saddam Hussein » pour sa ferveur militaire durant les derniers jours de Kinshasa, assiste impuissant à l’agonie de son père. Le jeune homme, qui avait orchestré la fuite finale de la famille sous les balles, est brisé par le traitement que les « amis » africains réservent à son géniteur.
Les semaines qui suivent sont un calvaire médical. Le Maréchal subit plusieurs interventions en urgence à l’hôpital militaire Mohammed V de Rabat pour des hémorragies sévères. Affaibli, méconnaissable. Dans sa chambre d’hôpital, il ressasse sans fin la trahison d’Eyadéma, l’abandon de la France et des États-Unis, et l’ingratitude de ceux qu’il a nourris.
Le 7 septembre 1997, un peu plus de trois mois après son départ de Lomé, Mobutu Sese Seko s’éteint à l’âge de 66 ans. Ses obsèques se déroulent dans l’intimité la plus totale au cimetière chrétien de Rabat, en présence de sa famille restreinte et de représentants de la maison royale marocaine. Aucun chef d’État africain ne fait le déplacement.
Le bâtisseur du Zaïre est enterré loin de sa terre natale.
Le conseil à l’humanité à travers la chute de Mobutu
L’amitié entre Mobutu et Eyadéma, et la fin tragique du président zaïrois, offrent une leçon philosophique et politique universelle sur la nature des relations humaines et l’illusion du pouvoir. Si l’on devait résumer le conseil que cette histoire lègue aux générations futures, il tiendrait en ces mots : « Ne confondez jamais la déférence due à votre fonction avec l’affection due à votre personne, et ne bâtissez jamais vos amitiés sur l’autel de l’intérêt et de la puissance. »
Lorsque vous êtes au sommet de votre gloire, de votre richesse ou de votre pouvoir, le monde entier se bouscule à votre porte. Les sourires, les courbettes et les pactes de fraternité ne sont souvent que les reflets de ce que vous possédez, et non de ce que vous êtes. Mobutu a distribué des millions à travers l’Afrique en pensant s’acheter une fidélité éternelle. Il a oublié que l’argent n’achète que la soumission temporaire, jamais la loyauté.
La vraie nature des hommes ne se révèle pas dans les banquets de la victoire, mais dans l’isolement de la défaite. Le jour où l’influence s’éteint, le téléphone s’arrête de sonner. L’humiliation subie à l’aéroport de Lomé démontre que pour les « amis de circonstance », vous devenez instantanément un fardeau dès lors que vous n’êtes plus utile à leurs propres intérêts ou à leur survie.
Dans votre vie quotidienne, apprenez à chérir les alliés de l’ombre ceux qui vous disent la vérité quand vous vous trompez et qui restent à vos côtés quand vous n’avez plus rien à offrir. Le roi du Maroc a honoré sa dette par principe moral et d’honneur, tandis que le « frère » Eyadéma a calculé le coût politique d’un poignée de main. Au bout du chemin, la seule richesse qui vaille est celle des relations fondées sur le respect mutuel et les valeurs, car les empires s’effondrent, les fortunes s’envolent, mais l’honneur et la véritable amitié restent les seuls remparts contre l’oubli et le mépris.
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