21 août 2026
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Un ancien premier adjoint au maire condamné à 36 mois ferme pour escroquerie foncière

Le lundi 27 juillet 2026, la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I a examiné une affaire d’escroquerie foncière présumée opposant Kabré à Tiendrebeogo et Ilboudo. Le premier est poursuivi pour escroquerie, tandis que le second comparaît pour complicité d’escroquerie. Nana, également poursuivi dans cette affaire, est décédé en 2018 après avoir passé 18 mois à la MACO. Ses déclarations consignées dans plusieurs procès-verbaux ont été lues à l’audience.

Les faits remontent à 2013. Selon Kabré, Ilboudo, qui est son beau-frère, l’avait informé de l’existence de parcelles non attribuées qui seraient mises en vente sur proposition de Tiendrebeogo, alors premier adjoint au maire de l’arrondissement n°8 de Ouagadougou.

Après avoir pris attache avec Tiendrebeogo, Kabré affirme avoir obtenu confirmation de l’information. Il aurait alors acquis plusieurs parcelles, dont une située à proximité immédiate de sa parcelle de résidence. Au total, il dit avoir déboursé 27 millions de FCFA pour dix parcelles.

Dans le cadre de ces transactions, Nana lui aurait remis des papillons d’attribution. Par la suite, Kabré affirme avoir remis des photocopies de pièces d’identité à Tiendrebeogo, dans l’espoir que celui-ci lui fasse établir et lui remette les fiches d’attribution des parcelles.
Mais lorsqu’il a voulu entreprendre des travaux sur la première parcelle, il dit avoir été confronté à une opposition : le terrain aurait déjà été attribué à une autre personne. La même situation se serait reproduite avec une autre parcelle.

Face à ces difficultés, Kabré affirme avoir interpellé Ilboudo, Nana et Tiendrebeogo. Ce dernier lui aurait alors proposé une autre solution, à savoir un terrain une « réserve ».

L’insurrection de 2014 bouleverse la situation

L’insurrection populaire de 2014 intervient alors que le litige n’est toujours pas réglé. Les mairies sont placées sous délégations spéciales et les procédures liées à certaines opérations foncières sont suspendues.

Selon Kabré, Tiendrebeogo quitte alors le Burkina Faso pour l’étranger. Depuis ce pays, il aurait continué à le rassurer, promettant de revenir régler le problème.

À son retour, Kabré dit avoir tenté de le joindre à plusieurs reprises, sans succès. Il décide alors de saisir la gendarmerie contre Tiendrebeogo, Ilboudo et Nana.

Informé qu’il était recherché dans le cadre de l’affaire, Tiendrebeogo aurait demandé à Kabré de retirer sa plainte, expliquant notamment que les bureaux étaient scellés en raison de la situation née de l’insurrection et qu’il ne pouvait, dans ces conditions, trouver la « réserve » promise.

Kabré affirme avoir maintenu sa plainte. Selon lui, Tiendrebeogo lui aurait alors déclaré que s’il persistait dans ses démarches, il nierait tout.

Les trois personnes finissent par être interpellées. Tiendrebeogo, Ilboudo et Nana passent environ 18 mois à la MACO. Les investigations se poursuivent. Nana décède en 2018, mais avait auparavant livré sa version des faits aux enquêteurs, laquelle figure dans les procès-verbaux versés au dossier.

Kabré : « J’ai payé au total 10 parcelles à 27 millions de FCFA »

À la barre, Kabré explique au tribunal avoir accordé sa confiance à Tiendrebeogo en raison de ses fonctions à la mairie.

« Je suis un fervent croyant. Ilboudo est mon beau-frère. Même pour l’achat de ma parcelle de résidence, il a contribué à ce que je puisse l’obtenir sans problème », relate-t-il.

Il poursuit : « C’est ainsi qu’il est venu m’informer que Nana avait dit, de la part du premier adjoint Tiendrebeogo, qu’il y avait des terrains en vente, notamment la parcelle collée à la mienne. J’ai appelé Tiendrebeogo, qui a confirmé. C’est une autorité. J’ai eu confiance. »

Kabré affirme avoir remis une première somme de 7 millions de FCFA à Ilboudo, afin qu’elle soit transmise à Nana puis à Tiendrebeogo. Il dit avoir ensuite appelé ce dernier, qui lui aurait confirmé avoir reçu l’argent.

Pour une autre parcelle, Kabré aurait versé 8,5 millions de FCFA à une autre personne, en présence d’Ilboudo, qui l’aurait accompagné dans un hôtel de la place pour remettre l’argent à Tiendrebeogo.
« J’ai encore appelé Tiendrebeogo et il m’a dit qu’il avait reçu », affirme-t-il.

Concernant les difficultés rencontrées sur les parcelles, le plaignant explique avoir alerté les trois prévenus. Tiendrebeogo lui aurait notamment promis de faire arrêter les travaux entrepris par une autre personne sur la parcelle située à côté de son domicile.

Kabré affirme également que Nana lui avait remis des papillons relatifs aux parcelles et que Tiendrebeogo lui avait demandé des photocopies de ses CNIB afin d’établir des fiches d’attribution.

« Quand je n’arrivais pas à investir sur les terrains, il m’a promis un terrain réservé. Suite à l’insurrection, il a quitté le pays. Il m’a appelé pour m’informer qu’il reviendrait régler le problème », explique-t-il.

Au total, Kabré estime avoir payé 27 millions de FCFA pour dix parcelles.

Le président du tribunal lui fait toutefois observer qu’une parcelle non attribuée peut être attribuée par la mairie, mais qu’elle n’est pas, en principe, mise en vente comme un bien déjà disponible.

Tiendrebeogo : « Je n’ai jamais vendu ou donné de parcelles »

Appelé à la barre, Tiendrebeogo, qui était premier adjoint au maire au moment des faits, rejette catégoriquement les accusations.

« Monsieur le président, je n’ai jamais donné ou vendu des parcelles à qui que ce soit. Je ne suis au courant de rien. Je n’ai jamais reçu son argent », affirme-t-il.

Le président lui demande s’il connaît Kabré.
« Je peux dire que oui, je le connais, mais pas plus », répond-il.

Le tribunal revient alors sur une rencontre qui aurait eu lieu à la cantine de l’aéroport, au cours de laquelle des documents auraient été remis à Tiendrebeogo.

Le prévenu reconnaît la rencontre, mais donne une autre explication.
« Effectivement, Nana, qui était suppléant d’un conseiller à l’époque à la mairie, m’a dit que Kabré avait un problème de parcelle. C’est pour cela qu’on s’est rencontré à la cantine pour discuter. C’était un problème entre eux pour une histoire de parcelle », explique-t-il.

Selon lui, il leur avait indiqué qu’en raison de l’insurrection, les commissions chargées de régler les problèmes fonciers étaient suspendues.

« Je n’ai jamais appelé Kabré pour une histoire de parcelle. Je ne suis au courant de rien. Je n’ai jamais attribué ou donné des informations sur des parcelles », insiste-t-il.

Ilboudo reconnaît avoir remis de l’argent

À son tour, Ilboudo est appelé à la barre. Il explique que Nana l’avait informé que Tiendrebeogo disposait de parcelles non attribuées qu’il souhaitait vendre.

« Nana m’a appelé pour m’informer que Tiendrebeogo possédait des parcelles non attribuées en vente et qu’il avait proposé Kabré », relate-t-il.

Selon lui, Kabré lui a effectivement remis de l’argent qu’il devait transmettre à Nana, lequel devait ensuite le remettre à Tiendrebeogo.

Ilboudo affirme également avoir accompagné un envoyé de Kabré dans un hôtel où Tiendrebeogo se trouvait avec Nana.
« On a remis l’argent, ils ont compté et ont dit que c’était bon, puis on est repartis », soutient-il.

À la question de savoir qui avait reçu l’argent, Ilboudo répond : « C’est eux deux. »
Le tribunal l’interroge ensuite sur ce qu’il aurait personnellement gagné dans cette opération.

Ilboudo affirme que Nana lui avait remis au total 3,5 millions de FCFA, somme qu’il devait récupérer. Il reconnaît toutefois avoir conservé 600 000 FCFA à des fins personnelles.

Interrogé sur la présence de Tiendrebeogo à l’hôtel lors de la remise de l’argent, il répond par l’affirmative.

Le tribunal fait alors revenir Tiendrebeogo à la barre pour réagir à ces déclarations.
« C’est archi faux. C’est du pur mensonge », répond-il.

Les déclarations de Nana relues à l’audience

Le tribunal s’appuie également sur plusieurs procès-verbaux établis au cours de l’enquête.

Dans un procès-verbal de 2016, Nana, aujourd’hui décédé, aurait déclaré que c’est Tiendrebeogo qui lui avait dit disposer de neuf parcelles à vendre. Selon cette déclaration, le commerçant avait payé mais rencontrait des difficultés, et Tiendrebeogo aurait promis de régler la situation tout en demandant à Kabré de retirer sa plainte.

Interpellé sur ces déclarations, Tiendrebeogo répond simplement : « Ce sont ses déclarations à lui. »

Un autre procès-verbal de confrontation fait état de plusieurs rencontres entre Kabré, Tiendrebeogo et Nana. Kabré soutient que Tiendrebeogo lui avait expliqué que l’insurrection avait entraîné le scellement des bureaux et qu’il ne pouvait donc plus lui délivrer les fiches d’attribution après avoir reçu les photocopies de ses CNIB.

Dans un autre procès-verbal, Nana aurait déclaré que Tiendrebeogo avait reçu 20 millions de FCFA et promis un terrain en « réserve » à Kabré. Après son départ à l’etranger, Tiendrebeogo serait revenu sans pouvoir fournir le terrain promis, ce qui aurait conduit Kabré à saisir la gendarmerie.

À chacune de ces déclarations, Tiendrebeogo maintient la même ligne de défense : « Je ne suis au courant de rien. »

Le passage à la gendarmerie évoqué

Le tribunal interroge également Ilboudo sur ce qui s’est passé à la gendarmerie.

Selon lui, le gendarme leur avait demandé de trouver un arrangement. Tiendrebeogo aurait alors proposé de payer 4 millions de FCFA par mois, tandis que Kabré aurait demandé une augmentation du montant.

Le procureur a ensuite pris la parole.

« Monsieur Tiendrebeogo, donc vous aviez décidé de venir tout nier ? Et comme Nana n’est plus de ce monde, vous n’êtes au courant de rien ? »

Le ministère public s’est ensuite adressé à Ilboudo :
« Et vous, Monsieur Ilboudo, vous confirmez avoir remis à deux reprises de l’argent provenant des opérations liées aux parcelles à Nana et même à Monsieur Tiendrebeogo ? »
« Kabré m’a effectivement remis de l’argent pour cela », répond Ilboudo.

Le procureur poursuit :
« Est-ce que Nana vous remettait souvent des millions comme il l’a fait avec vous pendant les opérations avec Tiendrebeogo ? »
« Non, il ne le faisait pas. C’est ce que j’ai dit. Il m’a remis au total 3,5 millions de FCFA. Il a ensuite récupéré son argent et m’a laissé 600 000 FCFA que j’ai utilisés à des fins personnelles », précise Ilboudo.

L’avocat de Tiendrebeogo s’adresse ensuite à Kabré :
« Aviez-vous déjà remis directement de l’argent à Tiendrebeogo, de main à main ? »
« Non. Quand je remettais l’argent pour qu’il lui soit transmis, je l’appelais ensuite et il confirmait l’avoir reçu », répond Kabré.

127 millions de FCFA de demandes au titre des intérêts civils

Dans sa plaidoirie, l’avocat de Kabré estime que les débats, qui ont duré plus de six heures, ont permis de mettre en évidence la responsabilité de Tiendrebeogo.
Selon lui, le prévenu aurait profité du décès de Nana pour nier les faits qui lui sont reprochés.
L’avocat soutient que Tiendrebeogo serait le « cerveau » de l’opération et qu’il aurait agi en complicité avec Ilboudo.
Il demande au tribunal de condamner solidairement les prévenus à verser à Kabré 27 millions de FCFA au titre du principal, 5 millions de FCFA pour les frais exposés et 100 millions de FCFA au titre du préjudice moral.

Le ministère public requiert des peines de prison ferme

Dans ses réquisitions, le procureur rappelle que Tiendrebeogo est poursuivi pour escroquerie et Ilboudo pour complicité d’escroquerie.
Il estime que Tiendrebeogo a conservé une ligne de défense consistant à tout nier. « Le prévenu a le droit de mentir. Seulement, il faut se dire aussi que le juge en tient compte et que cela peut être gravement puni », soutient-il.
Pour le parquet, les déclarations de Ilboudo, ainsi que celles de Nana consignées dans les procès-verbaux, permettent de retenir la responsabilité des deux prévenus.
S’agissant de Ilboudo, le procureur estime qu’il savait que l’argent qu’il recevait de Nana provenait des opérations liées aux parcelles et qu’il en a lui-même tiré un bénéfice.
Le ministère public demande ainsi au tribunal de déclarer Tiendrebeogo coupable d’escroquerie et de le condamner à 60 mois de prison ferme, assortis d’une amende ferme de 1,5 million de FCFA.
Pour Ilboudo, poursuivi pour complicité d’escroquerie, le parquet requiert également une peine de 60 mois d’emprisonnement, dont 24 mois ferme, ainsi qu’une amende ferme de 500 000 FCFA.

Les avocats plaident la relaxe

Pour la défense de Tiendrebeogo, l’avocat demande au tribunal de procéder à une « appréciation sérieuse et décomplexée » du dossier.
Il rappelle notamment que son client n’a jamais reçu directement de l’argent de Kabré et qu’il a déjà passé une période en détention.
« Nous demandons votre clémence », plaide-t-il.
L’avocat d’Ilboudo estime, pour sa part, que les éléments du dossier ne suffisent pas à caractériser la complicité d’escroquerie.
« Pour nous, l’information seule ne suffit pas pour constituer une infraction de complicité d’escroquerie à mon client », soutient-il, avant de demander la relaxe de son client pour infraction non constituée ou, à défaut, au bénéfice du doute.

Les derniers mots des prévenus

Avant la clôture de l’audience, Tiendrebeogo prend une dernière fois la parole.
« Il y a 11 ans que je suis sur cette affaire. Je ne suis mêlé ni de loin ni de près à cette affaire », déclare-t-il.
Ilboudo, de son côté, affirme : « Kabré n’a pas dit la vérité concernant l’annonce de la vente de la parcelle. »

Tiendrebeogo condamné à 36 mois ferme, Ilboudo à 18 mois ferme

Dans son délibéré rendu le lundi 10 août 2026, la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I a déclaré Tiendrebeogo et Ilboudo respectivement coupables des faits d’escroquerie et de complicité d’escroquerie.
Le tribunal a condamné Tiendrebeogo à 36 mois d’emprisonnement ferme et à une amende ferme d’un million de FCFA.
Ilboudo a, quant à lui, été condamné à 36 mois d’emprisonnement, dont 18 mois ferme, ainsi qu’à une amende ferme d’un million de FCFA.
Le tribunal a également décerné un mandat de dépôt contre Tiendrebeogo et Ilboudo.
Sur les intérêts civils, la juridiction a reçu la constitution de partie civile de Kabré, mais l’a déclarée partiellement fondée. En conséquence, elle a condamné solidairement Tiendrebeogo et Ilboudo à lui payer la somme de 27millions de FCFA au titre du principal.
En revanche, le tribunal a rejeté la demande d’indemnisation au titre du préjudice moral, la jugeant mal fondée.

 

Source : Zoodomail.com

Justice Infos Burkina

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