2 août 2026
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Institut des hautes études internationales : Dr Cyriaque Paré plaide pour une diplomatie numérique au service de la souveraineté informationnelle du Burkina Faso

À l’ère des réseaux sociaux, de l’intelligence artificielle et de la guerre de l’information, la diplomatie ne se joue plus uniquement dans les chancelleries. Elle se construit aussi dans l’espace numérique. C’est le principal enseignement de la communication présentée par le journaliste, chercheur et fondateur de Lefaso.net, Dr Cyriaque Paré, lors du 5e Panel scientifique de l’Institut des hautes études internationales (INHEI), consacré aux relations entre médias et diplomatie, oragnisé le 24 juillet 2026 au siège de l’INHEI à Loumbila.

Invité à intervenir sur le sous-thème « La diplomatie numérique et les nouvelles dynamiques de communication : les médias burkinabè face aux enjeux diplomatiques », Dr Cyriaque Paré a livré une réflexion mêlant expérience professionnelle, analyse académique et propositions opérationnelles. Son intervention s’inscrivait dans le cadre du cinquième panel scientifique organisé par l’INHEI autour du thème général : « Médias et diplomatie : comprendre les enjeux de l’ordre international dans le traitement de la communication diplomatique par les médias burkinabè ».

« Écrire notre propre récit »

Pour introduire son propos, le conférencier est revenu sur son expérience d’attaché de presse à l’ambassade du Burkina Faso à Paris entre 2001 et 2007. Chargé de suivre quotidiennement la couverture médiatique de son pays dans la presse française, il constatait que le Burkina Faso apparaissait souvent à travers un prisme réducteur, centré sur les crises, la pauvreté ou les difficultés, au détriment des initiatives positives, de la créativité de sa jeunesse ou de sa richesse culturelle. « Vingt ans plus tard, le monde a profondément changé », a-t-il rappelé, avant de poser la question centrale de son intervention : le Burkina Faso utilise-t-il réellement les possibilités offertes par Internet et les médias numériques pour écrire lui-même son récit sur la scène internationale ?

Une nouvelle diplomatie née de la révolution numérique

Le Chef de la diplomatie Burkinabè

Pour Dr Cyriaque Paré, la diplomatie numérique constitue une évolution majeure des relations internationales. Il la définit comme l’utilisation des technologies numériques — Internet, réseaux sociaux, plateformes de contenus et intelligence artificielle — par les États, les institutions diplomatiques mais également par de nombreux acteurs non étatiques afin d’influencer les opinions publiques, renforcer leur visibilité internationale et promouvoir leurs intérêts.

Selon lui, le numérique a profondément bouleversé les rapports de force informationnels. Là où l’information internationale était autrefois largement contrôlée par les grandes agences de presse mondiales et les réseaux diplomatiques traditionnels, Internet permet désormais à un média, une université, une organisation ou même un simple citoyen de diffuser instantanément une information à l’échelle mondiale. Cette évolution fait émerger de nouveaux acteurs diplomatiques de facto : médias en ligne, blogueurs, plateformes culturelles, chercheurs ou encore membres de la diaspora.

Le Burkina Faso encore en retrait

Malgré ces nouvelles possibilités, le chercheur estime que le Burkina Faso peine encore à structurer une véritable stratégie de diplomatie numérique. Les plateformes des représentations diplomatiques restent, selon lui, insuffisamment alimentées et peu visibles sur les moteurs de recherche. La communication internationale du pays demeure davantage réactive que proactive, alors même que de nombreux contenus concernant le Burkina Faso sont produits quotidiennement par des acteurs étrangers. Cette situation crée, selon le conférencier, une vulnérabilité stratégique dans un contexte marqué par une forte compétition informationnelle.

Lefaso.net, une diplomatie numérique « informelle »

L’une des originalités de cette communication résidait dans l’analyse du parcours de Lefaso.net comme illustration d’une diplomatie numérique développée de manière informelle. Dr Cyriaque Paré a rappelé que le portail est né en 2003, dans un contexte où l’Internet burkinabè était encore balbutiant. L’objectif initial était simple : permettre aux Burkinabè vivant à l’étranger d’accéder en temps réel à l’actualité nationale.

Le projet s’inscrivait lui-même dans la continuité d’un premier portail, Burkinet.com, lancé dès l’année 2000 alors qu’il poursuivait ses recherches doctorales en France, avec la collaboration d’un ami, Younoussa Sanfo, informaticien. Cette première plateforme avait acquis une forte visibilité avant d’être victime de cyberattaques durant la crise ivoirienne de 2002 où il apparaissait comme la plus importante plateforme de diffusion des positions du Burkina.

Lancé en octobre 2003 avec l’aide de l’informaticien Azize Ouédraogo alors qu’il était à l’ambassade du Burkina Faso à Paris, Lefaso.net est progressivement devenu, selon son fondateur, une source de référence consultée par des journalistes, des diplomates, des chercheurs, des organisations internationales et la diaspora burkinabè répartie à travers le monde.

Au fil des grandes crises nationales, notamment lors de l’insurrection populaire de 2014, le média a assuré une couverture continue des événements, consultée par de nombreux observateurs étrangers. Cette visibilité internationale illustre, selon Dr Cyriaque Paré, la capacité des médias numériques nationaux à contribuer eux aussi à la diplomatie du pays, en proposant un regard burkinabè sur les réalités burkinabè.

Désinformation et intelligence artificielle : de nouveaux défis

La seconde partie de la communication était consacrée aux nouveaux défis informationnels. Pour le chercheur, le Burkina Faso, tout comme les autres pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), est désormais confronté à une véritable guerre de l’information. Dans cet environnement, des contenus orientés, des campagnes de désinformation ou des récits produits à l’étranger peuvent influencer rapidement les perceptions internationales et nationales.

À cette réalité s’ajoute désormais l’essor de l’intelligence artificielle générative. Grâce aux nouveaux outils capables de produire des textes, des images, des vidéos ou des contenus audio très réalistes, la fabrication de fausses informations devient plus rapide, moins coûteuse et plus difficile à détecter. Si ces technologies représentent un risque important pour les rédactions, elles constituent également, selon lui, une opportunité pour renforcer les capacités de production des médias disposant de ressources limitées, à condition que les journalistes soient convenablement formés à leur utilisation et à la vérification des contenus.

Faire de la souveraineté informationnelle une priorité

Au-delà des questions technologiques, Dr Cyriaque Paré a insisté sur la notion de souveraineté informationnelle, qu’il considère comme un prolongement naturel de la souveraineté politique. Selon lui, un pays qui ne maîtrise pas son récit sur Internet risque progressivement de perdre en crédibilité, en attractivité économique et en influence diplomatique.

Face à cette réalité, il a formulé cinq recommandations destinées à renforcer la diplomatie numérique burkinabè. Il préconise notamment la désignation d’attachés de presse numériques dans les représentations diplomatiques, la création d’un portail officiel multilingue consacré au Burkina Faso, le renforcement des capacités des journalistes en matière de diplomatie numérique et de lutte contre la désinformation, ainsi que l’établissement d’un partenariat structuré entre l’État et les médias numériques privés.

Enfin, il invite les pays de l’Alliance des États du Sahel à mutualiser leurs efforts afin de bâtir une véritable architecture commune de diplomatie numérique, reposant notamment sur une plateforme régionale de veille informationnelle et des stratégies concertées de communication internationale.

« Les batailles diplomatiques se gagnent aussi dans l’espace numérique »

En conclusion de son intervention, Dr Cyriaque Paré a rappelé que les rapports de puissance ne se construisent plus uniquement sur les plans militaire, économique ou politique. À l’heure des plateformes numériques et des réseaux sociaux, l’information est devenue un instrument stratégique à part entière. « Les batailles militaires se gagnent sur le terrain. Les batailles diplomatiques se gagnent aussi, de plus en plus, dans l’espace numérique », a-t-il déclaré, estimant que le Burkina Faso dispose déjà d’atouts importants : une presse expérimentée, des journalistes compétents et une jeunesse connectée.

Pour lui, l’enjeu consiste désormais à transformer ces ressources en une véritable stratégie nationale de diplomatie numérique capable de renforcer durablement la visibilité, l’influence et la souveraineté informationnelle du Burkina Faso sur la scène internationale.

www.lefaso.net

 

 

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