Home » Côte d’Ivoire- décès de Georges Taï Benson : il avait horreur des décorations à titre posthume

Georges Taï Benson : « Pourquoi attendre ma mort pour me rendre hommage ? »

Georges Taï Benson n’était pas seulement une voix et un visage qui ont marqué plusieurs générations d’Ivoiriens. C’était aussi un homme qui avait une conception très personnelle de la reconnaissance.

Bouazo Bolou Alexandre Kabila

De son vivant, l’ancien animateur vedette de la RTI avait régulièrement exprimé son désaccord avec une pratique qui le dérangeait profondément : attendre la disparition d’une personnalité pour lui rendre les honneurs qui auraient pu lui être accordés de son vivant.

Pour Taï Benson, une décoration n’avait pas le même sens lorsqu’elle était remise à une personne encore présente pour la recevoir que lorsqu’elle arrivait après sa disparition.

Il défendait ainsi l’idée des distinctions « à titre costume », autrement dit des décorations accordées du vivant de la personne concernée.

« Jetez-moi les fleurs pendant que je suis vivant »

Derrière cette position se trouvait une réflexion profondément humaine.

Pour Benson, celui qui avait consacré des années à son pays, à la culture ou aux médias devait pouvoir entendre les félicitations, recevoir la médaille, regarder ses proches partager sa joie et mesurer lui-même la reconnaissance qui lui était accordée.

Une fois la personne disparue, estimait-il, la distinction bénéficie surtout à sa mémoire et à sa famille.

Son raisonnement était simple : pourquoi attendre que quelqu’un ne puisse plus voir, entendre ou ressentir pour lui dire qu’il a compté ?

Cette vision, il ne l’a pas seulement exprimée à la fin de sa vie. Des années auparavant, il avait déjà défendu publiquement cette conception de la reconnaissance.

Une question qui dépasse Taï Benson

La réflexion de Georges Taï Benson dépasse finalement sa propre personne.

Les hommages posthumes font partie des traditions républicaines dans de nombreux pays. Ils permettent de saluer la mémoire de personnalités dont le parcours a marqué la société.

Mais Benson posait une autre question : ne faudrait-il pas davantage célébrer les mérites des personnes pendant qu’elles sont encore parmi nous ?

C’est là tout le paradoxe.

L’homme qui avait connu les grandes heures de la télévision ivoirienne, les projecteurs, les responsabilités et les périodes difficiles de sa vie voulait surtout être reconnu avant que le rideau ne tombe définitivement.

Il avait d’ailleurs reçu de son vivant des distinctions, notamment le grade de Chevalier de l’Ordre national de Côte d’Ivoire.

Aujourd’hui disparu, Georges Taï Benson reçoit naturellement les hommages de ceux qui ont connu son parcours et de ceux qui ont grandi avec ses émissions.

Mais son ancienne revendication conserve une résonance particulière :

Honorer les grands hommes après leur disparition est important. Mais savoir reconnaître leur contribution pendant qu’ils sont encore là l’est peut-être tout autant.

C’était, au fond, l’une des convictions que Taï Benson avait voulu laisser derrière lui : ne pas attendre le silence pour dire à quelqu’un qu’il a compté.

 

 

 

MÉMOIRE D’ÉLÉPHANT MÉDIAS

 

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