Sonko l’avait prévenu : chaque pouvoir jouera son rôle… le Parlement ouvre maintenant les placards de la République !
Ousmane Sonko l’avait annoncé avec une formule qui résonne aujourd’hui comme un avertissement : « Chaque pouvoir jouera son rôle jusqu’au bout. » Les événements semblent lui donner raison.
Après le rejet, par le Conseil constitutionnel, du projet de révision de la Constitution, beaucoup y ont vu un coup d’arrêt. Ils avaient oublié qu’une démocratie ne repose pas sur une seule institution. Lorsqu’une porte se ferme, une autre s’ouvre. Le juge constitutionnel a exercé sa mission ; le Parlement exerce désormais la sienne. Les députés ont pris le relais en déposant des propositions de loi et en activant leur pouvoir de contrôle. Ainsi fonctionne un État de droit : chaque institution dans son couloir, chaque pouvoir dans ses prérogatives.
Pendant des années, l’Assemblée nationale ressemblait davantage à une salle d’attente climatisée qu’à un véritable contre-pouvoir. On y votait souvent plus vite qu’on ne réfléchissait, les dossiers défilaient en silence et les scandales présumés prenaient la poussière dans les tiroirs de l’oubli.
Mais voilà que le Parlement semble avoir retrouvé sa colonne vertébrale avec son président Ousmane Sonko.
Deux propositions de loi, six commissions d’enquête. Huit initiatives qui sonnent comme huit coups frappés à la porte d’une République longtemps habituée aux rideaux bien tirés. Certains commencent déjà à tousser. D’autres regardent nerveusement dans leur rétroviseur administratif. Car lorsque les archives se réveillent, les nuits deviennent soudain très courtes pour ceux qui espéraient que le temps effacerait les traces.
La déclaration de patrimoine du président de la République ? Une idée simple : la transparence ne devrait pas être un slogan de campagne, mais une obligation permanente. Quant aux fonds secrets, ils portent parfois si bien leur nom qu’ils finissent par devenir des secrets… même pour le contribuable qui les finance.
Et puis arrivent les commissions d’enquête. Là, le menu est copieux : foncier, domaine public maritime, patrimoine immobilier de l’État, marchés publics, exonérations fiscales, licences de pêche, mécanismes financiers sophistiqués… Autrement dit, tout ce qui, depuis des années, nourrit les conversations de rue et les interrogations des citoyens.
Naturellement, certains crient déjà à la chasse aux sorcières. Curieux réflexe. Une commission d’enquête n’est pas un tribunal ; elle ne condamne pas, elle cherche à établir les faits.
À moins, bien sûr, que certains préfèrent l’obscurité, où les zones d’ombre sont plus confortables que la lumière.
Les plus nerveux découvrent soudain une allergie au mot « contrôle ». Pourtant, lorsqu’on gère l’argent public, les biens publics ou les ressources publiques, rendre des comptes n’est pas une persécution : c’est la règle de toute démocratie digne de ce nom.
Cette Assemblée rappelle une vérité trop longtemps oubliée : un député n’est pas seulement une machine à voter. Il est aussi le gardien de l’intérêt général, le contrôleur de l’action publique et la voix du peuple.
Reste maintenant le plus difficile : transformer ces initiatives en résultats concrets. Les Sénégalais n’attendent pas un feu d’artifice médiatique, mais des enquêtes sérieuses, des conclusions crédibles et, lorsque des responsabilités sont établies, des conséquences à la hauteur.
Au fond, cette séquence politique confirme une chose : le Parlement ne veut plus être un simple décor institutionnel. Il entend devenir un véritable contre-pouvoir.
Et, comme chacun le sait, lorsque chaque pouvoir joue enfin son rôle jusqu’au bout, les masques tombent plus vite que les discours.
Par Malick BA

