Home » Lu pour vous – Côte d’Ivoire : Charles Blé Goudé et Guillaume Soro : de lourds passifs

CRIMES ET SANG… QUI PORTE LE PLUS LOURD PASSIF DE LA CRISE IVOIRIENNE ?

Lorsqu’on replonge dans l’histoire politique récente de la Côte d’Ivoire, deux noms reviennent inévitablement lorsqu’il est question de confrontation, de violences et de crise : Guillaume Soro et Charles Blé Goudé.

Bouazo Bolou Alexandre Kabila

Deux hommes. Deux camps. Deux trajectoires radicalement différentes.

Mais une même période : celle d’une Côte d’Ivoire déchirée par les crises politiques, la rébellion et les affrontements armés.

Alors, lorsqu’on parle de « sang » et de « crimes », qui porte réellement le plus lourd passif ? La réponse mérite mieux qu’un simple débat partisan.

2002 : Guillaume Soro et la naissance de la rébellion

En septembre 2002, une rébellion armée éclate en Côte d’Ivoire.

Guillaume Soro devient progressivement l’une des principales figures politiques des Forces nouvelles, mouvement qui prend le contrôle d’une grande partie du nord du pays.

Cette position lui confère une responsabilité politique majeure dans un conflit qui va profondément bouleverser le pays.

Des organisations internationales ont documenté de graves violations des droits humains dans les zones contrôlées par les forces rebelles.

Mais il faut faire une distinction essentielle : diriger politiquement un mouvement armé ne signifie pas automatiquement avoir personnellement ordonné chaque crime commis par les combattants de ce mouvement.

C’est une nuance importante lorsqu’on analyse les responsabilités historiques.

Blé Goudé : le visage de la mobilisation pro-Gbagbo

De l’autre côté, Charles Blé Goudé devient l’un des principaux visages de la mobilisation pro-Laurent Gbagbo.

À travers les Jeunes Patriotes, il mobilise une partie importante de la jeunesse ivoirienne.

Ses discours et ses prises de position font de lui une personnalité incontournable du camp présidentiel.

Mais cette mobilisation intervient dans une atmosphère extrêmement tendue, où manifestations, affrontements politiques et violences se multiplient.

Blé Goudé devient alors, pour ses adversaires, l’un des symboles de la radicalisation du camp Gbagbo ; pour ses partisans, il reste un militant engagé dans la défense du pouvoir élu.

2010-2011 : le pays replonge dans le sang

L’élection présidentielle de 2010 devait ouvrir une nouvelle page.

Elle provoque finalement une crise qui va faire basculer le pays dans une nouvelle période de violences.

Les affrontements entre forces fidèles à Laurent Gbagbo et forces favorables à Alassane Ouattara provoquent des milliers de victimes et de nombreux déplacements de populations.

Des crimes graves sont documentés dans les deux camps.

C’est pourquoi réduire cette période à une opposition entre « innocents » et « coupables » serait historiquement trop simpliste.

La Côte d’Ivoire a connu une véritable tragédie nationale.

Le cas Blé Goudé : une question judiciaire incontournable

Charles Blé Goudé a été poursuivi devant la Cour pénale internationale pour des crimes contre l’humanité qui lui étaient reprochés pendant la crise postélectorale.

Mais la justice internationale n’a pas retenu sa culpabilité.

Il a été acquitté en première instance en 2019, puis cet acquittement a été confirmé en appel en 2021.

Cela signifie qu’on ne peut pas, journalistiquement, présenter comme une vérité judiciaire établie l’affirmation selon laquelle Blé Goudé aurait été reconnu coupable des crimes reprochés devant la CPI.

Son rôle politique pendant la crise peut continuer à faire débat.

Mais son acquittement fait partie de l’histoire judiciaire de la Côte d’Ivoire.

Et Guillaume Soro ?

Le cas de Guillaume Soro est différent.

Son nom reste profondément associé à la rébellion de 2002, aux Forces nouvelles et à la longue crise politico-militaire qui a divisé la Côte d’Ivoire.

Il a ensuite participé au processus politique et est devenu Premier ministre, puis président de l’Assemblée nationale.

Son parcours illustre donc une transformation spectaculaire : d’ancien chef rebelle à haut responsable de l’État.

Mais cette évolution politique ne fait pas disparaître les questions historiques concernant la période de la rébellion et les violences commises durant cette décennie.

Là encore, il faut distinguer ce qui relève de la responsabilité politique, de la responsabilité de commandement et de la responsabilité pénale personnelle.

Alors, qui porte le plus lourd passif ?

La réponse dépend de la période que l’on regarde.

Si l’on parle de la rébellion de 2002, Guillaume Soro occupe une place centrale.

Si l’on parle de la mobilisation politique du camp Gbagbo et de la crise postélectorale de 2010-2011, Charles Blé Goudé est incontestablement l’une des figures majeures à examiner.

Mais aucune analyse sérieuse ne peut transformer automatiquement ces responsabilités historiques en condamnations pénales individuelles.

Le sang versé en Côte d’Ivoire ne porte pas le nom d’un seul homme.

Il est le résultat d’une succession de crises, de décisions politiques, d’affrontements armés, de radicalisations et de violences commises par différents acteurs.

L’histoire n’a pas encore fini de juger

Des années après les événements, les débats restent passionnés.

Certains voient en Soro le symbole de la rébellion.

D’autres voient en Blé Goudé le symbole de la mobilisation patriotique pro-Gbagbo.

Mais derrière ces deux figures politiques, il y avait des familles endeuillées, des villages traumatisés et une population qui a payé un prix extrêmement lourd.

La véritable question n’est donc peut-être pas seulement de savoir « qui a le sang sur les mains ? »

Elle est aussi de savoir :

Qui a pris les décisions ? Qui a donné les ordres ? Qui a commis les crimes ? Qui les a couverts ? Et surtout, pourquoi la Côte d’Ivoire en est-elle arrivée là ?

C’est à ces questions que l’histoire, les archives et la justice doivent continuer de répondre.

 

 

Source MÉMOIRE D’ÉLÉPHANT MÉDIAS

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!