On m’a menti sur ce qu’était une femme
On m’a appris à être une femme en me montrant comment plaire
Je m’appelle Nadège. J’ai 28 ans, et pendant longtemps, j’ai cru que ma féminité se mesurait au regard des hommes qui croisaient mon chemin
Tout a commencé bien avant que je ne comprenne ce qui se passait vraiment. Petite fille, déjà, on me corrigeait :
« Ne t’assois pas comme ça, ce n’est pas féminin »
« Ne parle pas si fort, une fille bien reste discrète »
« Ne discute pas les décisions des hommes de la famille, contente-toi d’écouter »
Ma tante Sylvie, qui m’avait en grande partie élevée après le décès de ma mère, avait une phrase qu’elle répétait comme un mantra : « Une vraie femme sait se taire »
Alors j’ai appris à me taire. J’ai appris à plier. J’ai appris à attendre.
J’ai attendu qu’on me choisisse, comme si j’étais un article en vitrine plutôt qu’un être humain avec des désirs propres. J’ai attendu qu’on me remarque, en me faisant toujours plus discrète, plus douce, plus « acceptable ». J’ai attendu qu’un homme valide ce que je valais déjà, sans jamais oser me le dire à moi-même en premier.
À 23 ans, j’ai rencontré un homme appelé Bertrand, un beau parleur, ambitieux, adoré par toute sa famille. J’étais fière qu’il m’ait choisie, moi, parmi toutes les femmes qui, selon lui, « voulaient sa place ». Je n’ai jamais interrogé cette phrase à l’époque. Aujourd’hui, je sais qu’elle aurait dû m’alerter.
Le mariage est arrivé vite, trop vite d’ailleurs. Et avec lui, une longue liste de choses que je devais abandonner pour être la femme qu’il fallait : mes sorties entre amies, jugées inutiles ; mon rêve de reprendre mes études en gestion, jugé pas nécessaire,,, « Je gagne bien ma vie pour nous deux » me disait-il ; même ma manière de rire, jugée trop bruyante en public.
Petit à petit, je me suis effacée pour ne jamais le contrarier. Je minimisais mes ambitions pour ne pas lui faire de l’ombre, comme si briller à ses côtés était une trahison plutôt qu’un cadeau. Je disais oui à tout, pensant naïvement que cette soumission construisait un couple solide, une preuve d’amour véritable.
10 ans ont passé ainsi, 10 ans à être une ombre douce et obéissante à côté d’un homme de plus en plus sûr de lui, de plus en plus distant.
Et puis, un vendredi soir de septembre, tout s’est écroulé d’un coup.
Bertrand est rentré, une valise déjà à moitié faite dans la voiture. Il m’a annoncé, avec ce ton froid et détaché qu’il prenait souvent pour les décisions importantes, qu’il me quittait pour une femme « plus douce », a-t-il précisé, une femme plus soumise et qui, selon ses mots, « savait encore comment se comporter avec un homme ».
J’ai eu un rire nerveux, presque incontrôlable
Plus douce ?
Moi qui avais passé 10 ans à effacer mes opinions pour ne jamais le contrarier ? Moi qui avais minimisé chaque parcelle de mes ambitions pour ne pas lui faire d’ombre ? Qu’est-ce qu’il pouvait bien vouloir de plus doux qu’une femme qui avait déjà disparu ?
Ce soir-là, après son départ, je me suis assise seule dans le salon, et j’ai compris, avec une clarté brutale, que je m’étais effacée pour rien. Pire : je m’étais effacée pour quelqu’un qui, au final, ne voyait même pas la valeur du sacrifice qu’il exigeait de moi.
J’ai pleuré pendant des semaines. Pas seulement pour lui, même si la rupture faisait mal. J’ai pleuré pour moi. Pour cette femme que j’avais tuée à petit feu, année après année, pour ressembler à une image de « vraie féminité » qu’on m’avait vendue sans jamais me demander mon avis.
Les mois qui ont suivi ont été difficiles. Je me sentais vide, comme une coquille sans contenu. Qui étais-je, en dehors du rôle d’épouse discrète et dévouée que j’avais joué pendant 10 ans ? Je ne savais même plus répondre à cette question simple : qu’est-ce que toi, Nadège, tu aimes ? Qu’est-ce que tu veux, pour toi, indépendamment de ce qu’un homme attend de toi ?
Un matin, alors que je broyais du noir plus que d’habitude, une amie d’enfance, Rosine, m’a envoyé un message qui allait tout changer : « Et si la vraie féminité, ce n’était pas de plaire, mais d’exister pleinement ? »
Cette phrase a allumé comme une flamme en moi. Je l’ai relue une dizaine de fois, comme si chaque lecture révélait une nouvelle couche de sens. Exister pleinement, pas exister pour quelqu’un, pas exister à travers le regard d’un homme… Exister tout simplement dans toute mon épaisseur.
J’ai commencé doucement à me reconstruire. J’ai repris contact avec des amies que j’avais délaissées pendant des années, pensant naïvement que ces relations « menaçaient » mon couple. J’ai recommencé à parler plus souvent dans les réunions de famille, sans m’excuser d’avoir un avis différent. J’ai recommencé à dire « non » quand quelque chose ne me convenait pas, sans culpabiliser pendant des jours.
J’ai recommencé à porter les couleurs que j’aime, pas celles jugées appropriées pour une femme sérieuse et discrète.
J’ai recommencé, surtout, à rêver grand, sans demander la permission à qui que ce soit.
Aujourd’hui, 2 ans après cette rupture qui m’a d’abord détruite avant de me reconstruire, je sais une chose avec certitude :
la vraie féminité n’est pas la douceur qui t’efface, c’est la douceur qui t’affirme. Ce n’est pas la soumission qu’on m’a présentée comme un idéal, c’est l’alignement profond avec qui je suis vraiment
Une femme n’est pas vraie parce qu’elle sait se taire au bon moment… non, elle est vraie quand elle ose être entièrement elle-même, sans s’excuser d’occuper de la place.
Je ne cherche plus à être « une femme bien », selon les critères qu’on m’a inculqués depuis l’enfance. Je cherche à être moi…
Entière,
Puissante,
Libre.
Et c’est une quête que je mène chaque jour, avec ses hauts et ses bas, mais avec une conviction que rien ne pourra plus jamais m’enlever.
Et toi, sœur qui me lis en ce moment… on t’a appris quoi, sur ce que devait être une « vraie femme » ? Et surtout est-ce que cette définition t’appartient vraiment, ou est-ce qu’elle t’a simplement été imposée, comme elle l’a été pour moi ?
Source :Sanctuaire Féminin

