22 mars 2026
Home » Grossesse en milieu scolaire: le mal est profond !

20 000 filles âgées de moins de 18 ans deviennent mères chaque jour, soit 7,3 millions de naissances par an. Ce chiffre augmente lorsqu’on tient compte de l’ensemble des grossesses et non uniquement des naissances. 70 000 adolescentes, par an, meurent des suites de complications de la grossesse et de l’accouchement. Aussi, on observe que les grossesses précoces sont plus fréquentes chez les personnes peu instruites ou en situation de précarité économique. La situation n’est pas plus reluisante en milieu scolaire.

 

Les cas de grossesses en milieu scolaire constituent un phénomène complexe. Si à priori elles constituent une problématique d’actualité, deux (02) dimensions occupent toutefois une place centrale : la précocité et la non désirabilité de la grossesse. En effet, selon les estimations de l’organisation mondiale de la santé (OMS) chaque année, 80 millions de grossesses précoces et/ou non désirées sont enregistrées. En Afrique, le phénomène de grossesses scolaires est une réalité préoccupante eu égard aux statistiques disponibles même si celles-ci demeurent parcellaires. Ainsi, selon la revue Afrique éducation, en Afrique du Sud, 15740 jeunes filles tombent enceinte chaque année scolaire, dont certaines dès l’école primaire. S’il n’existe pas de définition officielle, la grossesse précoce est le fait pour une fille pubère d’être enceinte en étant encore enfant, soit avant ses 18 ans. Ce phénomène mondial touche inégalement les filles. Si, en moyenne, le taux de natalité des adolescentes a reculé, les écarts restent importants selon les régions, les pays et même au sein des pays.

Etats des lieux selon le MENAPLN

Ces dernières années, le constat de l’ampleur des grossesses précoces/non désirées fait l’unanimité au sein des différents acteurs de la communauté éducative. Ces constats empiriques ont été confirmés par les données collectées par le Ministère de l’Education nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues nationales (MENAPLN) à travers la Direction des Etudes et des Statistiques sectorielles (DGESS). En effet, selon l’annuaire statistique, en 2017/2018 le nombre de cas de grossesse au post-primaire et secondaire était de 7 565. Il a évolué de 7,3% par rapport à 2016/2017(7050). Entre les années scolaires 2015/2016 et 2016/2017, le nombre de cas de grossesses a évolué de 31,8% respectivement 5351 et 7050. Au niveau du primaire 696 cas de grossesses ont été inventoriés. Les filles de 15 à 18 ans sont les plus touchées avec 51,2% en 2018 mais en baisse par rapport à 2017 58, 35%. Cependant, le taux de grossesses au sein de la population scolarisée des filles des plus de 18 ans est en nette progression atteignant 45,3%en 2018 contre 35% en 2017 parmi les cas recensés.

LES CAUSES DES GROSSESSES PRÉCOCES

Les causes des grossesses précoces chez les adolescentes sont connues et les répercussions sanitaires, sociales et économiques fortes.  Toutefois, la proportion des grossesses précoces à tendance à être plus élevée chez les personnes peu instruites ou en situation de précarité économique. Par faute de moyens et à cause de tabous liés à la sexualité, les filles, et plus largement les enfants, ne reçoivent pas d’éducation sexuelle et reproductive. Elles ne connaissent pas ou mal les moyens de contraception, ni les risques liés à une grossesse précoce. L’absence de planning familial dans certains pays renforce cette situation de méconnaissance et de manque d’accès aux soins. On note les mariages forcés. 9 grossesses précoces sur 10 ont lieu dans le cadre d’un mariage ou d’un concubinage. Une fois mariées, les filles sont forcées d’avoir des relations sexuelles avec leur mari et de prouver leur fécondité. Elles tombent donc rapidement enceintes après le mariage. Les violences et abus sexuels en font également partie. 120 millions de filles âgées de moins de 20 ans ont subi une forme de contact sexuel forcé : sur le chemin et/ou dans l’enceinte de l’école, lors d’une situation d’urgence, au sein même de la famille… les filles sont ainsi victimes de violences et abus sexuels non protégés qui augmentent le risque de grossesses non désirées. Dans certains pays, parler de sexualité est tabou. Les filles qui tombent enceinte suite à un rapport sexuel ou à un abus sexuel ont honte d’en parler et ne font donc rien pour les stopper. On souligne aussi l’accès à la contraception.127 millions de femmes n’utilisent pas de contraception et 257 millions des femmes qui ne souhaitent pas d’enfant, non pas accès des moyens de contraception sûrs et modernes. L’accès à la contraception peut être freiné par la pauvreté, les tabous, le manque d’information, et/ou les distances trop grandes pour accéder à un magasin ou un centre de santé les distribuant. Les filles peuvent également être victimes de stigmatisation lorsqu’elles utilisent des moyens de contraceptions et interrompre leur utilisation.

LES CONSÉQUENCES DES GROSSESSES PRÉCOCES

Une grossesse précoce a des conséquences catastrophiques non seulement pour la mère, mais aussi pour l’enfant et le développement de leur communauté et du pays tout entier. Cette situation entraine un enchaînement de problèmes dont l’avortement clandestin, l’infanticide, l’abandon scolaire et l’exclusion familiale, etc. Par exemple, selon les statistiques de la DGESS, 35% des cas d’abandon scolaire des filles sont dus aux grossesses précoces non désirées en 2018 contre 42% en 2017. La grossesse précoce peut notamment entrainer des risques pour la santé. Chaque jour, 194 filles meurent des suites d’une grossesse précoce. Pourtant, 90 % des causes liées à ces décès pourraient être évités. Les complications liées à la grossesse et à l’accouchement constituent la deuxième cause de décès pour les filles de 15 à 19 ans dans le monde. Ces décès sont généralement causés par le manque de centres de santé pour suivre ces grossesses à risque, ou d’argent pour y accéder. Chaque année, près de 3 millions de filles âgées de 15 à 19 ans subissent également des avortements à risque avec des conséquences sur leur santé mentale et physique.

La déscolarisation en est l’une de ses conséquences. D’après une étude menée par Plan International, 58 % des filles ne retournent jamais ou rarement à l’école après avoir eu un enfant. Ce chiffre augmente lorsque les filles sont aussi mariées.

Dans beaucoup de sociétés, l’honneur de la famille repose sur la virginité des filles. Celles qui sont enceinte hors mariage sont donc victimes de discriminations et de marginalisation. Elles peuvent être rejetées par leur famille et deviennent ainsi vulnérables aux violences et abus, à l’esclavage domestique et à l’exploitation sexuelle. Et enfin, la perpétuation du statut inférieur des femmes et de la pauvreté car les mariages et les grossesses précoces maintiennent les filles dans leur statut inférieur à l’homme et ne leur permettent pas de sortir de la pauvreté. Il s’agit d’une situation injuste et d’un énorme potentiel perdu pour le développement des communautés et des pays.

Les actions pouvant aider à lutter contre les grossesses précoces

Il est essentiel d’offrir aux adolescentes et aux jeunes des solutions aux grossesses précoces. Cela inclut «  d’améliorer l’accès à l’éducation et à l’emploi, de mener des actions de sensibilisation auprès des parents et des autorités locales afin de les informer des conséquences du mariage forcé et précoce, et des risques d’une grossesse précoce, de mener des actions de sensibilisation auprès des enfants et des jeunes pour les éduquer à la santé sexuelle et reproductive ainsi qu’aux moyens de contraception, de prendre en charge les filles et de renforcer les services de santé maternelle et infantile, de mener des actions de sensibilisation et de plaidoyer auprès des gouvernements et des autorités locales pour lutter contre les causes des grossesses précoces, et notamment contre les mariages précoces et les violences sexuelles et de distribuer des moyens contraceptifs de prévention aux jeunes ». Il convient de noter que le Ministère de la santé met en œuvre la politique du gouvernement en matière de santé en général et de santé sexuelle et reproductive au profit des adolescents et des jeunes en particulier. Il intervient dans la prévention et la gestion des cas de grossesses et de mariage d’enfants en milieu scolaire. Il lutte contre les cas de grossesses en milieu scolaire à travers la mise en place des centres jeunes pour la prévention et la prise en charge des cas. Pour renforcer l’offre des prestations au profit de cette cible, les agents de santé des autres formations sanitaires sont formés sur le programme d’orientation des jeunes qui leur permet de répondre de manière efficace aux problèmes de santé sexuelle et reproductive. Aussi, le ministère fait la promotion des services de santé médicaux scolaires en y intégrant des activités de SRAJ. Par ailleurs, grâce à l’appui de l’UNFPA, il suit le phénomène des cas de grossesses en milieu scolaire en collaboration avec le MENAPL.

 

Bernadette W. GANSONRE

in La cohésion  2023

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