Quel est le titre donné aux souverains, rois ou empereurs ? « Sa Majesté !» Il s’agit d’un titre honorifique régi par des conventions coutumières et modernes. La « Majesté » renvoie au caractère de grandeur qui impose le respect. Il s’agit d’une noblesse dans l’apparence et dans les manières. La « Majesté », c’est le symbole incarné à travers la magnificence, la somptuosité et la vénération. Doit-on conférer au nom de la démocratie et de l’égalité, la « Majesté » à tous les citoyens ? Toutes les ampoules brillent-elles avec la même intensité ? Le prestige, la splendeur, la gloire, la grâce ne sont pas de l’ordre de l’ordinaire. Différencier, distinguer, élever, c’est aussi dans les symboles et à travers les postures.
Après ce préalable définitionnel qui défie le temps et l’espace, il importe d’évoquer la « Majesté » dans les royaumes africains et particulièrement du Burkina Faso. Il est courant que le plus modeste des chefs traditionnels et coutumiers bénéficie du titre de « Sa Majesté » avec une joie intérieure intense et refuse de relever l’absurdité. La royauté est avant tout un don divin et le roi est au service d’une volonté divine. Cette lourde responsabilité distingue le roi des autres. Cette haute mission donne de la hauteur à la position du roi, cela lui confère toute la « Majesté » dans sa splendeur.
Dans le Riungu (royaume) de Busma, le roi doit son trône à la volonté de la coutume, à la force de la tradition. Le royaume dispose d’un collège électoral qui désigne le prince méritant pour devenir roi. C’est une institution qui confère la « Majesté » à l’élu. Il ne doit son bonnet qu’à Dieu au travers du collège électoral coutumier.
Alors que sur son territoire, toutes les autres têtes sont coiffées par lui ou par ses représentants. Aucun autre chef dans le royaume, des ministres et des chefs de canton aux chefs de quartier en passant par les chefs de village ne dispose d’un collège électoral. Tout bonnet dans le royaume est la propriété exclusive du roi et son porteur est au service du roi. Symboliquement, le roi, incarnation de la force suprême, reçoit son bonnet de Dieu et les autres de lui, directement ou indirectement. De ce fait, le roi est désigné par l’appellation « Kièd-wendé ». De cette appellation découle son statut de « Pâng-soaba » qui signifie « le propriétaire de la force ». Le roi jouit d’une indépendance totale.
Rassemblant en lui les rois qui ont régné depuis la fondation de l’entité politique de Busma et étant le supérieur de toutes les têtes coiffées du royaume, le roi est désigné par le pluriel « Vous » quand on est en face du roi et « Eux » lorsqu’on parle du roi aux autres. Sa volonté est l’expression de celle de la collectivité, de la communauté et de celle des membres de toute la royauté. Son pouvoir est au-dessus de l’avoir et du savoir qui doivent être à son service. Il est le seul à mériter le titre « Sa Majesté ». Les hauts fonctionnaires (ministres) du royaume et les chefs de canton bénéficient du titre « Excellence ».
Considérant ces préalables, dans le Moogo, seuls les rois de Zugran-tenga (Tenkodogo), de Wubr-tenga (Ouagadougou), du Yad-tenga et de Busma jouissent du titre « Sa Majesté ». Tout autre chef qui revendique ce titre dans chacune de ces entités politiques traditionnelles commet une faute de lèse-majesté.
Tout acte de lèse-majesté renvoie aux atteintes à l’ordre naturel, à l’autorité du royaume (trahison, rébellion, usurpation d’un monopole régalien), ainsi qu’aux violences et aux atteintes physiques perpétrées contre le roi, ses proches ou ses représentants. Les outrages qui visent directement le souverain sont alors considérés comme des trahisons, voire comme des sacrilèges.
Cet article se veut pédagogique et recherche à réduire l’utilisation abusive du titre « Sa Majesté » lors des événements et cérémonies publics.
Busm Kéoog-naaba Koobo (Historien)
in La Cohésion 2023
