2 février 2026
Home » Jonas Hien, directeur des programmes de l’ONG ORCADE : « … Je suis en phase avec l’action du gouvernement de la transition dans le secteur minier… »

Il est sans conteste un acteur incontournable dans le secteur minier au Burkina. Il se bat depuis des années avec son ONG ORCADE ( Organisation pour le Renforcement des Capacités de Développement) pour que l’or brille pour tout le monde dans notre pays. Pour ce faire, depuis 2001 son ONG mène des activités de formation, de sensibilisation, de plaidoyer, d’interpellation…. reveil-info.net est allé à sa rencontre pour un entretien dont l’intérêt est certain. Jonas Hien, directeur des programmes de l’ONG ORCADE,  puisque c’est de lui qu’il s’agit, a accepté répondre à nos questions. 

Présentez nous brièvement votre ONG

Jonas Hien : L’Organisation pour le Renforcement des Capacités de Développement (ORCADE), est une ONG de droit burkinabè créée en 2001. Elle est la première organisation de la société civile à s’engager dans le secteur des industries extractives. Son objectif est d’œuvrer pour créer une conscience citoyenne au niveau national et local afin de tirer profits de toutes les opportunités qu’offrent les projets miniers industriels et de valoriser l’exploitation minière artisanale. C’est pourquoi elle met l’accent sur le suivi de tous les segments du secteur minier pour en dégager des aspects de plaidoyer pour une amélioration continue de l’exploitation minière. En somme, ORCADE fait la surveillance ou si vous voulez le suivi de la gouvernance du secteur des industries extractives qui donne lieu à des interpellations et de plaidoyer pour améliorer cette gouvernance. ORCADE est membre du Comité de pilotage de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries extractives du Burkina Faso (ITIE-Burkina Faso), du Comité national de suivi de la collecte, de la répartition et de l’utilisation des ressources du Fonds minier de développement local et du Réseau « Publiez ce que vous payez » qui est un réseau mondial d’ONG de tous les continents, de surveillance de la gouvernance des industries extractives, qui a son siège à Londres, en Grande-Bretagne.

Quelles sont les activités que vous menez sur le terrain ?

Le domaine principal d’intervention de ORCADE est le domaine des industries extractives: l’exploitation industrielle des ressources naturelles et l’exploitation artisanale de l’or. A cet effet, ses actions portent sur l’information, la formation, la sensibilisation, le plaidoyer en faveur de l’amélioration des conditions de vie des communautés impactées par les opérations minières. Ses actions visent à permettre aux populations de connaître leurs droits, de les défendre par une meilleure organisation et aussi de faire leur devoir de citoyens en participant effectivement au développement de leurs localités et du pays. ORCADE met l’accent sur l’accompagnement des communautés vivant dans les localités minières. Elle fait ainsi du plaidoyer afin de faire prendre en compte les préoccupations majeures des populations dans la gouvernance du secteur minier.

Quel bilan pouvez-vous faire des activités réalisées pour ce semestre

Plusieurs activités ont été menées. Ces derniers temps nous avons mis l’accent sur la production des évidences dans le secteur. Il s’est agi de faire des études, de faire des analyses des textes qui gouvernent le secteur minier pour apprécier leurs forces, leurs insuffisances et les aspects à améliorer. Ces types de travaux permettent aussi de détecter les activités pertinentes à ériger en projets. En plus de cela, il y a des activités de formation que nous avons mené sur des sites miniers dans le but de poursuivre le renforcement de capacités des communautés des localités minières.

Avoir une réserve d’or, c’est une stratégie aux plans politique et économique, selon Jonas Hien

On a l’impression que votre organisation ne parle que de l’or, de mines… pourquoi selon vous cette impression ?

Comme je disais, nous sommes dans les industries extractives. Cela veut dire les processus d’activités conduisant à l’extraction de l’or, du gaz, du pétrole, du diamant, du cuivre, du manganèse, du lithium, de la bauxite, du fer, etc.

 Le Burkina Faso dispose dans son sous-sol certaines de ces ressources, mais c’est l’or qui est aujourd’hui expliqué. Le zinc aussi, le manganèse à un moment donné. C’est l’or qui est en avant aujourd’hui. Voilà pourquoi nous parlons d’or. Le jour où l’on exploitera le pétrole, le cuivre ou autres ressources, on en parlera.

Pouvez-vous nous dire quelque chose sur l’Initiative pour la Transparence dans les Industries extractives (ITIE) et quels sont vos rapports avec cette structure qui n’est toujours pas bien connue par certains ?

L’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) est une norme mondiale qui vise à promouvoir une gestion transparente et responsable des ressources naturelles. Elle accompagne les Etats à rendre performant les services pour créer les conditions de transparence. Son action met l’accent sur les débats publics, la communication, pour renforcer la confiance des citoyens en leurs gouvernants dans la gestion des richesses du sous-sol. Les pays y adhèrent volontairement et le Burkina Faso s’y est engagé depuis 2008. L’ITIE est mise en œuvre au travers d’un référentiel appelé Norme ITIE qui est d’ailleurs très évolutif et renferme les exigences à respecter et à mettre en œuvre par les Etats adhérents.

Cette Norme actuelle en vigueur, adoptée en 2023, prend en compte des thèmes tels que la lutte contre la corruption, la transition énergétique, les questions de genre, les questions sociales et environnementales, le recouvrement des recettes fiscales, etc. L’outil de communication de l’ITIE s’appelle Rapport ITIE qui doit être produit chaque année.

Le pays a déjà publié treize (13) rapports ITIE. L’ITIE est composé de représentants de l’administration publique, des sociétés extractives et de la société civile. A ce titre, ORCADE est membre du comité de pilotage de l’ITIE-Burkina Faso qui est l’instance de coordination de la mise en œuvre de cette Initiative au Burkina Faso. La structure technique de mise en œuvre est le secrétariat permanent de l’ITIE qui est dirigé par un Secrétaire permanent.

Selon vous comment se porte le secteur minier au Burkina Faso ?

 Le secteur est beaucoup impacté par la situation sécuritaire. Les activités de recherche minière sont à l’arrêt. Les voies d’accès aux sites miniers sont devenues difficiles pour certains projets miniers, ce qui pose un problème de ravitaillement en intrants pour la production. Dans un tel cas de figure la production diminue et la conséquence est que les recettes pour l’Etat diminuent aussi. De même les contributions au Fonds minier de développement diminuent. Mais il faut reconnaitre que malgré cette situation, le secteur est resté résilient, à cause des efforts de l’Etat dans la sécurisation des sites miniers et aussi du fait de la résilience des promoteurs de ces projets miniers.

Peut-on dire qu’au Burkina Faso l’or brille pour tout le monde ?

L’or brille pour toute la population quand l’exploitation de l’or change fondamentalement la physionomie de l’économie nationale et locale : ça favorise l’industrialisation, ce qui donne plus d’emplois, donc revenus, ensuite la consommation, puis l’économie qui tourne bien, les chaines de valeur se développent et toute entreprise, toute unité économique, tout le monde y trouve son compte et on sent l’apport de l’exploitation de l’or dans la qualité de vie des gens. Ce n’est pas le cas depuis plus de 15 ans. Si vous comptez sur les paiements des impôts et taxes par les sociétés minières, vous ne verrez jamais cette brillantine de l’or. Donc, la réponse à votre est non, l’or ne brille pas encore pour tout le monde. Mais il y a de l’espoir qu’on y arrive un jour au regard des nouvelles politiques des autorités de la transition dans le secteur minier.

Que gagnent les communes qui abritent les communes qui abritent les sites miniers ?

De façon directe, les communes gagnent les ressources provenant du Fonds minier de développement local, appelé maintenant Fonds minier de développement. Il y a des communes déjà milliardaires du fait de ce Fonds. Il leur reste à faire du développement qualitatif pour le bien-être de leurs populations. Il y a aussi des gains indirects pour certaines communes du fait des actions d’accompagnement des sociétés minières en dehors du Fonds minier de développement. Mais les communes gagneraient plus si on réussissait la politique de promotion du contenu local, car le plus important, c’est une économie forte dans les communes qui leur permet de collecter des recettes par le biais des impôts locaux.

Mais il ne faut pas oublier aussi de demander ce que les communes perdent du fait de l’implantation d’un projet minier. Les communautés perdent beaucoup de choses que le Fonds minier ne pourra jamais remplacer. Je dois dire aussi que malgré les ressources du Fonds minier déversées dans certaines communes, on ne fait pas le développement en termes d’épanouissement des populations.

Ces derniers mois, le gouvernement a posé un certain nombre d’actes dans le secteur minier. Que pensez-vous de la volonté du gouvernement de constituer une réserve d’or pour le pays ? En quoi cela est important pour le pays ?

 En toute chose il faut de la volonté politique. Quand la volonté politique n’y est pas, on dira que c’est difficile, que ce n’est pas faisable, c’est-à-dire qu’on ira nulle part. Aujourd’hui, cette volonté politique est là et se constate par ces questions que vous citées. Nous en sommes fiers. Avec l’or on peut résoudre beaucoup de chose. On est fiable vis-à-vis des partenaires extérieurs, on peut rééquilibrer son problème en cas de problèmes économique ou financier, on peut avoir directement des devises. Donc, avoir une réserve d’or, c’est une stratégie aux plans politique et économique. En Afrique, dans le temps, on disait que quand tu as de l’or, tu ne connaîtras pas la faim. C’est tout dire. Et vous voyez que le gouvernement de la transition a une vision et ses actions s’inscrivent dans une logique.

En même temps qu’on entreprend une réserve nationale d’or, on met en place la Banque de dépôt du Trésor. C’est tellement cohérent qu’aucun argument ne peut nous être opposé par les partisans de l’esclavage qui voudraient qu’il faille avoir sa propre monnaie pour avoir une réserve d’or ou encore, si on constitue l’or on va déposer ça où même ou encore, est-ce qu’il y aura transparence dans ça ! Je salue vraiment ces actions du gouvernement de la transition. Ça fait économiser la salive de la société civile qui travaille dans le secteur minier.

Il y a eu la pose de la première pierre de construction d’une usine de raffinerie d’or et le lancement des activités d’une usine de traitement de résidus miniers. Que pensez-vous de ces initiatives du gouvernement de la transition ?

Comme je le disais tantôt, je suis en phase avec l’action du gouvernement de la transition dans le secteur minier. Notre or va dans d’autres pays pour l’affinage. Cette opération se fait là-bas sans aucun représentant de l’Etat burkinabè. On n’a aucune maitrise de l’activité d’affinage. On se contente des données qu’on nous communique. En plus cette activité donne du travail aux citoyennes et citoyens de là-bas. Si on peut faire ça ailleurs pourquoi pas chez nous ? Ça nous donne au moins la possibilité d’en avoir la maitrise et de l’emploi pour les jeunes. Donc l’importance de cette raffinerie n’est pas à démontrer. Il en est de même pour le traitement des résidus miniers. Si les sociétés minières ramassent des ‘’ordures’’ pour aller traiter dans des pays occidentaux au point de se créer des problèmes (cas du charbon fin), c’est que ce sont des ordures qui ont de l’importance. Nous aussi, on va les traiter sur place. On aura également la maitrise, l’emploi pour nos jeunes et accroître nos recettes. Tout ça, c’est tard venu mais il faut dire bravo. Il faut encore l’Etat et les initiatives privées à continuer dans ce sens.

Vous avez récemment remis un rapport aux autorités ? De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’un rapport d’étude sur les flux financier illicites (FFI) produit dans le cadre de l’ITIE. Les FFI sont des pratiques de grandes entreprises commerciales, des multinationales qui consistent en des évasions fiscales, de blanchiment de capitaux, la fraude à la production, la contrebande, la contrefaçon, la corruption, des avoirs volés, ce qui fait perdre d’énormes argent aux pays africains. Il est difficile d’arriver à quantifier de manière exacte une situation de flux financiers illicites. Donc, c’est de l’argent qui a des origines douteuses pour ne pas dire volé et qui pose un problème de sécurité pour un Etat. Avec le contexte de terrorisme actuellement dans le Sahel, cette étude tombe au bon moment et le rapport qui est voulu par le gouvernement va servir à la fois comme outil d’information et de sensibilisation de tous les acteurs sur leurs contributions pour la lutte contre ce phénomène et aussi pour le développement comme outil d’aide à la décision. J’en profite pour dire que la presse fait partie des acteurs clé de relais de ce rapport. Il faut donc s’en approprier et surtout s’en inspirer pour faire des productions de sensibilisation. Les FFI riment avec crimes économiques et privent les Etats africains de ressources financières qui auraient pu leur permettre de réaliser des investissements pour l’épanouissement de leurs populations. Ils impactent ainsi à la fois les investissements, les emplois et les économies des pays volés. Ils sont donc très nuisibles pour un pays.

Avez-vous quelque chose à ajouter pour terminer notre entretien ?

Mon mot de fin est que la presse continue à s’intéresser au secteur minier au Burkina Faso. Il faut contribuer à faire la promotion de ce secteur. Montrez que tout est possible ici, avec des exemples précis. On ne doit pas continuer à penser ou à croire que ce sont les autres qui sont capables de tout. Le secteur minier est un patrimoine national. C’est pour nous tous, c’est notre richesse. On doit s’organiser pour défendre ça par tous les moyens. Chacune et chacun dans son savoir-faire doit jouer son rôle. L’exploitation de ces ressources dans de bonnes conditions peut être utile aux générations actuelles et aux futures générations. Il faut donc accompagner les bonnes initiatives. A travers vous, je salue tous les organes de presse qui accompagnent ORCADE dans ses actions dans le secteur minier.

Entretien réalisé par Idriss BIRBA

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