« Wogdg, yaa kulsé, ti Busm yaa tansé ». « Ouagadougou, ce sont des rivières et Boussouma, ce sont des collines », dit l’adage populaire. Le Riungu compterait 333 collines et on en dénombrerait 33 autour de la capitale Wayugui. De manière stratégique, les fondateurs du Riungu se sont installés sur le cordon massif nord et nord-est du Moogo. Certaines collines culminent à plus de 500 mètres dans la zone de Korsimoro et de Boussouma. Ces collines sont sociologiquement intégrées à la vie politique et sociale du Riungu et décrivent l’existence ordinaire des populations et la grandeur du pouvoir des nanambsé qui ont conquis par la lance et par la langue l’espace politique qui représente aujourd’hui une entité indépendante disposant de tous les attributs d’un Etat précolonial.
Les collines qui peuplent le Riungu de Busma parlent à la mémoire collective. Véritables autels naturels, ces collines comportent des interdits. Des actes cultuels s’y déroulent pour célébrer les ancêtres, les génies et Dieu. La promenade y est interdite à certaines heures de la journée ou de la nuit ainsi que la chasse aux oiseaux et animaux sauvages que ces collines abritent.
La colline Naab-rolle est à l’origine de la création de la capitale Wayugui en 1723. Elle doit son rayonnement grâce à l’amante du prince Kiênga. En effet, la montagne Naab-rollé ou l’amante du roi, continue de faire partie de la mémoire collective du Riungu. Le Watinoom Baan-naaba rapporte : « Wayugui est devenue une capitale royale grâce à Naab-rollé, la montagne. C’est à cet endroit précis que le prince qui deviendra Naaba Kiênga a été interpellé par la montagne à trois reprises. Elle lui a demandé pourquoi il était en voyage. Il répondit que le Rima était rentré dans l’ombre et il se rendait à Busm Kugr-Zugu pour faire acte de candidature pour le trône. Elle l’invita en cas de succès de venir implanter sa résidence au pied de la montagne qui se revendiquait être son amante et sa protectrice. Après son intronisation, Naaba Kiênga implanta sa résidence au pied de la montagne et le lieu prit comme nom « Wayugui ». Depuis lors, la capitale royale devient Wayugui qui signifie « Venez vous soumettre au Rima ; venez respecter la royauté ». Naab-rollé représente alors une montagne mystique liée à la royauté.
Dans l’ouvrage collectif sur l’histoire de Busma, l’archéologue Lassina Simporé rapporte : « Jadis, sur la colline Naab-rolle étaient exécutés, à coup de gourdin, les personnes condamnées à mort ; leurs corps y étaient abandonnés. Il s’agissait de personnes coupables de crimes de lèse-majesté ; d’adultère ou ayant tenté de porter atteinte à la sûreté de l’Etat. Cette colline était fréquentée par des hyènes à cause des corps qui y étaient abandonnés, surtout sous le règne de Naaba Ligdi. » Cette description ressemble à une légende qui vise à créer de la crainte et à montrer la puissance du pouvoir. Les hommes de pouvoir s’entourent souvent de mythes pour imposer leur domination afin d’éviter le désordre et l’insoumission.
La double colline Goaffa, située au sud-ouest de Wayugui, est assez imposante et se compose en Goaffa mâle (Goaffa-raoogo) et en Goaffa femelle (Goaffa-poko). Goaffa-raoogo est plus modeste que Goaffa-poko. Tout comme les êtres humains sont classés en hommes et en femmes, la société de Busma attribue des sexes aux collines. Cela leur confère des rôles sociaux de genre et les inscrivent dans les réalités de la vie des peuples. Les tambourinaires royaux et les griots de la Cour assimilent cette colline au Riungu. Le Rima est désigné « Goaffa naaba », c’est-à-dire le roi de Goaffa. « Lors du basga et des rites importants du royaume, on y sacrifie des chevaux, des ânes, des moutons, des chiens et des taureaux. On y fait également des sacrifices en cas de calamités », lit-on dans l’ouvrage collectif sur l’histoire de Busma.
Les collines font partie intégrante de l’histoire guerrière de Busma. Si elles ne sont pas créées par les actes de bravoure des combattants, elles ont servi à protéger le royaume contre les envahisseurs. La colline Sag-muusi serait la tombe de Ziri, un fils de Naaba Mam-zi de Rissiam, un chef sanguinaire qui a combattu durant des années Busma et ses alliés. Ce dernier fut défait et tué dans la zone de Korsimoro. Son fils Ziri trouva la mort à quelques encablures de Busma et les combattants du royaume l’ensevelir avec d’immenses pierres en forme de boules de tô d’où l’appellation « Sag-muusi ». Busma, suite à cette victoire militaire devint une puissance politique en élargissant son territoire par l’intégration de cantons anciennement contrôlés par Mam-zi.
Toujours dans ses guerres avec Rissiam, la colline Tân-wèèma aurait été le lieu où fut enseveli Naaba Wèèmba, vaincu par les guerriers de Busma.
Au-delà de ces collines, d’autres dans le Riungu sont aussi légendaires. Il s’agit, entre autres, de Wid-tanga (colline des chevaux) de Kis-saan (déteste l’étranger), Kis-kièlenga (déteste des pleurs), Tândaaga (colline mâle), Rim-tânga (colline du Rima), Zabr-tanga (colline de la guerre).
Il y aurait des grottes et des puits sur certaines collines. Sur la colline Naab-rolle, il y avait une chaîne : ‘Quand on était jeune, sur la colline Naab-rolle, on trouvait toujours des puits des Ninsi, avec des chaînes, on les sortait toute la journée, a longueur de journée, ça ne finissait pas ; et si on les lâchait, elles retombaient, ça se refermait », témoigne Naaba Sonré, Rima de Busma (1957 – 2019).
Les collines sont dotées de pouvoirs et participent au renforcement de la puissance du Rima. La raison ne peut pas tout saisir de la réalité politico-sociale du Riungu de Busma. Le divin a une place importante et s’incarne à travers la nature qui s’impose au vouloir et à l’intelligence des hommes. C’est pour cela que les collines donnent de la hauteur au pouvoir dans l’entité politique moaaga de Busma.
Busm Kéoog-naaba Koobo (Historien)
Certaines collines culminent à plus de 500 mètres dans la zone de Korsimoro et de Boussouma. Ces collines sont sociologiquement intégrées à la vie politique et sociale du Riungu et décrivent l’existence ordinaire des populations et la grandeur du pouvoir des nanambsé qui ont conquis par la lance et par la langue l’espace politique qui représente aujourd’hui une entité indépendante disposant de tous les attributs d’un Etat précolonial.
Les collines qui peuplent le Riungu de Busma parlent à la mémoire collective. Véritables autels naturels, ces collines comportent des interdits. Des actes cultuels s’y déroulent pour célébrer les ancêtres, les génies et Dieu. La promenade y est interdite à certaines heures de la journée ou de la nuit ainsi que la chasse aux oiseaux et animaux sauvages que ces collines abritent.
La colline Naab-rolle est à l’origine de la création de la capitale Wayugui en 1723. Elle doit son rayonnement grâce à l’amante du prince Kiênga. En effet, la montagne Naab-rollé ou l’amante du roi, continue de faire partie de la mémoire collective du Riungu. Le Watinoom Baan-naaba rapporte : « Wayugui est devenue une capitale royale grâce à Naab-rollé, la montagne. C’est à cet endroit précis que le prince qui deviendra Naaba Kiênga a été interpellé par la montagne à trois reprises. Elle lui a demandé pourquoi il était en voyage. Il répondit que le Rima était rentré dans l’ombre et il se rendait à Busm Kugr-Zugu pour faire acte de candidature pour le trône. Elle l’invita en cas de succès de venir implanter sa résidence au pied de la montagne qui se revendiquait être son amante et sa protectrice. Après son intronisation, Naaba Kiênga implanta sa résidence au pied de la montagne et le lieu prit comme nom « Wayugui ». Depuis lors, la capitale royale devient Wayugui qui signifie « Venez vous soumettre au Rima ; venez respecter la royauté ». Naab-rollé représente alors une montagne mystique liée à la royauté.
Dans l’ouvrage collectif sur l’histoire de Busma, l’archéologue Lassina Simporé rapporte : « Jadis, sur la colline Naab-rolle étaient exécutés, à coup de gourdin, les personnes condamnées à mort ; leurs corps y étaient abandonnés. Il s’agissait de personnes coupables de crimes de lèse-majesté ; d’adultère ou ayant tenté de porter atteinte à la sûreté de l’Etat. Cette colline était fréquentée par des hyènes à cause des corps qui y étaient abandonnés, surtout sous le règne de Naaba Ligdi. » Cette description ressemble à une légende qui vise à créer de la crainte et à montrer la puissance du pouvoir. Les hommes de pouvoir s’entourent souvent de mythes pour imposer leur domination afin d’éviter le désordre et l’insoumission.
La double colline Goaffa, située au sud-ouest de Wayugui, est assez imposante et se compose en Goaffa mâle (Goaffa-raoogo) et en Goaffa femelle (Goaffa-poko). Goaffa-raoogo est plus modeste que Goaffa-poko. Tout comme les êtres humains sont classés en hommes et en femmes, la société de Busma attribue des sexes aux collines. Cela leur confère des rôles sociaux de genre et les inscrivent dans les réalités de la vie des peuples. Les tambourinaires royaux et les griots de la Cour assimilent cette colline au Riungu. Le Rima est désigné « Goaffa naaba », c’est-à-dire le roi de Goaffa. « Lors du basga et des rites importants du royaume, on y sacrifie des chevaux, des ânes, des moutons, des chiens et des taureaux. On y fait également des sacrifices en cas de calamités », lit-on dans l’ouvrage collectif sur l’histoire de Busma.
Les collines font partie intégrante de l’histoire guerrière de Busma. Si elles ne sont pas créées par les actes de bravoure des combattants, elles ont servi à protéger le royaume contre les envahisseurs. La colline Sag-muusi serait la tombe de Ziri, un fils de Naaba Mam-zi de Rissiam, un chef sanguinaire qui a combattu durant des années Busma et ses alliés. Ce dernier fut défait et tué dans la zone de Korsimoro. Son fils Ziri trouva la mort à quelques encablures de Busma et les combattants du royaume l’ensevelir avec d’immenses pierres en forme de boules de tô d’où l’appellation « Sag-muusi ». Busma, suite à cette victoire militaire devint une puissance politique en élargissant son territoire par l’intégration de cantons anciennement contrôlés par Mam-zi.
Toujours dans ses guerres avec Rissiam, la colline Tân-wèèma aurait été le lieu où fut enseveli Naaba Wèèmba, vaincu par les guerriers de Busma.
Au-delà de ces collines, d’autres dans le Riungu sont aussi légendaires. Il s’agit, entre autres, de Wid-tanga (colline des chevaux) de Kis-saan (déteste l’étranger), Kis-kièlenga (déteste des pleurs), Tândaaga (colline mâle), Rim-tânga (colline du Rima), Zabr-tanga (colline de la guerre).
Il y aurait des grottes et des puits sur certaines collines. Sur la colline Naab-rolle, il y avait une chaîne : ‘Quand on était jeune, sur la colline Naab-rolle, on trouvait toujours des puits des Ninsi, avec des chaînes, on les sortait toute la journée, a longueur de journée, ça ne finissait pas ; et si on les lâchait, elles retombaient, ça se refermait », témoigne Naaba Sonré, Rima de Busma (1957 – 2019).
Les collines sont dotées de pouvoirs et participent au renforcement de la puissance du Rima. La raison ne peut pas tout saisir de la réalité politico-sociale du Riungu de Busma. Le divin a une place importante et s’incarne à travers la nature qui s’impose au vouloir et à l’intelligence des hommes. C’est pour cela que les collines donnent de la hauteur au pouvoir dans l’entité politique moaaga de Busma.
Busm Kéoog-naaba Koobo (Historien)
In La Cohésion 2023
