10 juin 2026
Home » Internationalisation des artistes chanteurs Burkinabè : les vérités du journaliste Issa SIGUIRE

Internationalisation des artistes chanteurs burkinabè : le moment est venu de changer d’échelle


Le week-end du 4 au 7 juin 2026 a offert une image particulièrement encourageante de l’industrie musicale burkinabè. Entre le Meeting Musical, le Festival Raagabiiga et le Faso Gondal, des milliers de mélomanes ont répondu présents dans différents espaces de la capitale et d’ailleurs. Cette mobilisation populaire mérite d’être saluée. Elle est le fruit du travail acharné des organisateurs, notamment Reman Yolchiido Ya Maurice Zoungrana alias Kenzo Cash Liguidi et Mamadou Yougos Kone, ainsi que de leurs équipes.
Mais au-delà du succès de ces événements, une question fondamentale mérite d’être posée : la musique burkinabè est-elle enfin prête à conquérir durablement les marchés internationaux ?
Les signaux sont de plus en plus positifs.
Ces dernières années, plusieurs artistes ont démontré leur capacité à mobiliser bien au-delà des frontières nationales. L’artiste burkinabè Floby officiel a rempli le Stade municipal de Ouagadougou et a également réussi à mobiliser un large public au Palais de la Culture d’Abidjan, où il s’est produit à 2 reprises.
Son principal concurrent sur la scène nationale, Dez altino, a lui aussi démontré sa capacité à séduire la diaspora et les mélomanes de la sous-région.
Quant à Smarty , son parcours international, notamment au Casino de Paris et ses concerts dans des salles prestigieuses témoignent d’une ambition qui dépasse largement le cadre national.
Ces performances traduisent une réalité nouvelle : les artistes burkinabè disposent désormais d’un public, d’une identité artistique forte et d’un marché en construction. Les talents existent. Les œuvres existent. Le public existe. Il reste maintenant à bâtir les mécanismes capables de transformer ces succès ponctuels en véritable stratégie d’exportation culturelle.
Car l’internationalisation d’un artiste ne repose pas uniquement sur son talent.
Partout où une industrie musicale performe, deux acteurs jouent un rôle déterminant : l’État et les entrepreneurs culturels.
L’État doit créer les conditions favorables à l’émergence de champions culturels. Cela passe notamment par la construction et la modernisation d’infrastructures de niveau international, l’organisation d’événements à forte visibilité( soutenir davantage les KUNDE BF et les REMA Officiel ), le renforcement du système de protection des droits d’auteur, ainsi que la professionnalisation des métiers de la culture. Les managers, producteurs, techniciens et communicants doivent être formés aux exigences d’un marché culturel devenu mondial et fortement influencé par le numérique.
L’autre maillon essentiel reste l’entrepreneur culturel.
Un artiste peut remplir un stade à Ouagadougou et pourtant demeurer inconnu à Dakar, Abidjan, Paris ou Montréal. Entre le talent et le succès international se trouve un intermédiaire indispensable : le producteur capable de vendre un spectacle, de négocier une tournée, de convaincre des diffuseurs et de créer des opportunités hors des frontières nationales.
C’est précisément sur ce terrain que le Burkina Faso accuse encore un retard.
Notre pays a produit de grands artistes, mais peu de véritables exportateurs de talents. Certains acteurs, à l’image de Salfo Soré dit Jah Press, ont ouvert des pistes. D’autres, comme Amed Traore , plus connu sous le nom de « Le Panamien », montrent aujourd’hui une réelle volonté de s’inscrire dans cette dynamique. Mais le chantier reste immense.
Les exemples récents sont révélateurs. Plusieurs grandes productions mettant en lumière des artistes burkinabè à l’international ont bénéficié de l’expertise de structures étrangères. Le concert de FLOBY à Abidjan a notamment été porté par le soutien du célèbre duo ivoirien Yodé et Siro. Boss + pour celui de Smarty à Paris.
Cette réalité ne doit pas être perçue comme une faiblesse, mais comme un appel à construire nos propres réseaux de diffusion et nos propres champions de la production culturelle.
Le défi des prochaines années n’est donc plus de prouver que les artistes burkinabè ont du talent. Ils l’ont déjà démontré.
Le véritable défi consiste désormais à transformer cette richesse artistique en puissance culturelle exportable. Le jour où le #BurkinaFaso disposera d’une génération d’entrepreneurs culturels capables de vendre ses artistes à l’échelle africaine et mondiale, nos chanteurs ne rempliront plus seulement les salles de Ouagadougou ou d’Abidjan ; ils deviendront des ambassadeurs permanents du génie créatif burkinabè sur toutes les grandes scènes du monde. Et ce jour-là, l’internationalisation de la musique burkinabè ne sera plus un rêve. Elle deviendra une industries

Issa SIGUIRE

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