Guy Arthur ZOUNGRANA est le point focal thématique du Reseau des Jeunes Slow Food (Slow Food Youthnetwork SFYN ) Burkina Faso. Pour mieux connaitre et faire connaitre ce réseau, nous l’avons rencontré pour une interview. Il a bien voulu accepté répondre à nos questions. Il commence d’abord par se présenter .

Tout d’abord recevez nos salutations cordiales et nos remerciements à Réveil info pour cette opportunité que vous nous offrez de nous faire découvrir par vos lectures et tout le public en général. Je me nomme Guy Arthur ZOUNGRANA. Je suis le point focal thématique du Réseau des Jeunes Slow Food (Slow Food Youthnetwork SFYN ) Burkina Faso.
Présentez-nous votre réseau et quels sont ses objectifs ?
Le Réseau des Jeunes Slow Food en anglais Slow Food Youthnetwork en abrégé SFYN Burkina est une des thématiques du Réseau Slow Food Burkina porté par l’Association le « Bon Samaritain » pour le Développement Durable (ABSDD) dont son président Jean Marie KOALGA et en même temps le Coordonnateur national. Nous ne pouvons pas donc présenter le SFYN Burkina sans au préalable présenter le Réseau Slow Food.
Slow Food est une Fondation internationale Eco gastronomique non lucrative. C’est un mouvement fondé en 1989 pour réagir contre les idées de « fast food » et de « fast life ». C’est un réseau mondial visant à changer la façon dont la nourriture est conçue et consommée. Son siège est à Bra en Italie. Le réseau Slow Food est présent dans 160 pays dans le monde. Slow Food œuvre pour la protection de la biodiversité biologique et culturelle, la défense du droit des communautés à leur alimentation et valorise les petits producteurs dans la promotion d’une production et d’une consommation de la nourriture bonne, propre et juste respectueuse de la santé humaine animale et la protection de l’environnement dans le monde.
Slow Food s’exprime donc en tant que réseau ou mouvement, mais aussi en tant que vision d’un monde meilleur et durable à travers les communautés en mettant en avant le développement endogène. Pour Slow Food protéger la biodiversité Biologique et culturelle dans la promotion d’une alimentation bonne propre et juste centrée sur la place de la nourriture dans la vie des communautés avec des dimensions utilitaires multiples (alimentaire, socioculturelle, économique, écologique) est fondamentale.
Nous parlons aujourd’hui de souveraineté. C’est exactement le combat de Slow Food depuis des décennies pour la souveraineté alimentaire des communautés donc des pays. Et vous pouvez être d’accord avec moi que sans souveraineté alimentaire il n’y pas de souveraineté politique.
L’action de Slow Food s’appuie sur trois piliers principaux à savoir la biodiversité, l’éducation(sensibilisation) et le plaidoyer qui doivent caractériser et orienter notre engagement Slow Foodien de tous les jours. Au niveau international comme au niveau Afrique, des thématiques stratégiques ont été définies pour un impact visible de nos actions et pour une implication plus large de tous. Le SFYN est donc une des thématiques. Comme son nom l’indique il vise donc à mobiliser et impliquer les jeunes dans le réseau Slow Food en vue d’agir pour la protection de la biodiversité biologique et culturelle en conscientisant leurs paires, mais aussi toute la communauté. Comme vous le savez les jeunes sont le présent et l’avenir.
Au niveau du Burkina Faso le SFN est relativement récent car c’est à partir de 2024 qu’il a commencé à mieux se constituer sous l’impulsion du coordonnateur national. Il compte aujourd’hui 16 membres dont 13 garçons et 03 filles âgées de moins de 35 ans.

Quelles sont les activités que vous menez sur le terrain ?
Le réseau des Jeunes Slow Food est lancé depuis 2024, mais c’est récemment qu’il a pris du dynamisme. En termes d’activités on peut citer :
-la formation à la vision de Slow Food avec notamment le coordonnateur national du réseau
-la sensibilisation/mobilisation des jeunes
-les visites terrain sur les activités agroécologiques comme dans les fermes
-l’animation de plateforme whatsapp qui permet au réseau de rester connecté
-et bien sur la célébration de disco soupe day qui a lieu chaque année le dernier samedi du mois d’Avril.

Vous avez organisé récemment le Disco Soupe. C’est quoi exactement ?
Oui nous avons organisé la célébration du disco soupe day 2026 avec les activités suivantes :
- Pour le jeudi 23 Avril 2026 :
-Une conférence de presse pour passer l’information et le message au public à travers les médias
- Pour le samedi 25 Avril 2026 :
-Tournées de visites et d’échanges avec les jeunes dans trois fermes agroécologiques à Bargo et Gonsin dans la commune rurale de Saaba
-un mini panel sur le thème qui a porté sur la négligence et le gaspillage alimentaire avec comme slogan « remplissons les ventres et non les poubelles »
-une séance de dégustation d’un met local négligé « le boalboala »
La Journée mondiale de la soupe disco est un événement international créé par le Réseau des jeunes de Slow Food pour encourager le débat sur le gaspillage alimentaire, cuisiner des plats à partir de restes et partager un moment convivial. Tout a commencé par notre volonté de lutter ensemble contre le gaspillage alimentaire dans une ambiance festive, en nous réunissant et en dansant Disco Soup a vu le jour il y a 10 ans à Berlin, en Allemagne, sous le nom de Schnippeldisko, une « soupe de protestation » contre le gaspillage alimentaire qui a nourri 8000 personnes.
Dès lors, le concept a commencé à se répandre à travers le monde, offrant une manière ludique et porteuse de sens de mettre en lumière cette crise. De nombreuses éditions ont vu le jour. Chaque Disco Soup était organisé individuellement, s’appuyant sur des bénévoles locaux pour chaque détail, jusqu’à ce qu’en 2016, le Réseau des jeunes Slow Food Brésil organise une Journée nationale de la Disco Soup. Alors, pourquoi ne pas faire de même à l’échelle internationale ?
Cependant, au niveau de l’Afrique et en particulier du Burkina Faso même si la préoccupation du gaspillage alimentaire ne manque pas, nous mettons l’accent sur les aliments négligés ou sous consommés qui ont pourtant un grand apport pour la sécurité/souveraineté alimentaire de nos communautés et pays.
D’où notre thème national : « Consommons nos aliments locaux bons propres et justes pour notre sécurité/souveraineté alimentaire et notre environnement ».
Voilà en fait l’intérêt et le sens de la célébration de ce grand évènement.
Quel bilan faites-vous de cette activité ?
Vraiment nous sommes satisfaits de cette célébration car d’abord c’est cette année que nous avons commencé la célébration comme les autres SFYN dans les autres pays. Et au regard des activitès réalisées avec très peu de moyens et l’engouement constaté on peut être satisfait même si on aurait voulu faire mieux.
Il a été beaucoup question de lutter contre le gaspillage alimentaire. C’est quoi le gaspillage alimentaire ?
Ok le gaspillage alimentaire, il faut le comprendre simplement c’est lorsque seulement on prépare ou amasse plus de quantité de nourriture qu’il n’en faut et pire on jette les restes dans les poubelles pendant ce temps plein de personnes en manquent. Cela donc interpelle les ménages, mais aussi tous ceux qui sont acteurs dans l’agroalimentaire à préserver la nourriture en la partageant. Si vous préparez la nourriture par exemple un cuisinier et que vous savez que le lendemain ça va pourrir pourquoi ne pas chercher des personnes dans le besoin et leur donner au lieu d’attendre le lendemain pour jeter dans les poubelles ou si après avoir mangé et ça reste pensons d’abord à ceux qui n’en ont pas avant de tourner vers les poubelles.
Voilà pourquoi notre slogan dit : remplissons les ventres et non les poubelles.
Pour l’Afrique nous ajoutons la négligence alimentaire. La colonisation a fait que plein de nos aliments locaux sont négligés et rejetés par beaucoup d’africains. Nous devons revaloriser notre consommer local nos produits locaux ou nationaux. C’est très important. Nos babenda, nos zamné, nos gaonré, nos boalboala etc.
Quelle est la situation du gaspillage alimentaire au Burkina Faso et comment votre réseau fait pour lutter contre ce phénomène ?
Bon on n’a pas une étude là-dessus mais le constat fait est que des gens n’hésitent pas à jeter la nourriture dans les poubelles surtout en ville et ça pourrit, sent et dérange les voisins ou les passants. Pourtant d’autres personnes allaient s’en réjouir si on leur donnait ces restes de nourriture.
Les hôtels, les restaurateurs et autres vendeurs de rue comme les vendeurs de fruits passent le temps à jeter de la nourriture, des restes dans les poubelles, désormais nous voulons que ça soit « jeter » dans les ventres.
Nos actions pour le moment sont limitées au regard de nos moyens. Mais cette célébration est une occasion. Et aussi dans nos activités avec les restaurants et les jardins nous essayons de passer le message.
Quels sont vos rapports avec les autorités ?
Bon cette question devait être adressée plutôt au coordonnateur national. Mais de ce que je sais on n’a pas de rapport formel comme accord de collaboration, mais que ça soit sur le terrain ou à Ouagadougou nous essayons autant que nous le pouvons d’inviter les autorités à nos activités.
Vous vous rappelez que nous avons célébré les « 72heures » de la mère terre (terra madré) en décembre 2025 à Saaba avec la présence de Monsieur le President de la Délégation Speciale (PDS) que nous saluons encore de passage. Nous avons des marchés de la terre Slow Food au nombre de trois à Yako, à Saaba et à Kongoussi que nous avons lancés avec la bénédiction des PDS pour contribuer à la sensibilisation et au développement local. Merci encore à ces autorités qui nous accompagnent dans noble travail.

Quels sont vos sources de financement si ce n’est pas un secret ?
Il faut dire que Slow Food c’est un réseau, un mouvement, mais aussi une vision que chaque communauté peut mettre en œuvre pour la sauvegarde de la biodiversité biologique et culturelle. Ce n’est pas une structure de financement. Vous savez quand on parle de biodiversité c’est chaque localité chaque communauté qui peut déterminer ce qui lui revient selon son milieu. Donc notre engagement c’est amener tous les burkinabè à reconnaitre l’importance de la biodiversité et travailler ensemble à la protéger.
Par exemple pour cette célébration nous n’avons aucun financement ce sont nos moyens propres. Mais on est content de donner de la voix pour notre pays aussi pour lequel nous sommes convaincus que le thème du gaspillage et de la négligence alimentaire nous intéresse aussi.
Il y a des bonnes volontés qui apprécient ce que nous faisons et nous apportent leurs encouragements et leurs soutiens. Par exemple j’ai parlé des PDS ci-dessus, cette interview que Réveil Info nous offre est une forme importante de soutien pour nous. Après la célébration le 25 Avril, nous avons été reçus par Svane Tv le 27 Avril qui nous offert ses antennes pour une émission télé. C’est leur soutien. Nos remerciements renouvelés à toutes ces bonnes volontés. C’est du Faso meebo pour nous.
Quels sont vos rapports avec la FAO et le PAM ?
C’est aussi une question indiquée pour le coordonnateur national. Nous n’avons pas de rapport de collaboration formel à ma connaissance avec la FAO et le PAM malheureusement. Mais il faut dire que courant 2020 ou 2021 dans le moment du Covid19 Slow Food Burkina a eu un échange en ligne avec la FAO Burkina sous l’instigation de Slow Food international pour possible collaboration, mais le contexte du Covid n’a pas permis que les choses évoluent.
En tout cas nous sommes bien intéressés à collaborer avec ces structures que sont la FAO et le PAM qui font un excellent travail, pour la production et valorisation de la nourriture surtout saine. Nous allons essayer de prendre attaches avec elles, mais on reconnait que ce n’est pas souvent facile car il faut avoir une porte d’entrée.
Avez-vous un appel à lancer pour conclure ?
Oui notre appel c’est d’abord à l’endroit de la population. Depuis belle lurette nos ancêtres ont toujours eu de la considération je dirais même de la vénération pour la nourriture, malheureusement de nos jours cela tend à être perdu. La nourriture était vectrice de solidarité de cohésion sociale. Quand on a faim on trouvera toujours à manger de la part du voisin du parent ou du prochain. Jeter de la nourriture était interdit même dans nos sociétés. Donc notre appel Slow Foodien est de reconsidérer la nourriture comme un élément central de notre vie en société.
Pour les autorités, nous saluons vraiment la dynamique actuelle de valorisation de nos produits locaux c’est très important et même capitale pour nous.
Si nous revenons à notre culture à nos valeurs d’antan de vie, nous allons retrouver le havre de paix pour nos communautés. La colonisation nous a déroutés c’est à nous maintenant de savoir nous retrouver. Aux acteurs de l’agroalimentaire, de grâce ne jetons plus la nourriture.
Pensons aux autres et nous allons finir avec les crises qui nous assaillent.
« Ventre creux n’a point d’oreille » dit-on.
En tant que jeune j’interpelle vraiment la jeunesse à nous rejoindre pour ensemble nous engager à contribuer à changer les choses pour notre bien aujourd’hui et demain. Nos sincères remerciements au journal Réveil Info de nous avoir donné l’occasion de nous adresser aux lecteurs et à tout le public.
Bonne suite à votre journal et nous espérons nous revoir une prochaine fois.
Interview réalisée par Alex Kaboré
www.reveil-info.net
