21 avril 2026
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LES DISCOURS ET LA PENSEE POLITIQUE DE PHILIPPE ZINDA KABORE

Philippe Zinda Kaboré (1920-1947) fut une figure emblématique de la lutte anticoloniale et un pionnier du nationalisme en Haute-Volta (actuel Burkina Faso). Malgré une vie courte, ses interventions et ses écrits ont laissé une empreinte durable, caractérisée par une exigence de dignité, d’unité africaine et de modernisation politique
.
A. Citations Marquantes et Analyse Thématique

Les discours et les écrits de Philippe Zinda Kaboré révèlent une pensée politique audacieuse et visionnaire pour son époque. Plusieurs citations illustrent ses positions fermes :

1. Sur le Rôle des Élus Africains

« Allez dire à votre ministre, que les députés africains ne sont pas allés à l’Assemblée française pour acquis de consolider le colonialisme, mais bel et bien pour conquérir la dignité totale de l’homme noir, face à l’arrogance dominatrice de l’homme blanc. »

Cette déclaration, attribuée à Kaboré, souligne sa détermination à utiliser la tribune parlementaire non pas pour s’intégrer au système colonial, mais pour le contester de l’intérieur et revendiquer l’émancipation des peuples africains. Elle met en lumière son engagement profond en faveur de la dignité de l’homme noir et son opposition frontale à la domination coloniale.

2. Sur la Chefferie Traditionnelle

« Nos conducteurs coutumiers sont d’un autre siècle. Il faut, si nous voulons que vive le pays, les reléguer dans les linceuls rouges où dorment les Dieux de nos ancêtres. »

Cette citation révèle la position critique de Kaboré à l’égard de la chefferie traditionnelle. Bien qu’étant lui-même issu d’une famille de chefs Mossis, il considérait cette institution comme obsolète et souvent complice de l’administration coloniale. Il prônait une réforme profonde de la chefferie, suggérant son remplacement par des conseils élus, afin de moderniser la gouvernance et d’assurer une véritable autonomie politique .

3. Sur la Libération Humaine

« Il n’y a pas de libération sans la libération de l’homme quel qu’il soit. »

Cette pensée met en évidence la dimension universelle de son combat. Pour Kaboré, la lutte anticoloniale n’était pas seulement une quête d’indépendance territoriale, mais aussi une aspiration à la libération individuelle et collective, transcendant les clivages raciaux ou sociaux.

B. Thèmes Principaux de ses Interventions

Les interventions de Philippe Zinda Kaboré, tant à l’Assemblée Nationale française que dans ses écrits, s’articulaient autour de plusieurs axes majeurs :

– Reconstitution de la Haute-Volta : Son combat le plus ardent fut la restauration de la Haute-Volta, démembrée par l’administration coloniale en 1932. Il a inlassablement plaidé pour que cette entité territoriale retrouve son intégrité, un objectif qui sera atteint quelques mois après sa mort .

,- Unité Africaine : En tant que membre fondateur du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) en 1946 à Bamako, il était un fervent défenseur de l’unité des peuples africains. Il voyait dans cette unité la force nécessaire pour faire face au colonialisme et construire un avenir commun .

– Démocratisation et Modernisation Politique : Il critiquait les structures traditionnelles jugées archaïques et appelait à l’instauration d’une gouvernance moderne, basée sur les principes démocratiques et le suffrage universel. Sa vision était celle d’une société où la participation citoyenne remplacerait les systèmes de pouvoir hérités .
– Lutte Anticoloniale et Dignité : L’ensemble de son œuvre est imprégné d’une volonté farouche de lutter contre l’exploitation coloniale et de restaurer la dignité des Africains. Il s’opposait à toute forme de subordination et revendiquait l’égalité des droits et des opportunités .

C. Contexte Historique et Héritage

Élu député à l’Assemblée Nationale française le 10 novembre 1946, Philippe Zinda Kaboré a siégé pour la Côte-d’Ivoire (qui incluait alors la Haute-Volta). Son mandat fut de courte durée, puisqu’il décéda mystérieusement le 25 mai 1947 à Abidjan, à l’âge de 27 ans, alors qu’il se rendait à Paris pour une session parlementaire. Sa mort prématurée a suscité de nombreuses interrogations, certains y voyant un assassinat politique .

Quelques mois après sa disparition, la Haute-Volta fut reconstituée par la loi n°47-1707 du 4 septembre 1947, concrétisant ainsi l’un de ses rêves politiques majeurs [5]. Son héritage perdure au Burkina Faso, où il est reconnu comme un héros national et un symbole de la résistance anticoloniale.

Par Almundo Bouraima BARRY

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