MUSIQUE BURKINABÈ: CES NOSTALGIQUES MÉLODIES DE 1997


Vous savez quoi? Je prends du plaisir à réécouter de temps en temps les nombreux sons qui ont nourri les sorties discographiques de 1997 au Burkina! Cette année-là en effet, la musique moderne burkinabè a connu un grand bond qualitatif et quantitatif avec au total 19 cassettes et trois CD dans les bacs. Sauf erreur ou omission, j’avais comptabilisé 148 plages musicales, soit 144 titres et quatre reprises qui ont signé, entre révélations, découvertes et confirmations, le renouveau culturel du Burkina. Je vous propose à nouveau, en guise de mémo-souvenir, la rétro-découverte de ces chansons qui ont rythmé la fin des années 1990 au Burkina, entre souvenirs, nostalgie et (re)découverte…
Par Serge Mathias Tomondji
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L’année 1997 a été incontestablement féconde sur le plan des sorties de cassettes au Burkina Faso. En effet, pas moins de 19 cassettes de musique moderne ont inondé le marché discographique national, enrichissant notre patrimoine culturel de sonorités nouvelles. Au total, 144 titres ont été composés ou ré-arrangés et on a eu droit, en outre, à des reprises intéressantes.
C’est Nick Domby, la rockstar nationale, qui a ouvert le bal en janvier 1997 avec son célèbre «Mossi World groove».
Un album de huit titres qui fait date, notamment avec la chanson «Dans la zup», promue d’emblée au rang de hit, aussi bien au Burkina qu’en Afrique et ailleurs. Sans aucun doute, «Dans la zup» a fait fureur en 1997 et a encore de belles semaines devant elle. On remarquera aussi, sur le même album, une interprétation à la Domby de «Et pourtant» de l’illustre musicien français d’origine arménienne, Charles Aznavour. Sans compter les autres titres comme «Moaga Biiga», «Rasmata», «Razougou», «Ba yiri», «Soum T» et «Burkina Bila».
Ce même mois de janvier a vu la sortie de l’album de Roger Wango. Intitulé «Ragga de Ouaga», cette cassette de six titres comporte, outre le titre générique, des morceaux déjà bien connus et appréciés comme «Ninda», «Ratata», «Leila», «Boudo» et «Amsenana». La cassette s’est du reste très bien comportée dès sa sortie.
Puis celui qu’on appelle désormais «L’étalon de la musique moderne burkinabè», Zêdess, s’est fait signaler de fort belle manière en février 1997, avec la sortie de son troisième album, intitulé «Où allons-nous?» Un message philosophique et profond, une réflexion majeure sur la conception du développement au Nord, qui ne saurait convenir au Sud.

Car, «dans mon village on n’est pas développé, mais seuls les fous mangent (et) dorment dehors». Sur le même album, on appréciera «Directeur voleur», «Abus d’autorité», «Tu m’as eu», «Sugri», et aussi «Jo le maquisard» qui évoque les fins de mois où, quand «l’âne a pété, les feuilles vont tomber, Jo va maquiser avec le maximum de godets».
SALAKA VINCE
ET SAÏDOU KOANDA
En mars 1997, le Burkina musical enregistre deux œuvres de bonne facture: «Afriki dirigeants» du regretté Salaka Vince et «Zaksoaba et ses problèmes» de Saïdou Koanda. Salaka Vince, de son vrai nom Vincent Sanou, qui nous a malheureusement quittés le 17 avril 1997 a, en effet, légué pour la postérité musicale nationale, une cassette de six titres, produite par Seydoni production. On peut y écouter «Be voro do», «Mim ya kimira», «Wuro be tala yienan», «Kenan dan taa», « Kiou», et bien sûr «Afriki dirigeants», le titre générique de l’album, qui demande aux dirigeants africains de mettre tout en œuvre pour le bonheur de leurs peuples respectifs. Quant à Saidou Koanda, son «Zaksoaba et ses problèmes» a fait un véritable tabac. On se I’arrache, on le fredonne, on le consomme sans modération. Là aussi, il s’agit d’une cassette de six titres où, celui qu’on appelle «le pandore de la musique burkinabè» a mis un soin particulier, tout en dosant savamment cette touche personnelle dont il a le secret. À l’arrivée, cela donne un récital enchanteur et instructif avec «Yob yelle», «M’Nonga», «Police Poaka», «Africa», «Zaksaba», «Faso Naaba».

«TOUT LE MONDE
ET PERSONNE»
Deux autres œuvres suivront au cours du même mois de mars, tous deux de bonne qualité mais d’un genre quelque peu spécifique. Il s’agit tout d’abord de «Afrique tienfo», un album de cinq titres (plus une reprise) signés Naky Zerbo et produit par Faso Ambiance. On écoutera avec plaisir «Bassi Boudou Wouélégré», qui parle de discrimination raciale, et «Afrique tienfo», justement, qui évoque, sur des airs griots, la libération de l’Afrique, la démocratie, l’intégration régionale… Sur le même album, on peut noter des titres comme «Dafin Den», «Faso bienko» et «Arguinai».
Il s’agit ensuite de la cassette de Solo Kabako, de son vrai nom Souleymane Sanou, également produite par Faso Ambiance. Intitulée «Burkina cubain», c’est un album plein de vie, d’humour et de leçons pour un artiste qui a malheureusement perdu l’usage de ses yeux. Notre André Marie Tala à nous, quoi! Outre «Burkina cubain», un chef-d’œuvre original, cet opus de huit titres propose donc un voyage révélateur à travers «Ambiance lolo», «Djarabi», «En kanou», «Far woize», «A na Ban», «Bana magni» et le fameux «Ndogo mousso» qui évoque la prostitution, très applaudi à la Semaine nationale de la culture, SNC-Bobo’1996.
Dans la série des cassettes sorties en 1997, «Tout le monde et personne» de Black So Man, qui a inondé les ondes nationales et sous-régionales dès avril, reste encore, de loin, l’album-phare ici au Faso. Déjà au top avec
«Adji» et «On s’en fout» notamment, la cote de la cassette de Black So Man a connu une ascension foudroyante après l’accident de l’artiste, survenu dans la nuit du 30 au 31 décembre 1997. On veut réécouter «J’étais au
procès», «Système du vampire», «Tu peux encore revenir» et «Maman». Après cette sortie remarquable, il a fallu attendre juillet pour déguster le contenu de deux autres albums non moins remarquables, une compilation du «Gandaogo national», Georges Ouédraogo, et «Kanou», le nouvel album de Amity Méria. Georges Ouédraogo, on le sait, a marqué son époque de sa voix inimitable et de son talent inégalé à peindre, dans son mooré chéri, les clichés de notre société. Avec cette composition intitulée «Best of-25 ans de musique», le Gandaogo national remet dans l’actualité musicale nationale, tous ses titres évocateurs qui soulignent encore la riche et formidable carrière d’un musicien de renom: «Pougzinga», «Winafica» «Adjaratou», «Pougdoda», «Katokato»… Au total, ce sont 15 plages musicales souvenirs que vous écouterez et aimerez sur cette cassette.
AMITY MÉRIA
DONNE DE L’AMOUR!
Amity Méria, quant à elle, nous revient avec «Kanou» (Amour), un album de sept titres (plus une reprise) conçu sur le thème général de l’amour dans son sens le plus large. Mais, c’est, à notre avis, «Bassètou» qui tranche sur cette cassette, du point de vue de sa conception artistique et de l’arrangement musical. On adorera aussi, sans doute «A té korobo» qui évoque la solitude et donne des conseils sur les péripéties de la vie. Mais reconnaissons que tous les autres titres se laissent écouter agréablement. Tels «La paix», «Antonio», «Balaw magni», «Nadéni», «Ra loogyé», «Joséphine», et bien sûr «Kanou», qui est une sorte de prière qui interpelle chacun à la solidarité, la fraternité, l’amour du prochain. En tout cas, l’album se comporte très bien, non seulement au Burkina Faso et dans la sous-région, mais également en France et en Allemagne. Et c’est bon pour le moral!
… Puis vint le rap burkinabè! En ce mois d’août 1997 de vacances, où les pluies se faisaient capricieuses, un album tout rap atterrit bruyamment sur la galaxie musicale burkinabè et mondiale. Son auteur? Le jeune Souleymane Ouédraogo, étudiant à l’université de Ouagadougou, plus connu sous le pseudonyme de Basic Soul. Cet album de 12 titres, conçu et réalisé selon le code déontologique du rap, est un vrai délice. Produit par Promaco, l’album parle du sida, bien entendu, ainsi que de la princesse Yennenga dans un rap-liwaga on ne peut plus sublime, et des conditions de vie des jeunes (Ismaël)… On écoutera avec bonheur «1960, année zéro», «Il y a des jours comme ça», «Down my luck», «Let’s continue», et évidemment «Arrêt sur image», qui donne son titre à l’album. Là, l’image s’arrête sur le sida et donne la chair de poule. Eh oui, «c’est l’espoir en otage… Quel que soit ton ramage, le mal est dans ton sillage».
AH, LES FILLES DE TOUNOUMA!
Passons sur la cassette de quatre titres («Adeline», «Tegue», «L’amour n’a pas de frontière» et «Ellie») de Freddy Nékédoua, sortie également en août, pour nous arrêter sur l’album «Rénovation» de Tidiani Coulibaly. Mis sur le marché du disque en septembre dernier, cet album est, lui aussi, un véritable régal, un voyage adorable entre le zouk love et le batchégué, avec un soupçon de reggae. «Nous n’avons pas de pétrole, pas de diamant, pas de mer, mais nous comptons sur nos bras valides», dit l’artiste dans «Burkina dyara».
Mais si «les filles de Tounouma sont jolies et bien gentilles, elles n’aiment pas les garçons qui sont frivoles et pas sérieux». Gourmand, Tidiani l’a appris à ses dépens. Sa «go» entendra-t-elle ses cris de détresse et lui reviendra-t-elle? Ce qui est sûr, on ne permettra pas au «baobab de la musique burkinabè» de prendre sa retraite ainsi qu’il le réclame dans l’une de ses chansons. Dans un rock’n roll enlevé, le salsero de Bobo avoue en effet qu’après plus de 20 ans de musique, «je n’ai jamais un sou en poche. J’ai chanté pour l’argent, pour les hommes, pour les femmes… (il n’y a) pas de solution». Alors, «je demande ma retraite!» Non, mon cher, demande rejetée.
OUSMENEZ, SANDWIDI, TALL…
Et voilà Ousmenez qui nous crie sa déception, un jour de septembre 1997. L’album est aussi beau que son auteur, et comporte six titres, «Nanson», «Djamalou», «Woro-bo», «Coup de douleur», «Kèle magni» et «Djanfa», qui est sur toutes les lèvres car «la femme (l’homme) à qui j’ai tout donné, m’a trahi (e), roulé (e)… ».
Jimas Sandwidi évoque lui aussi une autre forme de déception sentimentale lorsqu’il affirme, avec force rime, à la femme de ses rêves, que: «Je t’aime comme un fou-Mais tu t’en fous». Jules Martin Sandwidi vit en Allemagne, où il a enregistré cette cassette de six titres intitulée «Sakda Naaba», un reggae de bon cru. «Yimako» est aussi un chef-d’œuvre en son genre et on aimera certainement «Where are you?», «Mipi» et «One love, one world». La sortie de la cassette remonte à octobre 1997, de même que celle de Ousmane Baldé, qui offre pas moins de onze plages musicales dont deux titres qui rendent hommage aux femmes («Dounia mousso», et «8-Mars»). Baptisé «World music-Terra», l’album réédite des morceaux comme «Larlé Kouma» et «Adama». On peut également y écouter «Terra», «L’amitié», «Lamou Sare» et autre «Samba Samba».
Mountaga Tall, lui, a sorti «Mi tampi» (souffrance) en novembre. Un album de 9 titres (plus une reprise) à travers lequel on se promène de «Walking alone» à «Yelémani», en passant par «Kan Kelen», «Prostitution», «Zass 98» «Ball ya zass», «Horo ya», «Festival». On remarquera que l’événement CAN’98 n’a pas échappé à la sagacité de l’artiste.
PIERRE SANDWIDI ET
LE «COUSIN HALIDOU»
Pierre Sandwidi n’a pas chanté la CAN’98, mais a adressé une lettre à son «Cousin Halidou», qui souligne toutes les difficultés à vivre à l’étranger: «J’ai coupé ananas à Côte d’Ivoire, j’ai coupé des forêts à Gabon Libreville, j’ai parti creuser l’or Katanga du Zaïre, j’ai cherché le diamant Monrovia Liberia, j’ai cherché le magot, mais je n’a pas eu lui… », écrit Moussa à son cousin Halidou. Mais ça, «c’est entre nous, faut pas dire à quelqu’un. Dis à mon père et à mon mère que ça va mon santé!» Sorti en décembre 1997, l’album comporte cinq titres (plus une reprise) qui se laissent écouter. On fera une halte intéressante sur «Boanga président» qui rêve de «refaire le monde, un monde de bonheur, de paix, de fraternité, de justice pour tous les hommes». Surtout, ne vous y trompez pas, ils disent tous cela! «Nougbinga», «Balade» («Toi que j’aime, allons faire une balade») et «Kirga» sont les autres titres de l’album.
Terminons le tour d’horizon des cassettes sorties en 1997 par nos artistes nationaux en signalant l’œuvre de Yellow Dragon, qui comporte six titres, «Kwaya sitche», «Swemam», «Dunian», «Deny», «Farafina tchebaw» et «Cafisa».
On le voit, l’année musicale a été particulièrement riche en 1997 et on ne peut que souhaiter que cela continue sur cette lancée en 1998.
© Serge Mathias Tomondji
Avec l’aimable collaboration
de Boureima Djiga
(in Évasion N°83 du vendredi 16 janvier 1998)
Reveil-info
