8 février 2026
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#Justice : Un déplacé interne vole son bienfaiteur pour nourrir sa famille

La précarité sociale peut-elle justifier un acte pénalement répréhensible ? C’est toute la question posée à la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso dans une affaire opposant un déplacé interne à celui qui lui avait tendu la main.

Walid, nom d’emprunt, 34 ans, cultivateur de profession et domicilié à Bobo-Dioulasso, est poursuivi pour vol au préjudice de Siaka, également nom d’emprunt. Les faits qui lui sont reprochés remontent au mois de décembre 2025.

Originaire d’une autre localité du pays, Walid vivait avec sa famille dans cette localité jusqu’en 2024, année marquée par une dégradation de la situation sécuritaire. Contraint de fuir, il se réfugie à Bobo-Dioulasso avec les siens, à l’instar de nombreuses autres personnes déplacées internes.

À son arrivée, Siaka, une de ses connaissances résidant à Bobo, lui apporte son soutien en lui offrant gratuitement un local pour y loger avec sa famille. La cour abritait plusieurs maisons, dont celle occupée par Walid. Aucun loyer n’était exigé. En contrepartie, Walid devait remettre à son bienfaiteur un sac de ciment par mois, à titre symbolique de reconnaissance.

Pendant près de dix mois, Walid bénéficie de cet hébergement. Menuisier de formation, il tente de s’en sortir à Bobo-Dioulasso à travers de petits travaux. Mais très vite, la réalité économique le rattrape. Les revenus sont insuffisants, les charges familiales lourdes et la nourriture se fait rare.

Acculé par la misère, Walid prend alors une décision lourde de conséquences. Il démonte quatre portes et fenêtres du local qu’il occupait pour les vendre et subvenir aux besoins immédiats de sa famille. Les maisons de la cour se retrouvent ainsi dépourvues de portes et de fenêtres.

C’est lors d’une visite dans sa cour que Siaka constate les dégâts. Interrogé, Walid est désigné comme l’auteur des faits. Cette situation conduira à son interpellation et à son placement à la Maison d’arrêt et de correction de Bobo-Dioulasso.

Le 3 février 2026, Walid comparaît devant la chambre correctionnelle du TGI de Bobo pour répondre des faits de vol.

À la barre, le prévenu reconnaît sans détour les faits qui lui sont reprochés. Il explique avoir agi dans l’unique intention de nourrir sa famille, tout en admettant avoir mal agi envers celui qui lui avait porté assistance.

Interrogé par le tribunal, il déclare avoir vendu les portes et fenêtres aussitôt après les avoir enlevées. À la question de savoir s’il comptait continuer à vivre dans la cour après avoir démonté les portes, Walid répond par l’affirmative, expliquant qu’il n’avait nulle part où aller.

Pourquoi avoir mûri une telle idée ?
« J’avais besoin d’argent pour prendre soin de ma famille », répond-il.

Le tribunal lui demande alors s’il estime que Siaka avait mal fait de lui venir en aide.
« Non, il a bien fait. Il m’a vraiment aidé », reconnaît le prévenu, invoquant une fois de plus ses difficultés financières pour expliquer son geste.

Pour le ministère public, les faits sont clairs. Les éléments constitutifs de l’infraction de vol sont réunis :
– un acte matériel, à travers la soustraction frauduleuse de biens appartenant à autrui ;
– une intention coupable, caractérisée malgré le contexte de précarité invoqué par le prévenu.

Dans ses réquisitions, le parquet a demandé au tribunal de déclarer Walid coupable de l’infraction de vol, de le maintenir dans les liens de l’instance et, sur la répression, de le condamner à 12 mois d’emprisonnement ferme et à une amende de 500 000 FCFA assortie de sursis, sur le fondement des articles 611-1 et 611-2 du Code pénal.

Le délibéré est attendu pour le 17 février 2026.

NB: photo Illustration

BurkinaOnline

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