𝙇𝙐𝙈𝙀𝙉 𝙎𝙄𝙏
QUAND L’EXTRADITION DE PAUL-HENRI SANDAOGO DAMIBA PAR LE TOGO VERS SON PAYS AGACE ET CHOQUE EN CÔTE D’IVOIRE : QUEL PARADOXE !
𝗣𝗮𝗿 𝗝𝗲𝗮𝗻-𝗣𝗶𝗲𝗿𝗿𝗲 𝗗𝗢𝗨𝗕𝗔𝗛𝗜
Page Facebook Guillaume Soro

D’abord par des dépêches, puis par un communiqué officiel du Garde des sceaux, Ministre burkinabè de la justice daté du 19 janvier 2026, l’on apprenait l’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba, ancien chef de la transition militaire au Burkina Faso, exilé au Togo depuis sa chute en septembre 2022. Si cette extradition, qui s’inscrit dans les vieilles traditions juridico-diplomatiques entre États, n’a rien de choquant, ce qui par contre choque, c’est le choc et l’agacement visiblement causés, non pas au Burkina Faso encore moins au Togo, mais en Côte d’Ivoire. Aussi paradoxal que cela puisse paraître.
Quand la presse évoque l’agacement du Président Ouattara.
Nous l’avons aussi appris de Africa Intelligence, premier site d’actualité politique et économique en Afrique. Le président ivoirien Alassane Ouattara, n’aurait pas du tout apprécié l’extradition par le Togo, de Damiba vers Ouaga. Et le site de préciser qu’aux yeux du Chef d’État ivoirien, « ce transfert crée un précédent sensible dans les demandes formulées par les pays de l’AES concernant l’extradition de leurs ressortissants et anciens responsables politiques réfugiés ou en exil dans d’autres capitales ouest-africaines. » Abidjan envisage même d’évoquer le cas avec plusieurs capitales de la sous-région ouest-africaine.
Les communicants du régime d’Abidjan pas en reste.
Dès l’annonce de la nouvelle qui a surpris plus d’un, les réseaux sociaux se sont enflammés, notamment sur les pages proches du pouvoir d’Abidjan ou appartenant à ses communicants. Ça grogne et ça fulmine non sans lancer des imprécations contre le Togo et son Président du Conseil accusés à tort de trahison (?) et de complicité de liquidation d’un adversaire au régime burkinabè. Certains vont jusqu’à craindre pour la vie du « colis » subitement devenu précieux à leurs yeux.
Le paradoxe d’un agacement à Abidjan.
L’agacement et la mauvaise humeur manifestés par le pouvoir d’Abidjan et ses plumitifs subalternes par cette extradition traduisent un paradoxe majuscule pour qui sait les nombreuses extraditions obtenues par les autorités ivoiriennes ou exécutées par elles à la demande d’autres États. Et en l’espèce, la liste est longue, de cadres civils et militaires proches de l’ex-président Laurent Gbagbo qui ont été extradés du Ghana, de la Mauritanie, du Togo (pays aujourd’hui vilipendé) pour des raisons diverses dont principalement la tentative de déstabilisation et l’atteinte à la sûreté de l’État, toute chose imputée à Damiba et qui lui a valu l’extradition. On peut citer pêle-mêle : le Commandant Abehi, Jean-Yves Dibopieu, le Ministre Lida Kouassi Moïse, l’activiste Steve Biko… La liste n’est pas exhaustive. Dans tous les cas cités, l’on a félicité les autorités de pays frères et amis pour leur franche coopération non sans magnifier la grandeur et la puissance diplomatique du chef de l’État ivoirien à l’international.
L’échec cuisant à extrader l’opposant Guillaume Soro.
Si le Gouvernement ivoirien peut se targuer d’avoir engrangé des succès sur le front diplomatique en matière d’extradition d’opposants, il s’est par contre jusqu’à ce jour, cassé les dents sur le dossier Guillaume Soro, l’opposant devenu subversif et comploteur seulement dès sa rupture avec le parti au pouvoir. Le Président ivoirien, confiant, s’était pourtant juré d’obtenir son extradition. C’était en 2020 à Bouaké, au cours du meeting de lancement de sa campagne de candidat inconstitutionnel à un troisième mandat tout aussi inconstitutionnel à la présidentielle. Il avait alors déclaré : « Il y a un garçon irrespectueux, enivré par l’argent, qui prétend depuis Paris m’avoir installé au pouvoir grâce à la rébellion. Pourtant il ne savait même pas manier un simple revolver. Il en aura pour son compte bientôt car nous allons demander à la France de l’extrader pour soutien au terrorisme. On mettra un terme à ses enfantillages ».
Cette promesse acrimonieuse d’Alassane Ouattara, dénuée de toute retenue, n’a pu être par lui tenue six ans après. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé avec tous les moyens humains, matériels et financiers nécessaires.
Au regard de tout ce qui précède, comment ne pas être intrigué par les agacements, l’indignation et la colère provoqués sur les bords de la lagune Ebrié par le dossier Damiba ? Que peut bien cacher l’incohérence d’une telle posture à géométrie variable vis-à-vis de la pratique des extraditions ?
