Il dit aux juges : « Vous êtes mon Dieu. Si vous me condamnez à 15 ans de prison ferme, mon existence n’aura plus de sens »
Koffi et Kona (noms d’emprunt), tous deux expatriés, ont comparu le 25 novembre dernier devant les juges de la chambre criminelle du TGI de Bobo-Dioulasso. Ils viennent de deux pays voisins du Burkina Faso. Ils étaient poursuivis pour trafic international de drogue à haut risque.
À la barre, ils ont reconnu certains faits mais en ont nié d’autres.
Les deux sont amis depuis quelques années déjà. Ils se sont connus lors de travaux au Burkina Faso. C’est Kona qui s’est lancé dans la vente de cannabis. Il explique que c’est un de ses amis, resté au pays, qui lui en a fait la proposition. Il s’approvisionnait et revendait en ville. Lorsque certains clients voulaient passer chercher la marchandise à la maison, il leur communiquait le contact de son ami Koffi afin que celui-ci leur indique son domicile, car lui-même ne maîtrisait pas la langue française. C’est ainsi que Koffi fut impliqué dans le trafic.
Selon la version de Koffi, avant qu’il ne se lance dans la vente de drogue, son ami l’en avait informé, mais il avait décliné l’offre, la jugeant très dangereuse. « Je savais qu’il vendait de la drogue. Mais je ne sais pas où il se ravitaillait. Il a payé une fois mon loyer », a-t-il reconnu sous l’insistance des juges.
Les juges demandent alors à Kona où il obtenait la drogue. Il répond que c’est un ami qui le fournissait, mais qu’il savait que cela provenait du Ghana. « Je commandais avec quelqu’un qui se trouve à la frontière. C’est lui qui sait d’où ça vient », a-t-il expliqué aux juges, tentant de se soustraire aux faits de trafic international.
Mais le procureur voit les choses autrement. Pour lui, les faits de trafic international sont amplement caractérisés à l’encontre des deux accusés, qui savaient pertinemment que la drogue venait du Ghana.
Au regard de leur implication dans l’affaire, le procureur a requis leur culpabilité et une condamnation à 15 ans de prison ferme, une amende de 20 millions de francs CFA ferme et une interdiction de séjour sur le territoire burkinabè pendant 10 ans pour chacun.
Prenant la parole pour son dernier mot, Koffi a déclaré :
« Vous êtes mon Dieu. Je suis orphelin de père. Actuellement, je suis marié à deux Burkinabè. J’ai envoyé l’une accoucher auprès de ma mère dans mon pays. Celle qui est avec moi est également enceinte. Quand j’étais à la maison d’arrêt, elle est venue me dire que le bailleur lui a demandé de quitter les lieux à la fin de ce mois. Si vous me condamnez à 15 ans de prison ferme, mon existence n’aura plus de sens. Si je n’existais pas, ce serait mieux », a-t-il dit, les larmes presque aux yeux.
Les juges lui ont répondu :
« Ne nous mets pas en conflit avec Dieu. Nous ne sommes pas Dieu. Nous sommes juste des êtres humains qui appliquent les lois du pays », a rétorqué l’un des juges du siège.
C’est sur ces mots que l’accusé a regagné sa place, espérant obtenir la clémence du tribunal.
Ses souhaits ont été en partie exaucés, car dans son délibéré du 27 novembre 2025, le tribunal a condamné Kona à 11 ans de prison et 10 000 000 FCFA, le tout ferme. Quant à Koffi, il a écopé de deux ans de prison et d’une amende d’un million FCFA, le tout ferme.
Justice Infos Burkina

