30 janvier 2026
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L’AFRIQUE ET LE MONDE REGARDENT LE SOUDAN : LE SILENCE N’EST PLUS UNE OPTION !
Un drame humanitaire sous nos yeux
Depuis avril 2023, le Soudan s’enfonce dans une guerre fratricide aux conséquences humanitaires dramatiques. Plus de 12 millions de personnes ont été déplacées, des milliers ont perdu la vie, et des villes entières ont été détruites. Des hôpitaux bombardés, des écoles fermées, des enfants sans abri ni avenir : un peuple tout entier pris en otage par la violence.
Khartoum, jadis symbole d’histoire et de puissance, n’est plus que l’ombre d’elle-même.
Et le monde regarde, non pas indifférent, mais avec une action encore trop en deçà de l’urgence. Mais ce qui interpelle le plus, c’est que l’Afrique elle-même regarde.
L’Afrique ne peut pas rester spectatrice du malheur africain
L’Union africaine, a certes déjà eu quelques réactions notamment :
• Le 11 février 2025, où elle a reconnu officiellement la gravité de la crise et appelé à un effort collectif et à un dialogue inclusif.
• Le 27 octobre 2025, où la Présidence de la Commission a condamné les atrocités commises à El Fasher.
• Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) a publié des communiqués les 11 mars et 29 juillet 2025, rejetant la reconnaissance d’un gouvernement parallèle créé par les RSF et réaffirmant la nécessité d’un processus politique unifié.
Ces positions sont importantes. Mais elles restent essentiellement déclaratives, sans mise en œuvre concrète ni coordination suffisante avec les États membres et les blocs régionaux.
Le leadership africain demeure à renforcer.
L’Afrique ne peut pas se contenter de constater l’incendie, sans comprendre que chaque conflit non maîtrisé fragilise l’ensemble du continent.
Le Soudan est le miroir de nos fragilités collectives :
– la multiplication des acteurs étrangers dans nos crises internes,
– la suspension du Soudan de l’UA, symbole d’une impasse diplomatique,
– et le risque de contagion régionale
Une Union africaine à refonder dans l’action
L’Agenda 2063 proclame une Afrique intégrée, pacifique et prospère. Mais ces ambitions resteront théoriques tant que les mécanismes africains de prévention et d’intervention rapide ne seront pas pleinement opérationnels.
L’Union africaine dispose déjà d’une architecture africaine de paix et de sécurité (AAPS), du Mécanisme d’alerte rapide, du Conseil de paix et de sécurité, et de capacités régionales.
Pourtant, ces instruments peinent à produire des effets tangibles, freinés par :
– le manque de moyens financiers,
– la dépendance aux bailleurs extérieurs,
– les divergences politiques entre États membres,
– et des contraintes juridiques qui limitent l’intervention sans consensus clair.
Ce n’est pas d’une Union « silencieuse » qu’il s’agit, mais d’une Union qui doit passer davantage de la parole aux actes, reprendre l’audace et la vision de ses fondateurs, et affirmer davantage son autonomie stratégique dans la gestion des crises africaines.
L’urgence d’une réponse africaine et humanitaire
L’Afrique doit parler d’une seule voix et agir.
Elle doit :
– Renforcer la médiation directe entre les belligérants, en soutenant les efforts déjà engagés par l’Intergovernmental Authority on Development (IGAD) bras diplomatique de l’Afrique de l’Est qui joue un rôle de médiation régionale en coordination avec l’Union africaine et l’ONU.
– Créer un corridor humanitaire africain, coordonné par l’UA avec le soutien logistique des États membres ;
– Et accompagner un dialogue politique inclusif.
Ce n’est pas une utopie : c’est une responsabilité continentale. Car laisser les grandes puissances avoir plus de pieds dans la définition du destin du Soudan, c’est accepter que l’Afrique reste un terrain d’influence plutôt qu’un acteur souverain.
Le drame soudanais révèle une vérité dérangeante : notre union politique reste fragile, car notre solidarité reste sélective.
Nous dénonçons à juste titre les ingérences extérieures, mais nous restons souvent muets face à la souffrance de nos propres peuples.
L’Afrique ne doit pas devenir une communauté d’indifférence, mais une communauté de destin.
Le moment est venu pour l’Union africaine d’agir vraiment, non pour publier un énième communiqué, mais pour sauver des vies, réaffirmer la solidarité africaine, et restaurer la confiance des peuples dans leur Union. Car chaque guerre non arrêtée sur notre continent prépare la suivante.
Dr Harouna KABORE

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