19 mars 2026
Home » Chronique du Lundi- Cameroun : le feu discret

Le President BIYA

Le Cameroun aurait dû être un phare. Un pays d’avant-garde, un modèle d’équilibre et de clairvoyance pour l’Afrique centrale. Mais le destin en a décidé autrement : le phare s’est éteint, et la lumière s’est faite timide, vacillante, presque honteuse d’elle-même.

Depuis plus de quarante ans, Paul Biya règne sur un pays qu’il ne semble plus habiter. Autour de lui, une cour de vieillards s’accroche à la mangeoire du pouvoir comme à une bouée de survie.

Et tout un peuple regarde, impuissant, résigné.

Alors, la question se pose : le Cameroun est-il victime d’un sort, d’un attachement morbide à son propre malheur ?

Ou bien s’agit-il simplement d’une lâcheté tranquille, celle d’une élite qui préfère le confort du silence à la rigueur du courage ?

Pourtant, sous les cendres, le feu persiste.

On le devine dans les murmures, dans les colères contenues, dans la lassitude muette de la jeunesse.

Même ceux de la diaspora, et des chroniqueurs politiques acerbes longtemps plus prompts à juger les autres qu’à se regarder dans le miroir, sentent le vent tourner.

“Quand le tambour change de rythme, le danseur doit changer de pas.”

Et au Cameroun, la musique du pouvoir devient dissonante.

Ces dernières semaines, le ton est monté d’un cran.

La réélection contestée de Paul Biya, à 92 ans, avec un score officiel de 53 %, a mis le feu aux poudres.

À Douala, Yaoundé et Bafoussam, Garoua (capitale de la Région du Nord), des milliers de jeunes, femmes et vieux sont descendus dans les rues pour dénoncer ce qu’ils appellent un « hold-up électoral ».

La répression fut immédiate et demeure depuis ces dernières heures : tirs à balles réelles, gaz lacrymogènes, arrestations massives.

Plusieurs morts sont déjà recensés, des dizaines de blessés, et des centaines d’arrestations signalées.

Mais malgré la peur, les foules continuent de se rassembler.

Les slogans se multiplient, les drapeaux se lèvent, les visages se découvrent.

Ce n’est plus un murmure : c’est un grondement.

Et chacun sait que “lorsqu’on comprime trop le ressort, il finit par jaillir.”

L’Afrique centrale regarde, inquiète.

Car ce qui brûle à Yaoundé pourrait bien enflammer tout un bloc encore endormi sous la poussière des vieilles monarchies politiques.

Les tempêtes du Sahel (AES), nées du refus des tutelles et de la dignité bafouée, descendent lentement vers le Sud.

Les peuples compriment leur colère, mais les signes d’une insurrection ne trompent plus.

Quand les rues se remplissent malgré les fusils, quand les slogans deviennent plus forts que les ordres, le pouvoir entre dans sa dernière saison.

Le Cameroun, feu discret aujourd’hui, pourrait devenir demain le brasier d’un renouveau continental.

“Quand la case du voisin brûle, on doit aller chercher de l’eau pour la sienne.”

De Yaoundé à Brazzaville, les signes sont là : les peuples se lassent d’être gouvernés sans être écoutés.

Ils veulent respirer, choisir, exister.

Et pendant que les puissances extérieures s’effritent dans leurs illusions de contrôle, une Afrique nouvelle se dresse, plus consciente, plus déterminée, plus fière.

Une Afrique qui veut enfin décider d’elle-même, par elle-même et pour elle-même.

Si la flamme jaillit du Cameroun, alors le feu ne sera plus discret.

Il sera purificateur.

Et dans sa lumière, peut-être verra-t-on enfin poindre le vrai jour d’Afrique.

Célère

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