Plus rien ne va pour la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) tant toutes les conjonctures concourent aujourd’hui à son effondrement.
Une existence au bilan mitigé
Créée le 28 mai 1975 à Lagos, au Nigeria, l’organisation sous-régionale s’assignait pour objectifs la promotion de la coopération et surtout l’intégration économique entre les Etats membres alors au nombre de 15. Le Cap-Vert l’a par la suite intégrée en 1976 tandis que la Mauritanie s’en est retirée en 2000. Ce retrait obéissait davantage à des raisons culturelles et économiques.
Si la CEDEAO a bénéficié d’un relatif succès, c’est bien dans le domaine de la libre circulation des personnes et des biens grâce à la mise en place d’un protocole permettant aux citoyens des 15 pays membres de se déplacer librement dans l’espace sous-régional sans visa, favorisant ainsi l’objectif d’une intégration régionale.
La CEDEAO, syndicat des chefs d’État et caisse de résonance des puissances impérialistes.
L’amorce démocratique entamée par l’Afrique en 1990, loin de stabiliser politiquement la sous-région, a ravivé des tensions internes aux États. Face à ces crises, la CEDEAO décida de s’ériger en gendarme de la démocratie. Bonne initiative ! Sauf que son tort aura été de se muer en défenseure des chefs d’État victimes de coups d’État militaires et d’ignorer les droits humains et des peuples face aux abus et dérives des mêmes chefs d’État. Tout portant donc à croire dans la posture de la CEDEAO, que la démocratie résidait dans le respect de l’ordre voulu par les chefs d’État, non dans l’ordre constitutionnel et démocratique qui exige l’organisation d’élections transparentes, crédibles, le respect des droits et des libertés des gouvernés. Tant que les peuples se font massacrer par des dictateurs, l’organisation sous-régionale ne réagit pas. Mais dès qu’il s’agit d’un coup d’État visant un dictateur, elle réagit vent debout, faisant pleuvoir des sanctions parfois inhumaines et davantage nocives pour les peuples que pour les soldats putschistes. Voilà comment au fil des années, la CEDEAO s’érigea en syndicat des chefs d’État contre les peuples. Ce syndicat, dans la quête des intérêts de ses membres, a dans une démarche complice, fini par s’acoquiner avec les puissances occidentales.
L’éveil souverainiste en Afrique et la création de l’AES
La montée du courant souverainiste ces dernières années en Afrique a fortement contribué au rejet par les peuples, de la CEDEAO devenue et vue comme un instrument de l’impérialisme et du néocolonialisme.
Ce courant souverainiste emporta successivement les régimes civils corrompus et vomis du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Des soldats patriotes prirent la tête des révolutions populaires et marquèrent la rupture. Ce qui ne fut pas du goût de la CEDEAO qui téléguidée depuis l’Elysée, prit des sanctions illégales (non prévues par les textes de l’organisation) et inhumaines. Par instinct de solidarité, les peuples des 3 pays décidèrent de se solidariser puis de se retirer de la CEDEAO pour créer l’alternative crédible qui est aujourd’hui connu sous le nom de la Confédération des États du Sahel (AES).
Le dernier événement qui en dit long sur la déconfiture
La crise politique couve en Guinée-Bissau, pays de Umaro Sissoko Embalo, ancien Président en exercice de la CEDEAO qui mena l’inquisition contre les 3 pays de l’AES pour rupture de l’ordre constitutionnel. Et pourtant la crise politique actuelle dans son pays est née de la fin de son mandat constitutionnel et de sa volonté de s’accrocher au mandat inconstitutionnel qu’il exerce jusqu’à novembre 2025.
Pire, la mission mandatée par la CEDEAO pour résoudre la crise a dû quitter précipitamment le pays parce que menacée par Embalo, le désormais putschiste constitutionnel. Un signe supplémentaire de l’évanescence d’une organisation sous-régionale qui a amorcé depuis bientôt 3 ans, sa marche irréversible vers l’autodestruction.
Par Jean-Pierre Doubahi
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