La prestation de Alpha Blondy au FESPACO de 1999 n'avait pas plus aux autorités de l'époque du Burkina Faso
En février de l’année 1999, cela faisait quelques semaines qu’on avait assassiné le directeur de publication de l’Indépendant, Norbert Zongo. Et c’était pendant ce mois que devait se tenir le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO).
Le climat au Burkina Faso et particulièrement dans la capitale était délétère. Le Collectif des organisations démocratiques des masses et des partis politiques est dans un conflit larvé avec les tenants du pouvoir de l’époque. Le festival est toujours une occasion pour tous les régimes qui se sont succédé au Burkina Faso d’embellir leurs images. Le pouvoir en proie à ces difficultés devait saisir le bon que lui offrait le FESPACO.
Pendant les préparatifs le comité national d’organisation cogitait sur comment faire pour présenter une image acceptable du pays écorné par l’holocauste du Sapouy qui a emporté Norbert Zongo et ses compagnons. En février 1999, le festival célébrait par-ailleurs ses 30 ans mais dans une situation de tension dans les esprits à Ouagadougou.
Les organisateurs avaient pour pari la mobilisation. Dans un environnement de désintérêt de la population, on allait constater l’échec de cette édition et peut-être installer le doute sur le rendez-vous bisannuel. Et ce signe éroderait l’image de l’institution.
L’équipe commise à l’organisation de l’édition avait eu l’ingénieuse idée d’associer une star de la musique africaine à l’activité. Elle n’est pas allée loin pour trouver celui qui allait sonner la mobilisation. Les organisateurs ont jeté leur dévolu sur la star africaine du reggae, Alpha Blondy. Ceux qui avaient misé sur Saïdou Koné, le nom de l’artiste à l’Etat-civil avaient vu juste.
A la cérémonie d’ouverture le stade du 4 Août affichait plein, le public a pris d’assaut le temple du football Burkinabè. Mais dès que les officiels avec à leur tête l’ex- président du Faso Blaise Compaoré installé Alpha Blondy entonne une chanson connu des mélomanes du continent « les imbéciles ».
Les gens venus communiés avec la musique reggae n’ont pas tardé à faire le lien entre ce titre et l’actualité au Burkina Faso. Ce qui a révolté plus d’un au stade. La chanson repris à l’unisson a été interprété comme un affront à Blaise Compaoré. Pendant sa prestation les gens avaient allumé les bougies et les papiers en symbole de recherche de la lumière sur le forfait de Sapouy.
Cet incident du stade a marqué négativement les autorités. C’était fort et un choc pour elles. Pendant cet incident politico-culturel, les organisateurs arrivent à couper le micro du reggaeman. Mais Alpha Blondy a le temps de dire quelques mots. Il signifie à l’assistance que le président du Faso a envoyée lui dire de ne plus chanté.
Cet événement produit lors de la cérémonie d’ouverture marque les spectateurs qui étaient au stade. Mais pas plus que le palais présidentiel qui aura des ressentiments pendant longtemps.
Le public partage les agissements de Alpha Blondy mais les autorités sans commettre un acte qui expriment leur désapprobation n’hésitent pas à formuler leur regret. Pour mesurer les conséquences de l’acte du chanteur, Alpha Blondy fera 7 ans sans plus jamais se produire au Burkina Faso.
Deuxième conséquence, le président Blaise Compaoré qui habituellement se rendaient aux cérémonies d’ouvertures des éditions du FESPACO pour donner le clap du début de la manifestation s’est absenté de 1999 jusqu’en 2007.
L’effet escompté par le comité national d’organisation et le gouvernement du Burkina Faso a produit une solution contraire. L’édition de 1999 connait malgré la tension perceptible des innovations et se déroule assez normalement. Le retentissement de l’affaire Norbert Zongo est tel qu’elle franchisse les frontières du Burkina Faso et les effets néfastes se font ressentir sur le FESPACO.
La politisation du festival engendre des problèmes quand le Burkina Faso bascule dans une crise. L’affaire Norbert Zongo est illustrative de cette assertion. Les danois font partis des bailleurs du festival depuis 1989. Pendant plus d’une décennie le Danemark a soutenu le FESPACO pour l’atteinte de ses objectifs. Mais selon certains acteurs après l’assassinat de Norbert Zongo, le Danemark se serait retiré avec l’appui qu’il accordait au FESPACO.
Merneptah Noufou ZOUGMORÉ
Source: Archives Burkina
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