Orpaillage : quand l’or dévore la jeunesse!
Depuis quelques jours, des images circulent de jeunes Burkinabè expulsés de Guinée pour des activités d’orpaillage. Faut-il en rire ou en pleurer ? En pleurer, sans hésiter. On ne se réjouit pas du malheur des gens.
Ces expulsions ne sont pas un fait divers : elles révèlent un problème structurel qui touche de nombreux États africains. Aucun pays d’Afrique de l’Ouest n’y échappe. Ces jeunes sont des victimes, comme dans le terrorisme et bien d’autres circuits criminels. On leur vend l’illusion de l’argent facile, et une fois embarqués, il est presque impossible de faire marche arrière.
Une tragédie qui se joue dans nos villages
Dans mon propre village, j’ai recueilli de nombreux témoignages d’enfants qui quittent l’école pour les sites d’orpaillage. Les parents sont complices ou impuissants face à cette nouvelle forme de migration. Après la saison agricole, il ne reste plus que les femmes, les bébés et les personnes âgées.
Les rares réussites ne pèsent rien face aux drames vécus par tant de familles. J’explique aux parents que leurs enfants détruisent leur santé dans une activité d’apparence profitable. Les séquelles sont incommensurables, sans parler du désastre écologique pour les États et les communautés locales. Sur ce sujet, je vous invite à lire le reportage du Fasonet sur le CHR de Manga.
Mettre autant d’énergie dans une activité qui ruine la santé de sa jeunesse est contre-productif pour la nation tout entière.
L’agriculture, une vraie alternative
L’État a engagé une politique de modernisation de l’agriculture : aménagements irrigués, forages, matériel moins rustique. C’est une chance pour ces jeunes. Je connais des Burkinabè qui sont de vrais modèles de réussite dans ce secteur.
Alors pourquoi, en Occident, les agriculteurs forment-ils un lobby puissant, tandis que chez nous, devenir agriculteur passe pour un échec de vie ? Il y a un vrai problème dans cette conception. Il faut valoriser le métier d’ouvrier agricole et partager l’expérience de ceux qui réussissent.
Soyons honnêtes : on ne gagnera pas d’emblée autant qu’à l’orpaillage, du moins pour ceux qui y gagnent quelque chose. Mais dans tous les métiers du monde, on ne devient pas millionnaire du jour au lendemain.
Ce que je demande
Il faut du courage politique, communautés et gouvernement agissant main dans la main, pour affronter ce problème, et pas seulement des réactions émotives. Faisons-en un sujet central du débat public, pour que les politiques publiques s’appuient sur des faits plutôt que sur l’émotion.
Et vous, que voyez-vous dans votre village ou votre famille ?