CE JOUR-LÀ… UN 28 OCTOBRE 1990
LE 28 OCTOBRE 1990: PREMIÈRE ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE PLURALISTE EN CÔTE D’IVOIRE POST INDÉPENDANCE

HOUPHOUËT-BOIGNY FACE À LA PREMIÈRE GRANDE ÉPREUVE DU MULTIPARTISME
Le dimanche 28 octobre 1990, la Côte d’Ivoire vit un moment inédit de son histoire politique. Pour la première fois depuis l’indépendance, proclamée le 7 août 1960, Félix Houphouët-Boigny, au pouvoir depuis trois décennies, affronte un adversaire dans les urnes: Laurent Gbagbo, professeur d’histoire et candidat du Front populaire ivoirien (FPI).
Ce face-à-face prend forme dans un pays traversé par une contestation sociale et politique croissante. Au début de l’année 1990, les grèves, les manifestations et les revendications démocratiques fragilisent un système dominé depuis l’indépendance par le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA). Sous la pression de cette mobilisation, et suite au discours de la Baule tenu par François Mitterrand, Félix Houphouët-Boigny accepte le retour au multipartisme. Le 30 avril 1990, le multipartisme est réinstauré, le 3 mai, il donne instruction au ministre de l’Intérieur Léon Konan Koffi de légaliser les partis politiques ayant déposé leurs statuts. Il faut savoir que le multipartisme était déjà prévu par l’article 7 de la Constitution ivoirienne du 3 novembre 1960.
Les formations d’opposition jusque-là interdites ou contraintes à la clandestinité peuvent désormais participer légalement à la vie politique.
La candidature de Laurent Gbagbo donne un visage électoral à cette contestation. Opposant de longue date au régime, il se présente face à un chef d’État âgé de 85 ans, qui brigue un septième mandat. La campagne se déroule toutefois dans un climat tendu. L’opposition dénonce des intimidations et des irrégularités, tandis que le pouvoir conserve une influence considérable sur les institutions et les moyens de communication publics.
Le verdict des urnes est proclamé quelques jours plus tard. Le 7 novembre 1990, la Cour suprême présidée par Mamadou Michel Koui annonce les résultats définitifs: Félix Houphouët-Boigny obtient 2.445.365 voix, soit 81,68 % des suffrages exprimés. Laurent Gbagbo recueille 548.441 voix, soit 18,32 %. Le taux de participation s’établit à 69,16 %.
La victoire du président sortant ne fait donc aucun doute dans les résultats officiels. Mais l’élection marque une rupture avec les scrutins présidentiels antérieurs, au cours desquels Houphouët-Boigny se présentait sans concurrent. En 1985, il avait ainsi été proclamé élu avec la totalité des suffrages exprimés. En 1990, malgré sa victoire, il doit désormais compter avec l’existence d’une opposition qui s’affirme dans les urnes et conteste ouvertement les conditions de la compétition électorale.
Cette première présidentielle pluraliste ne suffit pas à instaurer une démocratie pleinement consolidée. Les accusations de fraude, les arrestations de militants et les tensions qui entourent le scrutin rappellent les limites de cette ouverture. Mais elle introduit un changement durable dans la vie politique ivoirienne. Le pouvoir présidentiel, longtemps sans rival électoral, est désormais confronté à une opposition légalement constituée et incarnée par un candidat.
Le 28 octobre 1990, la Côte d’Ivoire ne change pas de président. Elle change cependant de paysage politique. Malgré sa défaite face à Félix Houphouët-Boigny, Laurent Gbagbo s’impose comme l’une des figures majeures de cette nouvelle séquence de l’histoire nationale.
Aux élections législatives du 25 novembre 1990, le Front populaire ivoirien (FPI), qu’il dirige, remporte 9 des 175 sièges de l’Assemblée nationale. Si le PDCI-RDA conserve une écrasante majorité, le scrutin marque l’entrée du FPI et du Parti ivoirien des travailleurs (PIT), dirigé par Francis Vangah Wodié avec 1 député, au Parlement. Avec neuf élus, le FPI devient la principale force parlementaire de l’opposition, et Laurent Gbagbo, chef de l’opposition politique.