Home » Lu pour vous : on l’appelait le Ministre mondial de la culture

Mahamoudou Ouedraogo notre André Malraux

La figure de André Malraux reste attachée au développement des arts et de la culture en France. Quand le général Charles De Gaulle le nommait ministre des Affaires Culturelles de France, le secteur des arts et de la culture était moins organisé et n’était pas d’une grande envergure. Il a donné à l’ancien empire coloniale son éclat et attrait des arts et de la culture. Les preuves de son bilan se trouvent dans un document de presse conçu par la Commission nationale pour le cinquantenaire de sa disparition.

Nous pouvons comparer celui qui a continué à voir le général De Gaulle même après sa retraite à la tête de l’Etat à Colombey les deux églises à Mahamadou Ouedraogo. Quand il accumulait le portefeuille de la Communication et de la Culture, le département de la Communication a connu une grande innovation. Cette nouveauté était appelée : la Nuit du Communicateur. Plus tard il sera nommé prix Galian, une cérémonie qui récompense les plus méritants dans la production annuelle en journalisme. Ce cumul ayant fait ses effets, on lui attribuera le ministère de la Culture pour ne consacrer qu’aux arts et à la culture.

C’est sous son magistère à la tête de la Culture qu’a été initié les grandes conférences. On les avait attribués l’appellation des Grandes Conférences de Ministère de la Culture. Les Communications de ces conférences compilées sortaient sous forme de livre. Nous ne savons pas combien de fois nous avions consulté ces compilations de communications pour nos activités de réflexion intellectuelle. Sous le même Mahamoudou Ouedraogo deux universitaires doublés d’anciens musiciens bien connus de la place, Oger Kaboré et Ferdinand Kaboret ont reçu l’appui financière pour éditer un livre sur la musique Burkinabè. L’ouvrage a pour titre : « Histoire de la musique moderne du Burkina Faso : de sa genèse à nos jours ».

Dans la même lancée le doyen Boureima Djiga de la RTB/ Radio avait été appuyé financièrement pour mettre à disposition des acteurs de la culture un annuaire pour faciliter les contacts des uns et des autres. L’ancien Rédacteur en chef de la Télévision nationale devenu ministre avait mis un point d’honneur dans la célébration des grandes figures qui ont marqué l’histoire nationale. Son département sous son leadership, outre ces célébrations des héros a fait construire les mausolées souvent avec l’aide des pays amis pour perpétuer leurs mémoires. L’exemple de la commémoration de la décapitation de Karamokoba Sanogo et l’érection de son mausolée à Lanfïera montre à souhait la construction mémorielle du pays qui tenait à cœur le ministre Ouedraogo.

L’intérêt pour tous ces projets s’explique. L’ancien directeur de la RTB/ Télévision devenu patron en charge de la culture nationale n’a pas attendu qu’on le nomme responsable de son département pour s’intéresser aux activités culturelles. Il est lui-même auteur, donc acteur de la culture. C’est d’ailleurs sous sa conduite qu’il y a eu la première édition du Salon du livre au Burkina Faso à la grande salle d’exposition de l’Hôtel Indépendance. Essayiste et romancier, Mahamoudou Ouédraogo est l’auteur de Raogo qui avait reçu la mention spéciale du Grand prix littéraire d’Afrique noire en reconnaissance à son talent de romancier et un essai intitulé Culture et développement en Afrique : le temps de repositionnement. Cet essai fait une analyse holistique de la culture en Afrique et dresse un panorama de l’évolution culturelle tant au niveau des langues que des outils de vulgarisations des arts et de la culture. Jamana qui est une coopérative au Mali tirait un journal en langue Bamana. Il est cité comme exemple. Il était tiré à 100000 exemplaires pour être distribuer dans tout le Mali. Ce journal a contribué indirectement à l’ascension politique de Alpha Oumar Konaré qui en était le premier responsable.

Journaliste chevronné, il avait pour ami et confrère Norbert Zongo le directeur de publication de l’Indépendant. Un jour nous étions dans le bureau de Denis Beteo Nebié et Norbert Zongo qui avait étudié au cours Normal de Koudougou avec lui était passé lui rendre visite à l’Institut des peuples noirs (IPN). Il a dit ce jour à Nebié que les pays Scandinaves voulaient octroyer à la presse Burkinabè des fonds. L’inquiétude de Zongo était qu’il était sur plusieurs choses et que par conséquent la gestion de cette ressource allait lui être difficile. A la fin de leur conversation, il a avoué à son condisciple Nebié que si Mahamoudou Ouedraogo n’était pas devenu ministre, c’est à lui qu’il pouvait confier ce fonds de plus de 700 millions.

La preuve de leur proximité, au lendemain de son assassinat, c’est le seul ministre qui était allé présenter ses condoléances dans la famille mortuaire sans être inquiété par la foule qui était non loin de la maison. Elle était composée essentiellement d’étudiants. Le membre du Ton, l’association des anciens ministres de la culture a tenté la résurrection de l’(IPN) sans y parvenir. Les autres ministres après lui par manque d’intérêt pour ce qui était devenu un machin, avaient fini par le relégué dans l’oubli en l’érigeant en direction obscure de diversité culturelle au ministère de la Culture. Au 10ème anniversaire de la disparition du professeur Cheikh Anta Diop en 1996, le ministre Ouedraogo a incité le président Blaise Compaoré à envoyé un message d’hommage au colloque sur le 10 ans du décès du Pharaon du savoir.

Outre les autres projets et secteurs d’activités artistiques et culturelles cités, pour nous 3 acteurs ont contribué au développement de la musique au Burkina Faso après plusieurs décennies de tentatives infructueuses. Il s’agit de l’entregent du ministre Mahamoudou Ouédraogo, de l’avènement de Seydoni Production et celui du studio Abazon pour la musique urbaine. Aujourd’hui les mélomanes Burkinabè doivent une fière chandelle à Mahamoudou Ouédraogo et aux deux dernières structures pour avoir permis une palette de production musicale par l’octroi des fonds et par la flexibilité qui a favorisé l’implantation d’une usine de pressage suivi d’un studio ultra-performant comme celui de Seydoni.

Ces possibilités ont secrété des musiciens de qualité en termes de création. L’ancien ministre Ouedraogo doit être fière aussi de la fréquence aujourd’hui des sorties discographiques pour la simple raison que son travail de pionnier dans l’aide à l’implantation des structures de la chaîne de production de musique permet à l’aboutissement de ces résultats. Quand on écoute les sons des jeunes comme Alzaz, l’auteur de Halalé, de Amzy, de Reman… on est loin de penser qu’il y a peu les gens disait que le mooré n’était pas fait pour la chanson. Il a fallu des leaderships pour battre en brèche ces stéréotypes. Comme Malraux, Mahamoudou Ouedraogo pour ceux qui ont le fil de l’histoire de l’évolution de nos arts et cultures, son apport inestimable ne saurait être remiser dans le placard. Nous faisons ce mot pour un ancien prince de la République avec lequel nous n’avons pas de grande proximité mais ne pas rappelé sa grande contribution pour la culture sera une faute pour ses contemporains que nous sommes.

Le Ministre Mahamoudou Ouedraogo pour avoir été conseiller spécial du président Blaise Compaoré est imprégné des questions actuelles liées au phénomène du terrorisme. Nous avions personnellement reçu son éclairage au Niger et au Mali au cours des séminaires et ateliers sur la question avant l’insurrection populaire de 2014.

 

 

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