Home » Manifestations des scolaires en France : la France cherche l’AES…ses lycéens cherchent professeurs ( par Jonas Hien)

Ça ne va pas en France ! Les enfants sont dehors ! ils brûlent tout ! Ils cassent tout ! Ils bloquent tout ! Ils ne sont pas contents ! Leur avenir est en train d’être bloqué ! Ils crient à un Président incompétent. Le choix hasardeux de la politique française est passé par là ! Le pays est pauvre ! Il a passé le temps à vivre de la prédation en Afrique au lieu de travailler sur fonds propres, sans crédit. Il est très endetté ! Il n’a plus de courant comme avant ! Il fait chaud dans les classes ! Il fait froid dedans aussi. Pas de courant pour le réchauffement quand il fait froid ! La crise s’élargie aux enseignants, aux parents d’élèves et à la population. Le Président démocratiquement élu de France, la junte française, est rejetée par la population ! Emmanuel Macron a abandonné son pays pour donner toute son énergie contre les pays de l’AES. Parlons de cette affaire !

La diplomatie française semble avoir découvert une nouvelle méthode de gestion des priorités nationales : lorsqu’un problème devient trop compliqué à résoudre chez soi, il suffit de regarder très loin… vers le Sahel. Ainsi, pendant que les lycéens français bloquent leurs établissements pour réclamer davantage de moyens, d’enseignants, de meilleures conditions d’études et des établissements dignes de ce nom, le Président Emmanuel Macron continue de s’intéresser de façon soutenue à ce qui se passe au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Il faut reconnaître que la méthode est élégante : pourquoi s’occuper des toilettes dégradées d’un lycée français quand on peut parler de la gouvernance d’un pays situé à plusieurs milliers de kilomètres ? Pourquoi chercher des solutions au manque d’enseignants quand on peut expliquer aux Africains comment organiser leurs États ? Et surtout, pourquoi écouter les revendications des jeunes Français quand il est tellement plus confortable de donner des leçons aux jeunes Africains ?

Depuis plusieurs semaines, les lycéens français font pourtant entendre des revendications concrètes : davantage de moyens pour l’éducation, plus d’enseignants, de meilleures infrastructures et une amélioration de leurs conditions d’apprentissage. Autrement dit, ils ne demandent pas la lune. Ils demandent simplement que l’école fonctionne. Mais voilà que le calendrier diplomatique français semble avoir une curieuse préférence : l’AES avant la salle de classe, le Sahel avant les toilettes du lycée, la géopolitique avant le professeur manquant.

On imagine cette scène dans un bureau parisien. Un collaborateur du Ministre de l’éducation s’adresse au Ministre.

Le Collaborateur (LC) : Monsieur le Ministre, les lycéens manifestent encore.
Le Ministre : Quelle est leur position sur l’AES ?
LC : Ils demandent des enseignants et des établissements en bon état.
Le Ministre : D’accord, mais que pensent-ils de la politique sahélienne du Burkina Faso ?
LC : Monsieur le Ministre, ils ont 16 ans !
Le Ministre : Justement ! Il faut commencer tôt l’éducation géopolitique.

La situation serait presque comique si les revendications n’étaient pas aussi sérieuses. Les chiffres et les témoignages rapportés par la presse française montrent que le mouvement touche désormais un nombre important d’établissements et que les revendications dépassent largement une simple contestation ponctuelle. Il y a donc une question que l’on pourrait poser, avec tout le respect dû à la République française et à sa longue tradition diplomatique : Et si la France essayait d’abord de résoudre ses problèmes en France ?

Cela présenterait même un avantage diplomatique considérable : les autorités françaises pourraient consacrer davantage de temps à leurs propres lycées, tandis que les pays de l’AES pourraient consacrer davantage de temps à leurs propres choix politiques. Tout le monde serait gagnant. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger s’occuperaient de l’espace AES. Et la France pourrait, elle aussi, s’occuper de la France. Quelle idée révolutionnaire ! Il paraît d’ailleurs que les étudiants et lycéens français ont récemment présenté une plateforme commune comportant dix mesures d’urgence, sur les conditions d’études et l’accès à l’enseignement supérieur. On pourrait donc suggérer aux diplomates français une nouvelle stratégie internationale : la diplomatie du miroir.
Avant de regarder ce qui ne va pas chez le voisin, regarder ce qui ne va pas dans son propre salon. Avant de donner des conseils sur la gouvernance des autres États, écouter les jeunes de ton propre pays. Avant de chercher les failles des régimes de l’AES, vérifier si les élèves français disposent des moyens nécessaires pour préparer leur avenir. Et surtout, avant de vouloir expliquer à l’Afrique comment elle doit construire son avenir, faudrait-il entendre une génération française qui dit, elle aussi : « Nous voulons un avenir. » La France a parfaitement le droit d’avoir une politique africaine. Les pays de l’AES ont parfaitement le droit de définir leur propre politique.

Mais il existe une règle universelle, valable à Paris comme à Ouagadougou, à Bamako et à Niamey : quand la cour de récréation brûle chez soi, il est prudent de ranger le manuel de géopolitique et de chercher d’abord un extincteur. Et si vraiment Paris tient à s’occuper de l’AES, voici une proposition : que le Président Emmanuel Macron commence par envoyer aux pays de l’AES ses conseillers en éducation, pour une immersion en construction d’écoles primaires, secondaires et universitaires. Il faut un adjoindre des enseignants, à condition, bien entendu, qu’il trouve des enseignants disponibles pour les former.

Face à cette situation préoccupante, un journaliste burkinabè sollicite et obtient une interview avec le Président Emmanuel Macron à l’Elisée. La salle de presse de l’Élysée est pleine. Le Président Emmanuel Macron venait juste de terminer une longue intervention sur la situation au Sahel. Il a parlé de démocratie, de gouvernance, de souveraineté, de sécurité, de jeunesse africaine et, naturellement, de l’AES. Suivons l’interview.

Le Journaliste (LJ) : Monsieur le Président, comment vont vos lycées ?
Emmanuel Macron (EM) : Silence.

Un conseiller du Président regarde sa montre. Un autre regarde le plafond. Un troisième consulte son téléphone.

Enfin, le président sourit et répond.

EM : Nos lycées vont bien.
LJ : Vraiment ?
EM : Oui.
LJ : Parce que j’ai lu que des centaines de lycées sont actuellement perturbés et que les élèves dénoncent le manque d’enseignants, les classes surchargées, les bâtiments dégradés et les problèmes liés à leur orientation.

Le Président marque une pause avant de répondre.

EM : Nous sommes à l’écoute de notre jeunesse.
LJ : Ah ! Donc vous les écoutez ?
EM : Absolument !
LJ : Et qu’est-ce qu’ils disent ?
EM : Ils expriment des inquiétudes.
LJ : Et vous faites quoi ?
EM : Nous allons travailler sur ces inquiétudes.
LJ : Quand ?

Le Président fait de nouveau du silence. Le Journaliste passe à une autre question.

LJ : Monsieur le Président, vous vous intéressez beaucoup au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Pourquoi ?
EM : Parce que ce sont des pays importants. Et parce que nous sommes attachés à leur avenir.
LJ : C’est gentil.
EM : La France souhaite contribuer à la stabilité de la région.
LJ : C’est noté.

Le journaliste prend quelques secondes pour regarder ses notes, puis il demande :

LJ : Et si, exceptionnellement, les Burkinabè s’occupaient eux-mêmes du Burkina Faso ?
EM : Silence.

Un conseiller du Président tousse. Il tousse encore. Un autre regarde ailleurs ! Le troisième regarde le Journaliste avec une mine froissée !

Le journaliste poursuit :

LJ : Vous savez, Monsieur le Président, nous avons déjà un gouvernement. Nous avons déjà des citoyens. Nous avons aussi nos problèmes.

EM : Justement, nous pouvons vous aider.
LJ : Merci. Mais nous avons une proposition.
EM : Laquelle ?
LJ : Occupez-vous d’abord de vos lycées.

Le Président semble surpris par ces propos du Journaliste. Il hausse le ton sur le Journaliste.

EM : Mais pourquoi cette obsession avec nos lycées ?
LJ : Ce n’est pas une obsession, Monsieur le Président. C’est juste une question de priorités.
EM : Nous pouvons parfaitement gérer les deux : nos lycées et l’AES !
LJ : Ah bon ?
EM : Oui.
LJ : Donc vous pouvez gérer les problèmes des lycéens français et ceux de l’AES ?
EM : Oui, nous avons une diplomatie active, nous avons des experts, nous avons des diplomates, nous avons des moyens d’action.

Le journaliste sourit avant de dire.

LJ : Alors pourquoi vos lycéens disent-ils qu’ils manquent de moyens alors ?
EM : Silence.

Cette fois, le conseiller qui passait son temps à regarder sa montre arrête de regarder sa montre et fixe un regard noir sur le Journaliste.

LJ : Monsieur le Président, ils demandent simplement des professeurs !

Le Président ne répond pas ! Le Journaliste sort alors une feuille et montre au Président.

LJ : Regardez, Monsieur le Président.
EM : Qu’est-ce que c’est ?
LJ : Ce sont les revendications de vos lycéens. Vous voyez quelque chose d’extraordinaire là-dedans ?

Le Président se fâche !

EM : Vous confirmez là qu’il y a une obsession avec nos lycées !

Le journaliste conclut :

LJ : Monsieur le Président, je vous suggère de prendre conseils avec votre homologue du Burkina Faso. Il va vous partager sa vision en matière d’éducation de qualité. Actuellement, le Burkina Faso est en chantiers qui touchent tous les ordres d’enseignement afin de mettre les écoliers, les élèves, les étudiants, le niveau maternel dans de très bonnes conditions d’apprentissage. Chez nous, quand de miliers d’élèves et d’étudiants sont dans la rue, c’est pour remercier le Président qui met en avant l’avenir de la jeunesse. Chez nous, c’est la Révolution, qui est portée par le peuple et qui progresse. Notre Révolution n’est pas seulement Progressiste et populaire. Elle est aussi pédagogique. Ce qui est intéressant chez nous, c’est que le Président est militaire et ne s’amuse pas avec les questions d’éducation des enfants du pays. C’est l’avenir. C’est pourquoi les choses vont vite là-bas et bien. Ce n’est pas comme la démocratie qui tue l’avenir des enfants du pays. Je vous recommande donc fortement de parler avec lui et de demander à envoyer des conseillers, pour une immersion pédagogique en matière de construction de l’avenir de la jeunesse.

Le Président interrompt le Journaliste et lui demande : l’interview est terminée ?

LJ : Oui, Monsieur le Président, mais comme il est de coutume, je voudrais savoir si vous avez un dernier mot.
EM : Oui. La France est profondément attachée à l’Afrique. La France respecte la souveraineté des États africains. La France souhaite un dialogue constructif avec l’Afrique.

Le Journaliste relance en disant.

LJ : Dans ce cas, Monsieur le Président, commencez par dialoguer avec vos lycéens.

Le Président lui-même déclare que l’interview est terminée, se lève et repart sans saluer le Journaliste !

Le conseiller qui passait le temps à regarder sa montre se souvient qu’il doit aller chercher son fils au lycée car il est 18h. Il arrive aux environs du Lycée ! tout est bloqué. Ça brûle partout. Il prend une bonne dose de gaz lacrymogène, il ne sait pas où se trouve son fils ! Il murmure : finalement le Journaliste du Burkina Faso n’avait pas complètement tort dans ses questions. Nous avons un pays de merde !

Jonas Hien

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