Complot du 18 septembre 1989, retranscription des interrogatoires.
____ L’Evènement N°196 du 25 Septembre 2010
Que s’est-il passé le 18 septembre?
Les cassettes des auditions des principaux protagonistes dans cette nuit du 18 septembre commencent à circuler. Certains enregistrements ne sont pas authentiques et font l’objet de montages pour des raisons évidentes de manipulation de la vérité. Pour ce 21e anniversaire des événements du 18 septembre, nous vous donnons à lire la presque totalité de l’interview du commandant Jean Baptiste Lingani, numéro deux du Front populaire, le régime qui a succédé au Conseil national de la révolution (CNR). Nous disons la presque totalité, parce que les conditions d’enregistrement du document et probablement les montages qu’il a subi, ont altéré quelques passages. Mais nous avons eu la certitude que l’original de l’enregistrement est détenu par certains protagonistes des événements et pas forcément ceux qu’on croit.
Alors qu’est-ce qu’on peut en dire ?
Incontestablement, le malheureux Jean Baptiste Lingani est mort pour rien. Il n’a pas trahi Blaise Compaoré, il a été entraîné dans un complot ourdi à des fins précises. Sa conclusion bien candide en dit long, mais n’a pas suffi à attendrir le cœur du président : “j’ai le sentiment que c’est un montage qui a été fait sur mon dos. On m’a mis en avant pour mieux m’avoir”. En lisant l’audition et en examinant la façon dont l’interrogatoire a été conduit, l’impression qui se dégage, c’est que Lingani était condamné d’avance. Il semble l’avoir compris et a cru qu’en étant le plus honnête possible, il allait attendrir le cœur ” du camarade président “. C’est visiblement au même exercice que semble s’être livré Henri Zongo. A la question pourquoi contacté par le putsch, il n’a pas refusé, il a repris les mêmes arguments que Gilbert Diendéré, à savoir qu’ ” il n’était pas en situation de rapport de force pour s’opposer “. Quand il a vu que ses juges ne le croyaient pas, il leur a rétorqué : ” pourquoi vous croyez la version de Gilbert Diéndéré qui commandait un détachement et pas la mienne qui n’avait aucune troupe?”.
Quelle était la réalité du moment ?
Tout montre qu’en un an et demi de pouvoir, beaucoup de “camarades sincères” qui avaient cru de bonne foi, aux premières explications des raisons du 15 Octobre 1987 (le coup de force contre Sankara) avaient commencé à déchanter. Selon un des protagonistes, un an après l’avènement du Front populaire, par le biais de la Commission du peuple au logement (CPL), on avait recensé l’ensemble des parcelles vides de la zone du bois et on se les avait distribué entre camarades révolutionnaires. Alerté par un de ses conseillers, Blaise Compaoré aurait ordonné l’annulation de la mesure, “mais à contre cœur”. Et puis, le président a commencé à prendre ses distances avec ses conseillers qui s’indignaient des dérives de la “Rectification”. Il s’arrangeait, explique l’un d’eux, à répéter aux uns ce que les autres disaient d’eux.
L’audition de Lingani met bien en évidence ce climat délétère de la fin de l’année 1989. Les deux frères d’arme de Blaise Compaoré, Lingani et Zongo n’étaient plus en phase avec lui : “Aux réunions des instances et pendant les Conseils des ministres, ils ne disaient rien. Même s’ils n’avaient pas d’idée, je pense qu’ils pouvaient appuyer les arguments du président. Mais non”, explique un ancien conseiller de cette période. C’est fort probable que c’est là que les deux ont signé leur arrêt de mort. Les événements du 18 septembre ne seraient que le dénouement programmé du divorce qui était intervenu entre Blaise Compaoré et les deux autres chefs historiques de la révolution. En lisant l’audition de Lingani et surtout sa conclusion, on reste perplexe sur les intentions réelles de Gilbert Diénderé dans cette affaire. Lisez, c’est instructif.
Par Newton Ahmed Barry
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L’interrogatoire du commandant Lingani
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Commandant, qu’est-ce que vous avez à nous dire ?
Si vous me permettez sur des faits précis.
Sur ce qui se passe ce soir, qu’est ce que vous en savez ?
Sur ce que je sais, y a un certain nombre de camarades qui sont venus me voir dans la semaine plusieurs fois. Il s’est passé pas mal de choses, comme s’il y avait une crise, un problème. Des camarades révolutionnaires, des camarades de
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