Home » Retour sur le passé : fin de la guerre Mali- Haute-Volta

Mali-Haute-Volta : La fin d’un conflit Frontalier

Par Mohamed Maiga

Afrique Asie du 7 décembre 1983

Commencée comme un gag l’histoire avait frôlé la tragédie, mais se retrouve aujourd’hui à La Haye, dont les deux parties se sont engagées à respecter le verdict.

« Le gouvernement de la République de Haute-Volta et le gouvernement de la République du Mali ont notifié au greffe par lettre conjointe, reçue le 20 septembre 1983 à La Haye, un compromis conclu par eux le 16 septembre 1983 et entré en vigueur le jour même. Ce compromis soumet à une chambre de la Cour la question de la délimitation de la frontière terrestre entre les deux États sur une partie de sa longueur. » Signé : le greffier de la Cour internationale de justice de La Haye.

C’est par ce communiqué plutôt laconique que l’opinion africaine a appris que l’un des conflits les plus absurdes, les plus injustifiables de l’Afrique est en voie de connaître un règlement définitif. Conflit inutile parce qu’ayant opposé et mis aux prises deux Etats détenant le triste privilège de figurer parmi les plus démunis (matériellement) de la planète. Absurde parce que menaçant de diviser deux peuples en tous points identiques, pour qui l’idée même de la séparation par une frontière, n’eût été l’aventure coloniale, serait un non-sens.

Si le différend frontalier voltaïco-malien n’est pas encore définitivement réglé, le fait est que la bombe est véritablement désamorcée. Grâce aux bonnes dispositions des deux chefs d’État, le capitaine Thomas Sankara et le général Moussa Traoré. L’Histoire retiendra très certainement l’habileté, la sincérité et la détermination dont le capitaine voltaïque a fait preuve pour venir à bout de la méfiance et de l’attentisme de la partie malienne. Une tâche d’autant plus difficile qu’à l’intérieur Thomas Sankara – comme Moussa Traoré – devait venir à bout de certains secteurs de l’opinion publique qui, sans être cependant chauffés à blanc, profitent de telles crises pour renforcer leurs positions et privilèges particuliers.

A l’extérieur, également, l’un et l’autre devaient faire face aux diviseurs et autres marchands de canons réels et potentiels. On se souviendra qu’en 1981 certains chefs d’État, hostiles à l’entrée du Mali dans l’Union monétaire ouest-africaine, avaient su utiliser les dirigeants voltaïques et le conflit frontalier voltaïco-malien pour faire obstacle à cette entrée dans l’U.M.O.A., considérée à Bamako comme la solution miracle aux graves problèmes économiques et financiers du pays. Ce qui n’a fait qu’approfondir et élargir le fossé séparant les deux États, par-delà les questions de frontière. Dernier obstacle qu’a eu à franchir le président voltaïque et qui explique la méfiance de l’interlocuteur malien : comment cet officier, dont l’armée malienne garde le plus cuisant souvenir à la suite des escarmouches de 1975, avait-il pu se muer en ce président apôtre de la paix ?

 

 

 

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