Home » Retour sur le passé : les dernières heures de Laurent Gbagbo au pouvoir

Les dernières heures de Laurent Gbagbo comme président.

Très tôt, à l’aube du 11 avril 2011, le président Laurent Gbagbo est informé de l’avancée des forces françaises vers la résidence présidentielle. Comprenant que l’étau se resserre et soucieux d’éviter un bain de sang parmi les militaires encore présents à ses côtés, il leur demande de cesser immédiatement les combats et de regagner leurs foyers.

« Ce n’est pas vous que les gens cherchent, c’est moi. Alors, partez. »

Quelques heures plus tard, les forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), fidèles à Alassane Ouattara, progressent vers la résidence. Leur offensive bénéficie de l’appui militaire français et de celui de l’ONUCI. Les forces françaises utilisent notamment leurs moyens aériens et blindés contre les positions des forces restées fidèles à Gbagbo.

Les circonstances exactes de ce qui se déroule ensuite dans l’enceinte de la résidence demeurent, sur certains points, l’objet de récits contradictoires. Paris affirme alors que les soldats français ne sont pas entrés dans la résidence et que l’arrestation de Gbagbo a été effectuée par les FRCI.

Dans le récit des événements rapporté par les partisans de Gbagbo, les combattants des FRCI qui pénètrent dans l’enceinte auraient alors exécuté plusieurs militaires et civils encore présents. Ce récit évoque également une trentaine de personnes qui auraient été tuées alors qu’elles avaient cherché refuge dans les environs de la résidence. Ces éléments doivent cependant être distingués des faits établis par les sources contemporaines et des témoignages ultérieurs.

Pendant l’assaut, les combats, les bombardements et les fumées plongent la résidence dans une atmosphère de chaos. Des enfants et des nourrissons pleurent, certains suffoquant dans la fumée.

Les combattants avancent en criant :

« Où est Gbagbo ? Où est Gbagbo ? »

Face à cette situation, Laurent Gbagbo demande à ceux qui l’entourent de garder leur calme. Puis, constatant que l’affrontement ne peut plus être poursuivi sans provoquer davantage de victimes, il se serait finalement identifié :

« C’est moi, Gbagbo. »

Les sources contemporaines rapportent que Gbagbo, son épouse Simone et plusieurs de leurs proches furent ensuite conduits à l’Hôtel du Golf, quartier général d’Alassane Ouattara.

Le cas de Désiré Tagro

Le sort de Désiré Tagro, ministre de l’Intérieur et proche collaborateur de Laurent Gbagbo, fut différent.

Lorsqu’il sort de la résidence avec un drapeau blanc, Tagro est touché par balle. Des témoignages rapportent qu’il est grièvement blessé au visage avant d’être évacué vers la Polyclinique internationale Sainte-Anne-Marie (PISAM).

Il y décède le 12 avril 2011. Sa mort, survenue au lendemain de l’assaut, fera l’objet de récits contradictoires et d’appels à une enquête.

Que devait-il advenir de Gbagbo ?

Le scénario initial était de conduire Laurent Gbagbo au siège de l’ONUCI dans un premier temps après sa capture, avant d’envisager son départ pour l’Angola, où le président José Eduardo dos Santos aurait accepté de l’accueillir.

Ce scénario aurait finalement été abandonné sur ordre de Sarkozy, au profit d’un transfert à l’Hôtel du Golf, où Gbagbo fut conduit avec son épouse et plusieurs de ses proches.

La traque des anciens responsables

Après la chute de Laurent Gbagbo, la situation des anciens responsables de son régime devient particulièrement précaire.

De nombreux ministres, responsables politiques et collaborateurs cherchent à quitter Abidjan ou à gagner les pays voisins. Les plus fortunés tentent de trouver refuge à l’étranger ; d’autres, qui ne disposent pas des mêmes moyens, se regroupent dans différents lieux de la capitale.

Parmi eux figurent plusieurs anciens responsables du régime qui trouvent refuge à l’hôtel La Pergola, à Abidjan. Pendant un temps, cet établissement devient ainsi l’un des lieux où se retrouvent certains des anciens « barons » du régime déchu.

Mais ce répit sera de courte durée.

Dans les semaines qui suivent, les forces pro-Ouattara poursuivent leurs opérations de recherche des anciens responsables du camp Gbagbo. Des arrestations sont opérées dans Abidjan et dans ses environs. En juin 2011, plusieurs des personnalités réfugiées à La Pergola sont à leur tour arrêtées puis transférées vers des lieux de détention situés dans le nord du pays.

La chute du régime ne signifie donc pas seulement la fin politique de Laurent Gbagbo. Elle ouvre également une période de traque, d’arrestations et de détentions qui touche une partie importante de ceux qui avaient exercé des responsabilités sous son régime.

Ainsi s’achève, le 11 avril 2011, le long face-à-face entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Mais l’arrestation du président sortant ne met pas immédiatement fin aux violences ni aux controverses. Elle ouvre au contraire une nouvelle période de l’histoire ivoirienne, marquée par les arrestations, les détentions, les accusations de violations des droits humains et, bientôt, le transfert de Laurent Gbagbo devant la Cour pénale internationale.
JPD

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