CONFEDERATION DES ETATS DU SAHEL
Que veut la France même !

Voici encore un autre. Il s’appelle Bruno Fuchs. Il est aussi et encore de nationalité française. Il est Député du Haut-Rhin, c’est-à-dire un élu de la circonscription située dans le département du Haut-Rhin, dans la région Grand Est, situé en Alsace, dans l’Est de la France, à la frontière avec l’Allemagne et la Suisse. Il est Président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française. Il fait partie de ces Français qui tiennent à la chute des dirigeants de la Confédération des Etats du Sahel pour la comptabiliser comme bilan de fin de mandat du Président Emmanuel Macron !
Il l’a prouvé sur le plateau de la télévision française, France 24. Il a dit que si, eux Français, attendent que les dirigeants du Burkina Faso, du Mali et du Niger tombent tout seul, ça ne viendra pas comme le schéma d’avant. Il a ajouté que ça viendra avec des gens qui sont sur le terrain et qui préparent la déstabilisation des Etats de la Confédération du Sahel et que c’est dans ce schéma-là qu’ils doivent se mettre. Bruno est précis : ils ont des traitres sur le terrain qui préparent ce qu’ils ont commandité. Lui-même parle à certains dirigeants africains du Sahel dans ce sens.
Lui, comme son Président Emmanuel Macron, sont convaincus qu’il y a des Africains qui n’ont pas de personnalités, qui n’ont pas de dignité. Il suffit de leur proposer une bouteille de Coka plus une somme de deux mille francs CFA pour que les idiots utiles détruisent leurs propres pays pour satisfaire la France. C’est le syndrome de Stockholm.
Stockholm est le nom de la capitale de la Suède. En 1973, lors d’un braquage dans une banque, plusieurs employés ont été retenus en otage pendant plusieurs jours par les braqueurs. Après leur libération, certains otages ont manifesté leur sympathie, leur amitié envers leurs ravisseurs et ont développé de l’hostilité envers les personnes qui sont venues les libérer. C’est ça le syndrome de Stockholm. C’est quand tu aimes ton malfaiteur !

Le Député Bruno, comme les autres, savent que leurs contacts sur le terrain ont ce comportement. Ils s’en foutent de la traite négrière, de l’esclavage, des déportations, des tueries sur leurs ancêtres ! Seul le Blanc méchant est leur ami. Ils ne comprennent donc pas que des dirigeants africains se battent pour mettre fin à l’esclave continue, instauré par la France depuis nos ancêtres. Les propos du Député Bruno sont un élément factuel, important, pour comprendre la portée de ses propos.
Il n’est pas à sa première sortie. Le 22 mai 2026, ce même Bruno Fuchs a accordé une interview à Radio France international (RFI), dans laquelle il a affirmé que «les Russes sont en train de négocier leur départ du Mali» et que «la junte au pouvoir à Bamako va tomber dans quelques semaines ou quelques mois». Le mot qui sort de sa bouche c’est ‘’tomber’’. Il ne sait pas qu’il creuse sa propre tombe et celle de la France. Parler de l’AES comme un espace que l’on peut encore orienter, contrôler ou déstabiliser, est une erreur de lecture de l’époque. Les peuples africains ont changé. Le monde a changé. Les relations entre la France et l’Afrique doivent, elles aussi, changer. Les propos de ce Député français, soulèvent donc une question extrêmement grave : celle de la place que certains responsables politiques français continuent d’accorder à la souveraineté des États africains.
Ses propos montrent une fois encore que la France a perdu ce qui était son paradis, où ils volaient tout, ils pillaient tout, ils assassinaient les progressistes, les révolutionnaires. Ses propos appellent alors des explications précises. Certains politiciens français pensent que l’AES est une affaire des dirigeants. Derrière le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ce sont des millions d’Africains qui revendiquent le droit de choisir librement leur modèle de coopération, leurs partenaires et leurs priorités.
L’Afrique n’est plus celle d’hier. Pendant des décennies, une certaine image de l’Afrique a été largement entretenue : celle d’un continent pauvre, dépendant, incapable de se développer sans l’assistance extérieure. Dans cette image funeste, les Etats d’Afrique devaient recevoir des conseils, des financements, des programmes d’aide et parfois même des orientations politiques venus de la France. La France a longtemps occupé une place centrale dans ce dispositif, particulièrement dans ses anciennes colonies dites d’Afrique francophone.
La coopération au développement française, elle-même, reconnaît l’importance particulière du continent africain. La France aime parler de pays prioritaires de son ‘’aide’’, provenant des pillages de l’Afrique, sous forme de subventions, de dettes, de crédits. Les Etats de la Confédération de l’AES ne veulent plus être de ces bénéficiaires de ces aides françaises. Et cela suffit pour porter un projet de déstabilisation depuis plusieurs années.
Ces pays veulent commercer, investir, transformer leurs matières premières, développer leurs industries, former leur jeunesse et décider eux-mêmes de leurs alliances. Cette évolution est fondamentale. Si la France a besoin des Etats du Sahel, c’est à elle de changer sa façon de s’asseoir ! En tous les cas, la relation entre la France et l’Afrique ne peut plus être présentée comme une relation dans laquelle un pays donne et l’autre reçoit. Il serait donc plus juste de parler de partenariat et d’interdépendance que d’une relation entre un pays développé qui aide et des pays pauvres qui attendent.
L’Afrique possède ses ressources naturelles, très convoitées à travers le monde (c’est d’ailleurs la perte de ces ressources qui donne la diarrhée à la France), ses marchés, sa jeunesse, ses terres, ses minerais et son potentiel énergétique. Elle représente aussi un espace stratégique dans les grandes transformations économiques du XXIe siècle. Il n’est donc plus question de continuer à dire comment aider l’Afrique à rester dépendante. La vraie question est de savoir comment construire avec elle une relation équilibrée. Le passé colonial ne peut pas être ignoré.
La France n’est évidemment pas le seul pays de l’histoire à avoir colonisé d’autres peuples. La colonisation a été pratiquée par plusieurs puissances européennes et, dans d’autres contextes historiques, par différentes puissances. Mais le problème n’est pas de rechercher aujourd’hui quel ancien empire aurait été le plus coupable. Le véritable enjeu est de comprendre que l’époque coloniale est terminée. Les peuples des Etats de l’AES qui ont pris leurs responsabilités de rompre avec la prédation française veulent désormais exercer pleinement leur souveraineté.
C’est pourquoi, toute attitude donnant le sentiment qu’une ancienne puissance coloniale peut encore décider de ce qui est acceptable ou non pour les pays de l’AES sera considérée comme un projet de déstabilisation. Pourquoi l’AES dérange-t-elle autant la France !

L’émergence de l’AES constitue une transformation importante du paysage politique ouest-africain. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont choisi de renforcer leur coopération dans les domaines de la défense, de la sécurité, de la diplomatie et du développement. Cette dynamique remet en cause plusieurs équilibres qui existaient auparavant. On le sait. Mais avant aussi les peuples de ces pays ont trop subi les humiliations sous toutes les formes, de la part de cette même France.
La volonté d’autonomie imprimée aujourd’hui doit être comprise. On peut être en désaccord avec certaines décisions prises par les gouvernements des Etats de l’AES. On peut critiquer certaines de leurs politiques. On peut débattre de leur gouvernance, de leurs choix économiques ou de leur politique extérieure. Mais le désaccord politique ne donne à aucun État le droit de considérer la déstabilisation d’un autre État comme une option normale.
L’AES ne doit pas être traitée comme une parenthèse. Depuis leur retrait de la CEDEAO, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont poursuivi la construction de leurs propres mécanismes de coopération. Le processus institutionnel de l’AES s’est renforcé autour de la défense, de la diplomatie et du développement. Que l’on soit favorable ou non à cette orientation, un constat s’impose : la Confédération existe et elle s’enracine dans les choix politiques des trois États. La traiter comme une simple crise passagère serait donc une erreur. L’AES est devenue un fait politique africain. Et plus encore, elle porte une aspiration qui dépasse les seuls gouvernants. Il s’agit des peuples qui portent eux-mêmes la maîtrise de leur destin.
L’intimidation ne peut donc pas remplacer la vraie coopération. La chute d’un dirigeant de l’AES ne ramènera pas l’Armée française au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Ce ne sont donc pas les Présidents Traoré, Goita et Tiani qui gouvernent. Le guidon est tenu par les peuples et ne peut s’asseoir dans le fauteuil présidentiel que celui qui sera accepté par ces peuples. Il ne sert alors à rien de penser qu’il suffit de trouver un traitre, de déstabiliser et de lui demander de s’asseoir pour faire revenir la prédation française et reprendre les vols, les pillages et les assassinats !
Dans ce contexte, toute déclaration laissant entendre qu’une déstabilisation pourrait être envisagée est particulièrement grave. Les peuples africains ont entendu le Député Burno Fuchs. Ils ont compris son message. Ils l’ont enregistré pour l’histoire. La France n’est pas prête à arrêter de faire couler le sang en Afrique. Le Sahel, qui fait face depuis plusieurs années à une crise sécuritaire profonde, a besoin de paix, de stabilité et de développement. La France a certainement des intérêts légitimes à défendre. Les Etats de l’AES ont également des intérêts légitimes à défendre. La France gagnerait alors à changer de posture. Les Etats de l’AES demandent que la France accepte de les traiter d’égal à égal. Il est donc temps de passer d’une logique de tutelle à une logique de partenariat, fondé sur la libre souveraineté.
L’AES réaffirme sa nouvelle ligne. Les gouvernements du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont clairement inscrit leur coopération dans une logique de souveraineté et d’intégration régionale. Les travaux institutionnels récents de l’AES montrent que cette dynamique continue de se structurer. Cette orientation peut être discutée, critiquée ou analysée. Mais elle ne peut pas être ignorée. Et surtout, elle ne devrait pas être combattue par des méthodes qui appartiennent à une autre époque.
Je répète. Les peuples du Burkina Faso, du Mali et du Niger veulent être respectés dans leurs choix. Ils veulent décider avec qui ils coopèrent. Ils veulent exploiter et transformer leurs ressources. Ils veulent construire leurs propres capacités. Ils veulent surtout être considérés comme des acteurs de leur propre histoire. C’est là que se trouve le véritable changement. L’Afrique n’est plus un terrain à administrer.
La France et les autres puissances internationales doivent prendre acte d’une réalité : l’Afrique du XXIe siècle n’est plus celle du XXe siècle. Les Africains sont de plus en plus connectés au monde. Leur jeunesse s’informe, compare les modèles, voyage, étudie et revendique davantage de souveraineté. La coopération internationale continuera d’être nécessaire. Mais elle ne peut plus être construite sur l’idée que l’un sait et que l’autre doit apprendre ; que l’un décide et que l’autre exécute ; que l’un aide et que l’autre remercie. Le véritable partenariat commence lorsque chacun reconnaît à l’autre sa dignité, ses intérêts et son droit à choisir.
C’est pourquoi, les déclarations relatives à une éventuelle déstabilisation de l’AES doivent être prises au sérieux. Le Sahel n’a pas besoin de nouvelles menaces. Il a besoin de stabilité, de coopération et de développement.
Et si la France veut préserver ou reconstruire une relation durable avec les peuples africains, elle gagnerait à écouter davantage leurs aspirations et à accepter pleinement cette nouvelle réalité : l’Afrique veut désormais être un partenaire, et non un territoire d’influence.
Bruno Fuchs, merci pour l’information !
Jonas Hien